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mardi 22 avril 2014

Raúl Basso, un torero proche du public


Tlazotero, novillo de Atlanga, portant

Raúl Basso à bout de corne

28 août 1955 - México

Raúl Basso est mort entre le 3 et le 6 décembre 1969. Ses amis seuls savent la date exacte.
Ce qui apparait certain, c'est qu'il est mort des suites d'une cornada mal soignée reçue le 30 novembre précédent d'un novillo de Cerro Gordo alors qu'il officiait comme banderillero dans la cuadrilla d'un certain Rogelio Leduc. C'était dans le village de Santa Clara, à côté de Mexico.
A l'origine, Raúl avait dans l'idée de devenir matador de toros. Une longue série de mésaventures l'en a finalement dissuadé. Celle dont les photos illustrent cet article est survenue le jour de sa présentation comme novillero à Mexico : au sortir d'une paire de banderilles, le quatrième novillo (c'était un mano a mano) attrape Basso et l'embarque prestement en deuxième file de barrera avant de s'écraser lui-même dans le callejon. Complètement dans le coaltar, le gamin redescendra dans le ruedo, aidé par les aficionados, pour tuer Tlazotero. Après réflexion, Raúl Basso décide de troquer l'épée contre les pinceaux avec lesquels il connaitra un certain succès en qualité de peintre taurin. Mais comme il a l'afición chevillée au corps il se fait banderillero en parallèle. Il en mourra entre le 3 et le 6 décembre 1969.


Après avoir été recueilli à bras ouverts par les aficionados 

de la contrabarerra, Raúl Basso redescend dans l'arène

pour tuer son novillo

lundi 10 février 2014

Un jour, je banderillerai comme Gaona


La fameuse "paire de Pampelune" de Rodolfo Gaona

C'est ce que Román "El Chato" Guzmán avait coutume de dire. Tout le temps. Comme une litanie incantatoire qui prenait corps à chaque fois que sonnaient les clarines annonçant le deuxième tercio lors duquel il officiait.
Alors même qu'il avait intégré les cuadrillas des plus grands maestros de l'époque (Pepe Ortiz, Alberto Balderas, El Soldado, et tant d'autres), il ne cessait de répéter : "Algun día llegaré a banderillear como lo hace Gaona". 

Avant d'être inspiré par Rodolfo Gaona, El Chato rêvait d'être boxeur. Un boxeur puissant, arrogant, et qui aspirait à devenir le meilleur, ça va de soi. Sauf qu'un jour, il a pris une telle raclée par son père que son afición au punching ball en a été bigrement refroidie. Elle a dû être carabinée la rouste car le gamin a alors suivi la voie empruntée par son frère, Hilario Guzmán : la voie des toros. Et celle-là, malgré les coups, il ne l'a jamais quittée.

El Chato Guzman essayant toujours d'imiter son idole

Près de l'endroit où les toreros en herbe s'entrainaient, il y avait une fabrique d'allumettes. A l'époque, il y avait des séries spéciales de boîtes d’allumettes qui représentaient des images de toreros en vogue. Peut-être qu'il y avait aussi des séries spéciales de boîtes avec des pin-ups. Ou les premières voitures fabriquées en série.
Toujours est-il que El Chato s'est mis à collectionner celles sur lesquelles apparaissaient Rofolfo Gaona. Il était subjugué. Il avait une idole. Et il disait déjà : "Algun día llegaré a banderillear como lo hace Gaona". 

Roman El Chato Guzmán est sorti 139 fois a hombros et s'est vu remettre certains prix initialement destinés aux matadores.
C'est lui qui, en 1947, a donné la première passe de capote et cloué la première paire de banderilles en la Monumental de México et en la Plaza "El Toreo de Cuatro Caminos".
Il fut également grand défenseur de sa profession et fondateur de la Unión Mexicana de Subalternos. Un autre jour, il sera question de cette Unión Mexicana de Picadores y Banderilleros. 

Roman El Chato Guzmán était un immense banderillero dont l'étincelle torera a jailli d'une boîte d'alloufs.
Il était bankable mais, quelle que soit la plaza d'accueil, quel que soit le toro à affronter, et même s'il n'a forcément pas toujours eu l'occasion de briller, il a invariablement banderillé en se disant : "Algun día llegaré a banderillear como lo hace Gaona". 


Zanzibar 

lundi 18 novembre 2013

Dérives ultramarines

 Ils ont du pain sur la planche les ayatollahs aztèques !
Et la planche en question, elle est sacrément savonneuse.
Côté institutionnel, côté public, côté ganadero, côté organisation, côté communication... ça fait beaucoup de côtés pour un cercle aussi vicieux que celui sur lequel surfent aujourd'hui les empresas et les toreros.

Les lignes qui suivent ne prétendent pas décrire une vérité absolue : elles sont le simple constat d'une sarthoise qui a assisté à moins d'une dizaine de courses là-bas, de l'autre côté.

