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mercredi 19 août 2015

Pedraza de memoria

Dimanche 16 août 15h30. Je file vers Dax. Au passage, je m’arrête à Saugnac-et-Cambran, pour prendre le journal local du dimanche afin de lire le compte-rendu de la course de la veille. J’entre dans la station essence-presse et… surprise… Je n’en reviens pas !
En gros titre, à la une, je peux lire « Le triomphe du toro de combat » … « La grandiose corrida de Pedraza de Yeltes, hier soir, a vu le triomphe des picadors et de la cuadra d’Alain Bonijol  lors du premier tercio. ». A ce texte, est associée une photo de Gabin Rehabi en posture acrobatique sur le dos d’un toro. Je sais que ma mémoire commence à être défaillante mais  je n’avais pas de souvenir d’une part aussi importante dédiée à ce premier tiers à la une de ce journal. D’autant plus que le matin même, Pepe Moral et le Juli, lors d’une corrida triomphale avaient coupé chacun trois oreilles et étaient sortis par la grande porte. Exit les deux toreros pour laisser la place à un toro et un picador ! Pour une corrida dacquoise… je croyais rêver !!!

Vite, j’ouvre le canard et ma surprise redouble quand je m’aperçois que le revistero vedette n’a écrit que quatre lignes un quart sur les toreros (Il nous reste à vous dire que Javier Castano n’y est plus, que Perez Mota fut submergé et que seul Juan del Alamo fit crânement et joliment face) alors que trois colonnes composent la reseña de la course faisant la part belle au toro, aux tercios de piques, aux piqueros, à la cuadra de caballos, à la ganaderia.
Le sourire me monte aux lèvres et, en regagnant ma voiture, je me mets à rêver d’autres courses futures où les toros feront la une des journaux à la place des toreros.
 
Mais vous allez me dire : et la course dans tout cela ?
 
Un lot de toros, variant de 520kg pour le premier efflanqué à 590kg pour le 5 pour une moyenne de 560kg sur la romaine, du lourd, du costaud, bien armé, applaudis plus ou moins à leur entrée en piste excepté le tambour major, ils furent tous ovationnés lors de l’arrastre avec une mention spéciale pour les 3 et 6 honorés d’une vuelta posthume fortement fêtée.
J’ai noté 20 rencontres au cheval avec principalement de vraies puyas mais aussi par-ci par-là quelques picotazos ou des loupés mais, globalement, le bétail s’est montré brave à un degré moindre le 5 plus mansote bien qu’ayant renversé le groupe équestre. Tous les piqueros ont essayé de faire au mieux leur job et ont tous reçu les palmas de la part du public, le salut de Gabin Réhabi au deuxième de la tarde me semblant inapproprié. Bien que piquant correctement lors de la première vara, il ne put garder la pique dans le dos de l’animal au second assaut où il resta acrobatiquement sur son cheval Tabarly. L’échec fut plus évident au dernier galop du Pedraza, où, juste après une girouette sur place avec son cheval, il ne planta pas la lance dans l’animal (!) alors que la musique accompagnait le tercio. Au final, il salue alors qu’il n’a placé qu’une pique et demie en trois rencontres. Cherchez l’erreur ! Le public, séduit par les qualités d’équilibriste du cavalier, a demandé le salut… que d’autres piqueros, par la suite plus adroits, n’ont pas eu le droit de faire… Nous noterons également la panique mise en piste par le 6 qui, sans mise en suerte, fut châtié près de la porte d’entrée des cavaliers. Après un batacazo, il revint à trois reprises pour se coller longuement contre le matelas de l’équidé. Bonijol et son cheval luttant seuls contre le toro fut un moment très salué par le public lors de ce dernier tercio de pique.
 
Aux banderilles, les bichos ont très souvent accompagné les peones jusqu’aux planches. Dans cet exercice, deux habitués ont été prié de se décoiffer sous l’ovation des gradins : Fernando Sanchez au 1 et 4 et Angel Otero à ce même quatrième.
 
Enfin, pour les derniers tiers, les Pedraza ont donné beaucoup de jeu, associant mobilité et caste. Ils se sont montrés souvent à leur avantage dominant les maestros excepté Juan del Alamo qui se montra supérieur à son premier avec une bonne faena coupant au passage une oreille méritée. Mais le jeune torero resta à mon goût en dessous de son second bien que coupant de nouveau un pavillon alors que, je pense, régnait la confusion dans le public. En effet, certains demandaient l’oreille alors que d’autres réclamaient le vuelta de Fantasioso. Résultat, le palco fit tomber le mouchoir blanc (vite protesté) puis quelques instants après le mouchoir bleu qui fit taire immédiatement toutes les agitations. Le public désapprouve la remise du trophée au torero qui associe, lors de sa tournée de piste, le mayoral, Miguel Angel Sanchez « Curro ».
Les deux autres maestros du jour Javier Castaño et Manuel Perez Mota n’ont pas été à leur avantage. Le premier, toujours en difficulté, ne trouve pas (plus) le sitio. Loin de son adversaire, il use du toreo profilé et distant qui ne porte pas sur ce type de bétail. Le second montra peut-être un peu plus d’envie mais tomba sur le 2, le moins disponible à la muleta, et resta sans moyen à son dernier.
 
