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lundi 12 octobre 2015

Des taureaux à Paris

Ça démarre à la fin du premier siècle, avec les arènes de Lutèce adossées à la montagne Sainte Geneviève, et ça finit en mai 1949, avec deux festivals taurins qui se sont déroulés au Vel d’Hiv’ où l’on a vu sortir 4 tout petits Villamarta pour Conchita Cintron et… 8 bons novillos de Isaias y Tulio Vazquez pour les autres toreros !

« Ça » c’est l’histoire des taureaux à Paris que nous racontent Pierre Dupuy et Joël Bartolotti dans le dernier ouvrage cette année par l’UBTF. Inutile de parler de la plume alerte et de la documentation forcément très solide des deux compañeros, elles sont connues de tous. Ce qui l’est moins ce sont toutes ces anecdotes savoureuses qui rythment les quelques 132 pages de ce livre dont se régaleront autant les amateurs d’histoire taurine que les amoureux de Paris.

Au fil de l’histoire de France, des évolutions architectoniques, sociales et juridiques, on croise en vrac Pépin le Bref, Victor Hugo, Gustave Courbet, Antoine Blondin, Frascuelo (pas le nôtre, l’ancien), Mazzantini, Luis Freg, Emma Calais et un certain Lagartija, auteur du seul coup d’épée qui fut jamais donné à un taureau dans la capitale (ce dernier s’appelait "Renegado" et appartenait à la ganaderia de Sabino Flores). Mais surtout, surtout, on croise les parisiens, splendides dans leur aussi spontané qu’extravagant besoin d’exotisme.

C’est ainsi qu’en 1879 Paris fut le théâtre d’une corrida à laquelle participaient presque toutes les figuras de l’époque. Le paseo fut majestueux : musique, espadas et cuadrillas, alguaciles venus de Madrid et même une section de la Guardia Civil. Malgré le froid contrariant, les hommes devaient parader avec le sourire ; il faut dire que la course se déroulait un 18 décembre… et qu’aucun taureau n'attendait dans les chiqueros ! Ce paseillo sans peur fut tellement grandiose qu’il a été bissé par les parisiens enthousiasmés par tant de pittoresque.

Au-delà des anecdotes dont est truffée cette "contribution à l’histoire taurine de la capitale", on s’émerveille avec amusement de cette chimérique aficion substantiellement amputée "du sanglant épisode final" et ce n’est pas sans admiration qu’on apprend que les temporadas parisiennes de 1889 et 1890 ont respectivement compté pas moins de 28 et 41 courses !   

Plus tard, quelques organisateurs avides chercheront à organiser des "courses" (ou plutôt des mascarades) totalement contre-productives qui ne provoqueront que le dégoût du public et la frénésie des anti-taurins. 

Car Paris n’est pas une ville taurine…
Mais son histoire ne s’est pas faite sans les taureaux.

Zanzibar

Post scriptum

"Monsieur le Président, il n’est pas possible que Paris ville d’avenir renonce à la preuve vivante qu’elle a été la ville du passé. Le passé amène l’avenir. Les arènes sont l’antique marque de la grande ville. Elles sont un monument unique. Le Conseil municipal qui les détruirait se détruirait en quelque sorte lui-même. Conservez-les à tout prix. Vous ferez une action utile, et, ce qui vaut mieux, vous donnerez un grand exemple…"

Victor Hugo

Des Taureaux à Paris de Joël Bartolotti & Pierre Dupuy - 132 pages - Illustrations en noir & en couleurs - 24x16 cm - Broché - 18€
Édition UBTF

mercredi 17 décembre 2014

Publications

Aquarelle de E. E. Vidal couverture du Tome 1

On ne présente plus Emmanuel de Monredon qui se distingue cette année avec la publication de deux carnets consistants de 300 pages chacun réunis dans un coffret ; le tout publié par l'UBTF.
Là sont compilés les « récits de voyageurs francophones au XIXème siècle » évoquant « Les Taureaux de l' Amérique Espagnole ». L'éditorialiste de Toros a retenu les anecdotes et organisé son travail de manière originale. Cette mise en forme n'est ni chronologique ni géographique mais d'avantage attachée aux détails, aux contextes, aux références.
Nous aurons l'occasion de présenter dans ce blog quelques extraits susceptibles de mettre en appétit les amateurs du genre.


