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jeudi 11 septembre 2014

El winner is...

Vu dans le bas Aragon

Les prix de la feria de Calasparra :

  • Triomphateur de la Espiga de Plata : Pablo Aguado (d'accord).
  • Triomphateur de la Espiga de Oro : Antonio Puerta (sans commentaire).
  • Meilleur lot de novillos : Cebada Gago (desierto... on a vu des choses par-ci par-là mais pas de lot complet).
  • Meilleur novillo : le 5ème Pallares (le 3ème Cebada Gago).
  • Meilleure épée : Juan de Castillo (d'accord, même si certains autres ont également été très méritants lors de la suerte suprême).
  • Meilleur piquero : "Pastelito" (d'accord, mais ils n'ont pas été nombreux à avoir l'occasion de mettre en avant leur talent plus d'une fois...).
  • Prix "Detalle para el recuerdo" : aux organisateurs de l'encierro (à la Peña El Quite et à son Président !).
  •  Prix "Al quite de peligro" : desierto (au public pour avoir sauvé la feria du gouffre financier en enfin venant en masse le dernier jour).
  • Prix au meilleur banderillero : Antonio Cama de la cuadrilla de Antonio Puerta (d'accord, mais il peut le partager avec Carmelo Gonzalez El Gallo de la cuadrilla de Antonio Linares)

Zanzibar

mercredi 10 septembre 2014

6 soberbios novillos-toros de Cebada Gago

Antonio Puerta : 2 oreilles +  2 oreilles
Fernando Rey : 1 oreille + 1 oreille
Varea : 1 oreille + 2 oreilles et la queue

Sortie a hombros de la terna, du mayoral, et du ganadero (ce dernier en équilibre très instable, comme en manière d'allégorie).
Mais, chers lecteurs, ne vous fiez pas aux résultats car, contrairement aux apparences, cette course n'a pas été faite que de gags !

Alors oui, bien sûr, il y a eu beaucoup moins de piques que de trophées et la privation de triomphes depuis deux jours a quelque peu émoussé le sens commun des aficionados présents (celui du président était altéré depuis le début de la feria).
 

Il n'empêche que la novillada a revêtu plusieurs moments de grand intérêt à commencer par la sortie en troisième position de celui qui aura été LE toro de la feria. Beau trapio, prenant deux piques en mettant les reins (provoquant un batacazo à la première), poursuivant aux planches au deuxième tiers, doté une charge fixe et offensive à la muleta, particulièrement à gauche, allant a mas malgré la faena tristement scolaire de Varea.
Le hic, c'est que ce n'est pas du tout à ce toro que le mayoral a été invité à faire la vuelta mais au suivant (un "faiblichon" de bon moral qui se laissait caresser le frontal sans rechigner).

Ce que ne dit pas non plus le score final c'est que Fernando Rey s'est joué la vie face au très compliqué 5ème qu'il fera rentrer dans la marmite d'une entière un peu delantera. Une oreille, de celles qui ne comptent pas pour du beurre. Il en avait précédemment gagné une autre de manière très honnête face à un novillo de sentido et après une entière que les maniaques de l'euphémisme appelleront "habile".

En dernier lieu, il y a eu le 6ème, sorti avec une crampe et sifflé jusqu'aux banderilles. Le novillo s'est refait de manière spectaculaire aidé en cela par la très intelligente faena de Varea. Pinchazo al recibir. Estoconazo. De là à dire que nous avons assisté à un faenon de deux oreilles et rabo, heu... je ne crois pas, non. Pour ça, il aurait fallu un combat.

Je n'ai strictement aucune idée des raisons qui ont motivé l'octroi de quatre oreilles à Antonio Puerta dont la grande valeur des deux faenas aura échappé à ma légendaire sagacité...

Présidence nuisible. 

Zanzibar

6 grandiosos novillos-toros de Jose Luis Osborne

Falta uno !" "Falta uno !"
Celui qui manquait, c'était le numéro 14. Un colorado qui a fait le show pendant 21 minutes lors de l'encierro matinal. Il sort en troisième position et nous crève les yeux de sa présence en piste mais... c'est juste une illusion. A peine une sensation.