A l’issue de la course, Juan del Alamo chahuté par le public refuse de sortir a hombros. C’est le mayoral de l’élevage qui aura les honneurs de cette sortie.
Bonijol est ovationné et, au lieu de saluer seul, invite les six picadors pour une belle photo de famille.
Dans la foulé du triomphalisme général, voilà que Tabarly fait son tour de piste conduit par Madame Bonijol et Gabin Réhabi ! Le public est euphorique.
 
La présidence quitte le palco, il est 21h…
Le bonheur se lit sur le visage des spectateurs !
 
Olivier

mardi 26 mai 2015

Un pic, un cap, que dis-je, une péninsule !


6 toros de Valdellan mobiles et encastés, tous applaudis à l'arrastre, pour Paulita, Mehdi Savalli et Cesar Valencia.

 

Sans être effrayants, les 6 Valdellan sont sortis étonnamment grandis et gonflés par rapport à ce qu'ils laissaient apercevoir au corral. Deux d'entre eux ont eu la chance de bénéficier d'un tiers de pique digne de leur condition. Les quatre autres ont été les victimes de piqueros aussi peu scrupuleux que très inventifs.

Après avoir dû avaler 10000* indigestes capotazos, le premier conservera alegria et distraction affirmées du début à la fin de sa vie publique. Paulita fait un excellent travail d'approche par doblones et prend la mesure du toro sur une superbe première série à droite. Châtiment parfait. Après : plus rien. Ou si peu... Castizo accuse la baisse de régime du maestro avant de rallonger sa charge et Paulita poursuit au pico jusqu'à la mort où il s’embrouille à gogo.

Le 4ème titulaire se casse une corne en rematant contre le burladero. On le regrette évidemment, beaucoup... Son remplaçant, Mochuelo, fut à mon goût le moins piquant du lot, noble, plus souvent sur la défensive que sur l’offensive, et de moindre transmission (si on le compare à ses frères) malgré une bravoure avérée à la pique. A la muleta, Paulita dépense beaucoup d'énergie pour un maigre résultat. Entière tombée.

Le deuxième, particulièrement mal piqué, est bourré de qualités qui ne s'accordent pas du tout avec le toreo intranquille de Medhi Savalli. Au deuxième tiers, le torero décide de poser les banderilles et j'ai vivement soutenu ce projet en lui souhaitant du fond du cœur de se mettre en valeur pour l’occasion. Malheureusement, mes prières n'ont manifestement pas été envisagées par Mehdi comme autant d'obligations sacrées. Ou si peu… La faena qui suit est menée à la diable et l’homme se retrouve logiquement noyé sous la charge vive de Mirasuelos qui le trimballe un peu partout dans le ruedo. Et pourtant, dieu que ce toro avait envie d’être toréé ! Entière détournée.

Le cinquième subit un premier tiers encore plus épouvantable que celui évoqué juste avant. En revanche, sur le front des banderilles… il y a égalité parfaite. Compliqué mais racé, ce toro s’est plus ou moins** aimablement prêté à la muleta inopérante de Savalli qui l’achève d’un bajonazo. Puntillé par derrière, Huerfanito aura mérité son ovation au moins autant pour ses qualités que pour avoir été pareillement négligé (© RC). 

Le troisième toro est un brave qui réfléchit beaucoup. L’homme au castoreño (et au physique avantageux) fait très bien son travail lors des trois rencontres (poussées la première et la troisième) et mérite pleinement son ovation. J’insiste sur le fait que cette dernière assertion ne repose aucunement sur le contenu de la parenthèse de la précédente observation. Ou si peu… Cesar Valencia nous fait l’honneur de nous brinder Marmolejo. Obligé au départ de se replacer beaucoup, le vénézuélien finit par contenir les embestidas bouillonnantes du toro sur la corne droite. Il ne réussira jamais vraiment à absorber toute l’énergie de la corne gauche mais, pour un garçon qui a pris l’alternative fin janvier dernier, il est allé beaucoup plus loin que bien des espadas plus aguerris. Une bonne grosse oreille. Bien lourde. Bien vicoise.

Maintenant, le 6. 
A cette heure-ci, sûr que tout a déjà dû être raconté à son sujet, qu'il a un compte Twitter, une page Facebook et que tout le monde le connait mieux que moi. Mais, tant pis, je vais en parler quand même. Juste histoire d’avoir le plaisir de me le remémorer.