Pilets en famille

Quelques milliers de kilomètres moins loin... La Camargue en son delta est évoquée par Didier Leclerc, Tristan Cabral et Alain Dervieux qui s'unissent pour tirer fort sur la sonnette d'alarme dans un livre publié aux éditions Sansouïre « Quand vient la mer au delta de Camargue ». Trois compétences au service d'un enjeu majeur, l'ouvrage doit paraître le 19 décembre et une signature est envisagée le 20 à 15h à la salle St Jean et Pons Dedieu à Arles.
Nous tenions à saluer la générosité que suppose ce type de travail et, là aussi, nous nous attacherons à proposer quelques extraits.

El Ubano

mercredi 19 février 2014

Grammont et non pas Grammont

Corrida des Quinconces


Nous tenons à signaler une "erreur-pire-une-faute" qui est en train de se propager depuis 1895. Aussi faut-il trancher avant que le mal ne se répande dans l'ensemble du corps intellectuel taurin français qui n'a pas besoin de ça : le toro de combat est "res propria" (il existe un propriétaire) et donc un animal domestique, on ne le dira jamais assez ; et puis c'est mieux pour nous, imaginez qu'il soit classé chassable, espèce protégée ou animal de compagnie... 

Claude Popelin (1899-1981) (un parisien), dans le célèbre ouvrage "Le Taureau et son Combat", à la page 17, attribue l'historique loi de 1850 au  duc de Grammont, ministre de Napoléon III « qui n'hésitait pas à présider les premières corridas de Bayonne aux côtés de l'Impératrice Eugénie ». Erreur mon pote, ce n'est pas le bon Grammont. Il s'agit en fait du député Jacques Philippe Delmas de Grammont (1796-1862) qui fut général et qui avait fait les campagnes d'Afrique et commandé le huitième hussard, nom de Dieu. 

Ce brave homme aimait les chevaux et s'indignait qu'on les maltraitât. Aussi avait-il fondé la Ligue Française de Protection du Cheval en 1850 et, le 2 juillet de cette année-là, il fait voter à l'Assemblée Nationale Législative un texte qui dit « Seront punis d'une amende de cinq à quinze francs, et pourront l'être d'un à cinq jours de prison, ceux qui auront exercé publiquement et abusivement des mauvais traitements envers les animaux domestiques ». 
Qu'importe, en septembre 1922 à Béziers, le Juge du tribunal de simple police, M. Cailler,  prononce la relaxe de six "toréadors" prévenus d'avoir mis à mort des taureaux. 
M. Cailler « déclara que les taureaux ne sont pas animaux domestiques protégés par la loi Grammont ; que l'auteur de cette loi a présidé lui-même une corrida à Bayonne, où assistaient l'empereur et l'impératrice...». * 

Double erreur ou mauvaise foi d'un juge aficionado qui non seulement se trompe de Grammont mais affirme que le toro n'est pas un animal domestique alors même que depuis le 16 février 1895, la Cour de Cassation, constante, affirmait le contraire. 

El Ubano

* Maurice Ferrus (1876-1950) (un bordelais) auteur de La Corrida à travers les âges (1925) qui vient d'être réédité par l'UBTF.

vendredi 24 janvier 2014

Unión de Bibliófilos Taurinos



Certains des socios de la Unión de Bibliófilos Taurinos ont dû se dire que Valentin Moreno marchait sur la tête quand il leur a proposé ce truc de dingue.

Envoyer le Cossío avec la première équipe du projet Mars-One ?
Reconstruire la Bibliothèque d'Alexandrie ?
Non, non, vous n'y êtes pas.
Il s'agit d'un truc bien plus fou que ça pour ces deux cents amoureux des caractères de plomb, friands de l'in-quarto, gourmands de papier vergé, férus des incunables, regretteurs de la linotype, amateurs de tirages limités, adorateurs de Gutenberg, pourfendeurs de l'ebook, passionnés de reliures, fervents du marque-page.