Comme le cinquième du reste, de magnifique présentation... mais dont le châssis tolère à peine la carrosserie.
Le pire lot de la feria à égalité avec les Los Chospes.
Le seul instant "d'intérêt" de la course est venu de la mort spectaculaire du 4ème qui a tardé à tomber de manière définitive (les 18 minutes étaient largement passées quand le deuxième avis a enfin sonné après que le novillo ait envoyé 2 peones au tapis).
Inutile de faire un récit détaillé de ce genre de course.  Un bête bilan comptable suffira.

Fran Gomez : une oreille (sur pétition minoritaire et après un bajonazo) et silence après 2 avis.

Miguel Angel Leon : silence (après une faena affreuse faite dans la tourmente au seul novillo qui semblait avoir quelque chose dans le ventre) et silence (après une faena affreuse, pourtant pas contrariée par le vent cette fois-ci).

Louis Husson : salut au tiers (après une faena hésitante et une épée contraire en sautant) et salut au tiers (après s’être de nouveau fait trimballer par un manso qui mettait la tête assez sottement et une très belle épée).

Ceux qui ont vraiment illuminé ma journée : Maria (87 ans, qui a vu toréer Manolete et chez qui on mange le riz et le fromage des gens qui ont connu la faim) et Alfonso (12 ans, l'aficion chevillée au corps, et voisin de gradin épatant).

Zanzibar

mardi 9 septembre 2014

6 magnificos novillos-toros de Pallares

"Le passé est un pays étranger. Les choses s'y font différemment."

Avec sa montera vissée sur le crâne et sa silhouette de bucheron canadien, Antonio Linares a repris à son compte l'adage de LP Hartley. Le moins qu'on puisse dire est qu'il n'est pas un torero d'école (à moins bien sûr que LF Espla en ait créée une dernièrement) : il connait les principes de la lidia, respecte les règles écrites et non écrites, exige la même chose de sa (très bonne) cuadrilla, et n'est pas avare de desplantes délicieusement démodés.  Il n'est pas non plus né de la dernière pluie et connecte avec le public à son premier grâce à sa muleta rustique et ses poses théatrales (sans pour autant donner la faena adaptée). Vuelta inattendue après bajonazo.

 A son second, Antonio laisse briller "Pastelito", son piquero tellement rond et luisant qu'on dirait une cerise confite. 3 mises en suerte pour 3 cites à l'ancienne et 3 piques parfaitement dosées (étant entendu que le novillo n'avait pour lui qu'un beau galop et pas un gramme de bravoure). Faena ostentatoire alliant quelques impostures aux gestes d'une rare authenticité qui font se lever la plaza et me font sortir mon mouchoir après une entière du plus bel effet. Une oreille méritée pour un novillero pas comme les autres. Vuelta avec la cuadrilla au complet. C'est la première fois en 4 courses que la lidia est mise en valeur. C'est aussi le premier moment d'émotion.

Vicente Soler n'a eu de cesse de reculer devant le troisième manso et distrait, et s'est trouvé littéralement écrasé par le dernier novillo de la soirée qui était le seul vraiment encasté du lot. Même si ça n'a pas été avec une grande réussite, notons à son actif qu'il est le premier (et le dernier) de la feria à avoir banderillé ses deux adversaires. Silence et silence.
Tomas Angulo voit son premier opposant changé pour inaptitude au combat. Le sobrero baisse bien la tête mais s'éteint très vite. Salut au tiers. Son second lui fait peur dès la sortie, et pour cause ! Les deux premiers tiers sont expédiés tant bien que mal et la faena est dictée par une extrême terreur. Bajonazo prémédité. Silence.

Le lot de Pallares ? Présentation aléatoire, peu de moteur, peu de piquant, et beaucoup de complications.

Zanzibar

lundi 8 septembre 2014

6 fabulosos novillos-toros de Lagunajanda

Faire comme hier, se lever tôt, profiter de la fraicheur.
Rencontrer un novillero dans l'escalier de la hospederia, le trouver trop jeune et trop maigre pour aller se jouer la vie. Se souvenir de ce qu'il a fait la veille, se taire, et lui sourire. Regarder l'heure, 9h25, commencer à chercher une barrière. Détester la mamie qui s'est enracinée à la place idéale et jette des mauvais sorts quand tu tentes de te couler à côté d'elle. Renoncer. Reprendre ses recherches. 