Le 6ème de Valdellan s’appelle donc Cubano. Et là où Cubano passe, l’herbe ne repousse pas***. 
Cubano est brave, puissant, sûr de lui, dangereux, et généreux. Il nous a offert un premier tiers qui va nous éviter de nous ennuyer pendant l'hiver. Le moment fut rare et complet : un vrai bon gros puyazo sous une poussée franche, suivi d’un contact prometteur, lui-même suivi d’un autre bon gros puyazo pendant lequel Cubano met à nouveau les reins et puis, et puis, et puis… l’indispensable accumulation de quiproquos qui participent aussi de la légende des grands toros. Au final, la quatrième pique n’a pas été prise bien que le toro l’ait réclamée de son galop fulgurant. Cette œuvre inachevée se termine dans un gros bordel acoustique : musique (c’est elle qui nous a foutu dedans, qu’on se le dise), ovation au toro, ovation au picador Ivan Garcia, hurlements pour renvoyer ce dernier à sa place car le palco n’avait, à juste titre, pas demandé le changement. C’est bien simple, pendant deux ou trois minutes, Vic a pris des allures de Hellfest. Faute de mieux, le palco a fait tomber le mouchoir blanc alors que le piquero arrivait à la porte. Et pendant ce temps-là, les "alguacilettes"…  Bref. Alors que nous étions repus de tant d’émotions et que la cuadrilla nous avait joué un tiers de banderilles à la Tex Avery, il restait à Valencia un petit os à ronger : Cubano, tout frais, tout prêt au combat. Le gamin ne s'est pas décontenancé et a décidé de monter à l’échafaud. Ce fut électrique, courageux, approximatif et poignant. Le torero a camouflé ses carences derrière une résolution sans faille mais, arrivé au cadrage, Cubano, toujours aussi frais, toujours aussi prêt au combat, désarme le matador et le poursuit aux planches. Deux fois. Et puis ce fut l’inévitable voltereta sur un pinchazo porté à la volée. C’est Paulita qui tuera finalement Cubano d’une entière aussi périlleuse que chanceuse. La plaza se noircit de mouchoirs bleus. C’est beau. Vuelta al ruedo pour Cubano et grande ovation pour la cuadrilla au complet en l’absence de Valencia qui sera transporté à l’hôpital. 

Ce n’est pas que Cubano avait eu les yeux partout depuis sa sortie du toril. Ce n’est pas que Cubano avait poussé au cheval. Ce n’est pas que Cubano avait embisté sans relâche. Ce n'est pas que Cubano avait vendu cher sa peau. C’est que Cubano venait de régner pendant 20 minutes sur le royaume de Vic. Pffffff….

Salut du mayoral. Évidemment. 

Zanzibar 

* J’exagère (mais pas tant que ça)
** Plutôt moins quand même
*** Je n’exagère pas

NB : corrida vue avec mes vrais yeux et pas avec ceux du cameraman de Canal + Toros 

mercredi 25 février 2015

La part des choses

Magescq

Un aficionado, « Montenegro », visiteur discret de ce blog, s'émeut récemment à propos du compte-rendu de la novillada non piquée de Magescq de ce que votre serviteur, « ancien membre de l'Anda » (donc circonstance très aggravante), soit favorable à l'octroi d'un ou plusieurs tours de piste d'une dépouille à cette sorte de spectacle où je soulignais l'agressivité et la solidité de deux exemplaires de l'élevage de Joselito. 

Tout, ou presque, se plaidant en tauromachie selon que l'on se place en spectateur d'une corrida idéale (et qui existe en théorie) ou d'une corrida faite de réalités et d'impondérables bons ou mauvais, essayons de plaider.

Il est de tradition et règlementaire que la vuelta soit accordée à un animal particulièrement brave dans toutes les phases du combat :

Article 83
S'il y a pétition majoritaire du public, le Président pourra ordonner au moyen du mouchoir bleu, le tour de piste de la dépouille de l'animal qui l'aurait mérité par sa bravoure exceptionnelle au cours du combat.
Le ganadero ou le mayoral pourront saluer ou faire un tour de piste si la majorité du public le réclame.

Article 87
Le déroulement des novilladas sans picador sera soumis très exactement aux mêmes règles que les corridas de toros à l’exception des dispositions des articles 72-1, 73, 74, 75 et 76 (relatives au bon déroulement du premier tercio et qui ne concernent pas la non piquée). 

Dans le règlement, rien ne permet d'exclure la vuelta à la dépouille d'un novillo en non piquée.

Mais Don Montenegro m'objectera que la bravoure se mesure à la pique et je répondrai qu'elle se mesure aussi et d'abord à la pique, mais pas que…
Si les tientas n'excluent pas la muleta, il y a une raison. Sauf que la principale particularité de la novillada non piquée réside dans l'absence de piques et que le règlement n'a pas prévu de mouchoir à carreau pour ce cas particulier mais laisse au président l'utilisation du mouchoir bleu.

Pourquoi un novillo ne serait pas honoré d'une vuelta qui le distinguerait des mauvais novillos si le public le souhaite, si le président l'accorde et si la ou les bestioles en question se sont montrées agressives et solides comme à Magescq ?
En quoi cela dénature la notion de bravoure, la tradition, l'histoire, le rite, l'avenir de l'élevage ?
Et pourquoi ne pas voir cette possibilité comme un « plus » ?
S'il existe des critères immuables en tout lieu (épée, carioca, enterreurs...) je suis convaincu que mon interlocuteur distingue la valeur d'une oreille coupée à Orthez d'une autre coupée à Eauze ou encore la vuelta d'un toro de cinq ans à Madrid avec celle d'un novillo piqué à Aire/Adour.

Alors pourquoi s'interdire de faire la part des choses-là aussi ?

Mario Tisné