Le bibliothécaire du Palacio Real ne leur a rien moins que proposé de mettre en ligne l'histoire de leur noble et soixantenaire institution. Et il a créé la page wikipedia dédiée à l'histoire la Unión de Bibliófilos Taurinos ! (Pour avoir la preuve, y'a qu'à cliquer)

Chez nous, je veux dire à l'Union des Bibliophiles Taurins de France, on s'est mis à la communication par mail depuis peu de temps et on s'en trouve plutôt satisfait.
Alors, qui sait... peut-être qu'un jour nous aussi on l'aura notre page wikipédia !
D'ici là, vous pouvez toujours retrouver nos publications en cliquant là juste ici.

Zanzibar

mercredi 1 janvier 2014

La corrida à travers les âges


" De par messieurs les maire, soumaire et jurats gouverneur de Bordeaux, juges criminels et de police.

" Il est fait inhibitions et défenses à toutes personnes de quelque espèce et qualité que ce soit, autres que ceux qui sont préposés pour la direction du spectacle de la course de taureaux, de se placer ailleurs que dans les loges, amphithéâtre et parterre ; de descendre dans l'arène sous quelque prétexte que ce soit, même sous celui d'y conduire des chiens pour la course du taureau, à peine de cinquante livres d'amende pour la première fois et de plus grande peine en cas de récidive ; sans préjudice, à ceux qui voudront faire exercer des chiens, de les remettre aux directeurs ou à leurs préposés, pour les lâcher lorsqu'ils jugeront à propos, sans que les maîtres des-dits chiens puissent s'en formaliser.

"Comme aussi il est défendu, sous les mêmes peines, à toutes personnes qui assisteront audit spectacle de la course de taureaux, d'y crier, faire des huées et y causer le moindre trouble.

" Enjoint au chevalier du guet de tenir la main à l'exécution de la présente ordonnance. Et afin qu'elle soit notoire et que personne n'en puisse prétendre cause d'ignorance, elle sera lue, publiée et affichée à son de trompe aux cantons et carrefours ordinaires de la présente ville, et notamment aux portes et lieux les plus apparents du cirque, où se donne le spectacle de la course de taureaux.

" Donné à Bordeaux en jurade, sous le seing du clerc, secrétaire et greffier de l'hôtel de ville, le 22 novembre 1755.

"Signé : Chavaille"

Texte extrait du précieux "La corrida à travers les âges à Bordeaux et dans le Sud-Ouest" de Maurice Ferrus - UBTF 2013

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Bonnes résolutions

- Faire la sourde oreille aux menaces des juges criminels et de leurs acolytes.
- Descendre dans l'arène pour y lâcher les chiens sans se soumettre à l'arbitrage des directeurs et préposés.
- Protester dès lors que notre afición est indéniablement flouée, exploitée, méprisée.
- Offrir un verre au chevalier du guet.

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dimanche 15 décembre 2013

Cagancho

Du temps des cigarettes qu'on ne fumait pas que dehors, il y avait un garçon qui s'appelait Cagancho. De son vrai nom Joaquín Rodríguez Ortega. Il était gitan, il était beau, et il était torero.

C'était du temps des chevaux qu'on arrastrait et des billets qu'on glissait dans le revers d'un chapeau lestement jeté sur le passage de l'espada ayant gagné sa vuelta.
Ça, c'était les bons jours.

Et des bons jours, Cagancho en a connu. Peu, c'est vrai. Très peu, même. Mais ce furent des jours d'apothéose. Ces jours-là, il parait qu'il était lidiador au capote, majestueux à la muleta et montrait une maîtrise parfaite du volapié (au grand dam du public qui en venait à souhaiter qu'il rate ses mises à mort rien que pour le plaisir de le voir refaire le geste avec cette pureté et cette lenteur dont lui seul était capable). 

Il lui fallait au moins ça pour se faire pardonner sa poltronnerie coutumière, ses fuites pitoyables, ses désastres à l'épée, et ... les quelques 32 fois où il a fallu ouvrir la porte du toril pour y faire rentrer ses toros vivants.
Ça, c'était les mauvais jours. 