A Guadalajara cette année, en pleine feria, dans le centre ville, il n'y a pas une seule affiche de la course du dimanche. Hormis le placard en 8 x 4 qui borde le périphérique, on peut trouver quelques carteles sur les murs de Tlaquepaque, une banlieue qui dispose d'une arène en propre (plaza que presque aucun habitant n'est capable de situer, soit dit en passant).

Aux arènes, les batacazos (somme toute assez fréquents même si la maladresse des hommes en est régulièrement à l'origine) déstabilisent manifestement autant le public que le... heu... disons... écuyer. On voit bien certaines personnes applaudir lorsque le toro pousse et renverse le cheval, mais c'est de manière embarrassée, en évitant le regard courroucé - ou pire, indifférent - du voisin.
Quant à la deuxième pique, elle est honnie. La chance n'est donc jamais donnée au toro de se grandir ni au public de se mettre en apnée et de frémir.

La surenchère des trophées ne choque évidemment personne ici. Le 10 novembre à Mexico, à chaque fois que le palco a sorti les 2 oreilles (3 fois pendant la course), il y a eu pétition de la queue. Et aussi 2 pétitions d'indulto. Ce qui a choqué la franchouillarde que je suis, au-delà de la déconnante disconvenance de tant de largesse, c'est le mécanisme froid avec lequel ces pétitions ont été faites.  L'industrialisation de la reconnaissance. Le manque d'alegria. Et l'absence totale de symbolique.

Last but not least : la présentation des toros.
Inutile d'en rajouter, les toros qui sortent dans les ruedos mexicains sont dans l'ensemble épouvantablement et ridiculement présentés. Et si l'on excepte quelques blogs et 3 banderoles de porras plus ou moins actives (équivalent de nos peñas), personne ne songe à dénoncer l'indécence des trapios et des têtes. Ici, on lutte pour la réhabilitation du toro de 4 ans. On en est là. Le sujet n'est évidemment jamais évoqué par les médias. De toutes façons, à ma connaissance, il n'y a pas de presse taurine au Mexique.
A certains encastes près, le toro mexicain est intrinsèquement moins présenté que le toro européen, origine oblige. Les toreros espagnols (trop contents de cette aubaine, surtout en cette période où les contrats se raréfient de ce côté-ci de l'atlantique) menacent les empresas mexicaines de ne pas venir toréer si les toros ont une taille "normale" et sont dans le type. Les empresas (qui remplissent copieusement les arènes et gagnent de l'argent - le prix des places est majoré - lorsqu'un espagnol est à l'affiche) non seulement cautionnent ce type de demandes mais s'en servent comme appât pour racoler les têtes d'escalafon en Europe !

Quant aux toros de regalo... S'il n'y avait plus que ce problème-là...  

Pour autant, ce qui me fait dire que la tauromachie au Mexique va vraiment très mal, c'est qu'il n'y a même plus d'antis qui manifestent à Mexico avant les courses. Il y a deux ans, ils se déplaçaient. Cette année, même pas. 
Ça, et puis aussi la certitude jupitérienne avec laquelle les aficionados vous disent qu'ils sont "muy exigente". 

Et pourtant...

Les cuadrillas à pied se comportent plutôt bien (et même franchement  mieux qu'en certaines places réputées sérieuses de France et d'Espagne). Pour ce qui concerne les hommes à cheval... bah, là, on peut pas vraiment savoir.
Les ganaderos ne "fundassent" pas (encore) leurs toros.
Les toros ne sont certes pas lidiés mais quelques-uns sont loin d'être inintéressants. 
Un petit carnet bien fait (semblable à celui qu'on nous remet lors des corridas concours mais plus complet) est fourni avant les courses dans certaine arènes.
Quelques juezes de plaza (l'équivalent de nos présidents) font de la résistance et certains savent même rappeler à l'ordre les brigands qui s'octroient d'autorité des oreilles non attribuées et les font descendre des épaules de leurs complices.

La crise économique affecte beaucoup moins le public mexicain que nous : il en souffre depuis tellement plus longtemps qu'il y est habitué, s'est organisé en conséquence, et ça ne constitue pas un motif de désaffection des arènes.
Or, les mexicains aiment aller aux arènes. Pas forcément pour les mêmes raisons ni avec les mêmes attentes que nous, mais ils aiment ça. Ils aiment voir des hommes banderiller (ce qui arrive de moins en moins et ça, ça les agace grave). Ils aiment les passes de capote tarabiscotées et des passes de muleta templées. Ils apprécient une mort al recibir.
Ils aiment voir des hommes triompher de manière ostentatoire. Mais je ne crois pas qu'ils en voudraient à qui que ce soit si ces hommes en question se jouaient la vie avec panache et triomphaient face à une véritable adversité.

Zanzibar