Trouver une meilleure barrière, occupée par des jeunes et à l'ombre. Envisager de revenir sur ses pas pour aller narguer la vieille. Ne pas passer à l'acte et s'en vouloir un peu. Monter sur la barrière, s'installer inconfortablement dans un équilibre précaire. Réaliser rapidement que le soleil tourne vite à cette heure. Maudire la sorcière. Entendre le coup de feu. Attendre bouche bée. Les voir passer. Trouver ça bath.

Dégringoler de la barrière. Bousculer les autres. Ne pas s'excuser. Courir au café le plus proche. Voir l'arrivée de l'encierro aux arènes retransmise par la chaine de télé locale. Monter tranquillement à la plaza avec tous les autres. Avoir dans la poche 2 places pour la vaquilla matinale et proposer à une bande de gamines d'en profiter. En faire passer 4 devant et 2 derrière sous les yeux atterrés du gars de l'entrée. Lui expliquer qu'on ne parle pas bien espagnol et se faire sermonner au prétexte qu'il ne s'agit pas de parler espagnol mais de savoir compter jusqu'à deux. Hausser innocemment les épaules et promettre de ne pas lui servir la même chanson demain. Mentir.

Tendre le dos pour la très commerciale novillada de Lagunajanda. Prier pour que, s'il sortait un bon exemplaire, Gonzalo Caballero, Borja Jimenez ou Francisco Jose Espada songe à le mettre en valeur. Regretter que Dieu ait fait la sourde oreille. Ne pas envisager un instant que la prière fut mal dite. Le regretter d'autant plus amèrement qu'ils sont 2 à être sortis très intéressants. Se résigner à les voir toréer exactement comme les 4 autres. Supporter de moins en moins bien le "toreo mainstream", linéaire et culero des 3 novilleros du jour que seule la couleur du costume permet de différencier. Parier 10 dollars que, parmi eux, se trouvent au moins deux des figuras de demain. Être potentiellement riche à millions. Admettre toutefois sans marchander mon admiration, avoir vu trois très, très, très, très, très belles épées dans la soirée.

Aller manger une salade de tomate à l'ail accompagnée d'un tinto de verano. Reporter à demain l'écriture des cartes postales... S'endormir en se disant qu'on a bien de la chance d'être ici... 

Zanzibar

vendredi 5 septembre 2014

6 escogidos novillos-toros de Los Chospes

La Caverina

Juan Fernando Moreno Roman et Enrique n'ont pas réussi à se mettre d'accord. 

Le premier, propriétaire de l'élevage Los Chospes (JP Domecq - D. Ruiz), a vainement expliqué au second, président d'une Peña torista de Calasparra, qu'il ne servait à rien d'élever des toros qui ne servaient pas, que le toreo c'était par le bas et pas autrement, et que se pâmer sur la présentation était une attitude très surfaite.
Enrique est resté courtois. Il a parlé d'émotion en piste et évoqué le peu d'intérêt qu'il portait au nombre d'oreilles coupées. Le ganadero s'est mis à rigoler... jusqu'à ce qu'il adopte un rictus incrédule face à l'assistance qui commençait à s'échauffer bruyamment en soutenant les propos du président.
 

Fin de la causerie sur ce qui aurait pu passer pour un malentendu si 5 novillos (sur 7 puisque le premier a été changé pour invalidité) n'avaient été sifflés à l'arrastre...

Il faut dire qu'ils étaient tellement fragiles ces novillos, mansos confinant au comique, sans race, brusques et derroteurs quand ils n'étaient pas éteints (le seul maniable, le troisième, allant rapidement a menos).
Au compteur du premier tiers : 6 vagues piques prises généralement sur une corne et sans s'employer.
Que pouvaient faire les novilleros face à "ça" ?

Lama de Gongora subit placidement les défauts du premier sobrero et soigne la cambrure face à l'aplomado quatrième. Pas convaincant... (Entière en place suivie d'un silence + Entière bien tombée suivie d'un salut au tiers)

Juste avant de lire que David de Miranda occupait la deuxième place de l'escalafon novilleril, je lui aurais volontiers suggéré d'apprendre à marcher sur l'eau, persuadée que j'étais qu'il y rencontrerait plus de réussite que face aux toros. La muleta outrageusement molle face à son bas et grassouillet premier, il se trouve totalement déconfit et "inconfiant" face quatrième à la charge désordonnée et au beuglement incessant. Mettons que ce n'était pas son jour... (2 pinchazos et 1 entière tombée suivie d'un salut au tiers + 1 entière delantera suivie d'un silence).