On le dit rustre et superstitieux. Ça ne l'empêchait pas d'entretenir de fréquentes relations avec les gouverneurs de province des plazas dans lesquelles il officiait (les uns le sortaient de prison pendant que les autres le menaçaient de bannissement) et avec la Guardia Civil qui se déplaçait en masse pour le protéger du lynchage des aficionados chez qui ses défaillances réveillaient les plus vils instincts (il lui est arrivé de se claquemurer dans l'infirmerie protégée par 25 carabiniers en attendant que l'émeute s'apaise).
Ça, c'était les très mauvais jours.  

Parfois, la tourmente de la peur (peur du public, peur du toros ou novillo ou becerro, peur de "la bête verte"), cette tourmente était telle qu'il ne se présentait tout bonnement pas au paseo.
Ça, c'était les jours sans.

Malgré tout ce que ça implique de tardes désastreuses, je rêve de connaître un torero pareil. Un qui ressemble à Cagancho, ou à Curro Romero, ou à Rafael de Paula.
Bien sûr, on a celui de La Puebla qui peut sur une lidia vous marquer l'aficion au fer rouge, mais il lui manque la démesure de la débâcle.
Ou alors c'est qu'on ne sait plus honorer les toreros d'une vraie bronca.
Ou alors j'étais pas là. 

Cagancho a été un très grand torero, rarement capable de lutter contre sa peur, et pas plus souvent contre les toros. Ses échecs retentissants n'avaient d'égal (en qualité) que ses extraordinaires triomphes. Pour ne rien gâter, il était évidemment fantasque et déraisonnablement généreux.
C'était du temps des légendes qui se fabriquaient sans l'aide de la télé.

Cette histoire est racontée dans le livre "Cagancho - Créateur d'irréel" de Louis-Gilbert Lacroix aka Luis de la Cruz. Elle est complétée par les anecdotes mexicaines de Ignacio Garciadiego.
Le livre est édité par l'UBTF. Classieux, forcément.
Le texte est en français et en espagnol.
Les illustrations parlent d'elles-mêmes.

Zanzibar

dimanche 8 décembre 2013

Spécial Noël


Bonnes nouvelles pour les exilés de la corne !

Plus besoin d'habiter à Nîmes pour se voir offrir (ou s'offrir à soi-même - gardons le sens pratique) une ou deux  jolies choses de chez "Et... lola créa".
Ca faisait un moment que c'était dans les tuyaux et le site est aujourd'hui en construction. On devrait très bientôt pouvoir passer commande en ligne en cliquant là juste ici.

Pour les aficionados dotés d'une progéniture de moins de 10 ans, les chaussettes-chaussons "Corrida" de Berthe aux Grands Pieds sont toujours disponibles en ligne (entre 12 et 15 ans, n'essayez même pas, ce genre de cadeau sera inévitablement considéré comme tout pourri - vous pourrez toutefois tenter les jambières "Corrida" pour les plus aficionadas de vos ados).


El Ubano, notre Huggy-les-bons-tuyaux-à-nous, n'est pas en reste : il a découvert l'an passé le cassouhuète de Soustons qui peut avantageusement remplacer une dinde aux marrons ou un chapon aux pêches. Pour les gastronomes-aventuriers.

Et puis évidemment, tous les sites et blogs dédiés aux toros ou à la photo animés par des garçons (et donc sérieux) vous le confirmeront, il y a le dernier livre de Joséphine Douet, Silencios, qui vient tout juste de pointer le bout de son nez et mérite d'alourdir la hotte juste pour le plaisir de rendre plus légères vos longues soirées d'hiver. Silencios est disponible en ligne sur silencios.net (suffit de cliquer là juste ici).

Côté bouquins, l'UBTF vient à point nommé de rééditer le  "La corrida à travers les âges" de Maurice Ferrus dont l'intérêt est inversement proportionnel à la taille (32 pages en  20 x 13). Le bon de commande peut se réclamer par mail à ubtfdiffusion@orange.fr

Si, et ce sont des choses qui arrivent, l'être aimé est une dame et que celle-ci n'aime pas particulièrement les toros, vous pourrez toujours faire plaisir en vous rabattant sur Pampelune de Guerlain. C'est forcément un peu cher mais moins que Shalimar, tout en étant presque aussi chic, et beaucoup plus taurin.

Zanzibar