Juan de Castillo a le regard confiant et pénétrant des sud-américains. Je sais, ça ne devrait pas compter au moment d'évaluer ses qualités en matière de toreo mais on ne se refait pas... Pour être franche, des qualités, le petit colombien n'en a guère que deux : de l'allure au capote et de l'envie à revendre. Il écope du moins pire lot (et du plus joli aussi) qu'il réceptionne bien dans les deux cas. Après, il fait tout ce qu'il peut à la muleta sachant que sa première novillada piquée date d'il y a 5 jours. (1 hallucinant bajonazo contraire (!!!) suivi d'une oreille + 2 pinchazos et 1 entière de "traviole" suivie d'une vuelta auto-proclamée).

A la mort du troisième toro, j'ai eu confirmation du fait que le peuple calasparreño pouvait être particulièrement belliqueux lorsqu'il se sentait offensé. Le partage de bocadillos étant un motif d'orgueil patriotique, j'ai manqué de me faire casser la figure en tentant de rendre à leurs propriétaires respectifs les 3 sandwiches qui s'étaient miraculeusement matérialisés sous mes yeux. C'est sous l’œil encore réprobateur de mes généreux donateurs que je suis sortie des arènes...

Zanzibar

jeudi 4 septembre 2014

6 hermosos erales de El Añadio

C'est un bled perdu tout au fond de l'Espagne, la vraie et tranquille Espagne, celle qui est perpétuellement moite et bruyante, celle qui est tellement lumineuse qu'on y voit  clair la nuit, et où les oranges sont tellement sucrées que leur jus en est presque écœurant. C'est un bled coincé entre une colline caillouteuse, un sanctuaire dédié à Nuestra Señora de la Esperanza et une plaza de toros qui accueille 6 novilladas dont 1 non piquée chaque mois de septembre à l'occasion des fêtes du riz.

Ici, leur coquetterie, c'est de soigner la présentation et de varier les encastes. Les erales du jour sont de El Añadio (Santa Coloma - Coquilla). Pas bien épais dans l'ensemble, la corne fine et tricolore, le premier faible, le deuxième querencioso et tête jamais baissée, le troisième et le quatrième vifs et galopeurs mais sans grande transmission, et les deux derniers franchement bons, le sixième étant plus exigeant.

Quant aux minots, Borja Garcia, Fernandez de la Torre et Pablo Aguado,  ils ont tout fait : salut très solennel après le paseo et brindis à foison, jeté de muleta en manière de desplante (avec la certitude de ressembler à Morante), redondos inversés et adornos plus ou moins rigolos, lâché de muleta juste avant l'épée (avec moins de succès toutefois que Fandiño), quites chaotiques et faenas de 80 passes, arraché de muleta en fin de séries (avec la collaboration active du novillo).

Ils ont tout fait donc sauf : banderiller, avancer la jambe, sourire, ou encore aller attendre leurs adversaires au toril... Ils ont tout fait sauf se comporter en novilleros, à l'exception toutefois de Pablo Aguado qui se donne un mal fou pour être pueblerino alors qu'il est régulièrement rattrapé par de bons gestes dès qu'il cesse de regarder le public et qu'il se concentre sur le bicho.

Au-delà de ses bons concepts, Aguado maitrise à merveille la suerte du "mulillero parado" (vrai modèle de rendement que Borja Garcia reprendra à son profit au quatrième), à savoir : transformation du train d'arrastre en statue de sel tant que le mouchoir n'est pas tombé du palco.
 
Sortie à hombros insensée donc, mais gamin à revoir en piquée.
Après la course, il faut aider quelques vieux à remettre dans des sacs de plastique trois fois trop petits leurs énormes coussins amoureusement customisés au point de croix à l'effigie du toro de Madrid. On me remercie en bredouillant trois mots d'anglais car dans le coin, les français n'existent pas et personne ne t'affirme que c'est de la France que viendra le salut de la tauromachie. Non, tout le monde le sait ici, le salut de la tauromachie, s'il vient de quelque part, ce sera de Calasparra.

 Zanzibar