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mardi 30 juin 2015

La Unión Mexicana de Picadores y Banderilleros - A l'origine (Part9)

Précédemment dans « La Unión Mexicana de Picadores y Banderilleros - A l'origine »
Longtemps l’Union des subalternes mexicains n’a existé que dans la tête de deux rêveurs trop longtemps bafoués par leurs maîtres : le banderillero Román "El Chato" Guzmán et le picador Saturnino Bolio « Barana ». Depuis le 17 juillet 1933, le syndicat a enfin une existence légale et le sort des cuadrillas commence à s’améliorer. Mais tant qu’il faudra payer pour toréer, la lutte ne sera pas terminée…


La pratique du « túnel » perdurait avec le consentement souvent tacite et parfois explicite des subalternes. La Unión ne pouvait accepter que les banderilleros et picadors reversent une partie de leur traitement aux matadors ou aux novilleros (quand ce n’était pas aux apoderados ou autres taurinos qui remuaient les ficelles) pour avoir eu le « privilège » de travailler avec eux. C’eut été nier le sens des longues années  la lutte du Chato et de Barana.

Las, rien n’y faisait alors, la Unión n’eut d’autre choix que d’utiliser des méthodes répressives. Felipe Mota fut le premier à être sanctionné pour avoir accepté d’aller toréer à Puebla en échange d’un certain pourcentage de son salaire. Même punition pour Eutiquio Ténes qui avait payé pour aller toréer à Zitacuaro. Et d’autres ont suivi... jusqu’à ce que le « túnel » soit enfin éradiqué.

Ainsi, après avoir connus maintes souffrances et amertumes, enduré tant de revers, les fondateurs de la Unión Mexicana de Picadores y Banderilleros venaient de gagner une de leurs plus rudes batailles : une bataille qu’il aura fallu mener contre son propre camp. Longtemps le Chato se souviendra des paroles prémonitoires de l’empresario Eduardo Margeli : « Ecoute bien ce que je vais te dire. Au cas où tu réussirais à faire définitivement aboutir ton projet d’Union des Subalternes, n’oublie jamais ce que tu vas sacrifier… tes compañeros ne te le pardonneront jamais ».

Les anecdotes rapportées dans ces quelques lignes sont loin d’être exhaustives. Román "El Chato" Guzmán laisse entendre dans sa lettre au Doctor Gaona qu’il a préféré passer sous silence les évènements les plus tristes et les plus douloureux. Cette longue missive rédigée dans le cadre d’un hommage qui devait être rendu à la Unión se termine par les mots suivants : 

« La lucha fue muy dura y los sufrimientos morales y materiales que padecimos Barana y yo, no son nada en comparación con la enorme satisfacción que ahora tengo y que tendría Saturnino de vivir, al ver que cuando cae un banderillero o un picador heridos, tiene hoy día doctores capaces y especializados para curarlos. Tienen un sanatorio donde pueden pasar todo el tiempo que amerita su hospitalización.
Si tienen necesidad de dinero, existe una caja donde conseguirlo ; y si se retiran de toreros, tienen un seguro o póliza con suma modesta pero buena que la Unión Mexicana de Picadores y Banderilleros les entrega cuando se van como lo que fueron : toreros subalternos respetados por matadores, empresarios y periodistas. Se acabó el tiempo aquel de las humillaciones, de los malos tratos.
Gracias a Dios una y mil veces porque nos iluminó tanto a Saturnino Bolio « Barana », como a este tu amigo, para lograr lo que tanto anhelamos y al fin vimos hecho realidad.
Tu amigo que te aprecia,
Román M. Guzmán "Chato Guzmán"


Zanzibar

jeudi 18 juin 2015

La Unión Mexicana de Picadores y Banderilleros - A l'origine (Part8)

Précédemment dans « La Unión Mexicana de Picadores y Banderilleros - A l'origine »
C’est le 17 juillet 1933 que le banderillero Román "El Chato" Guzmán et le picador Saturnino Bolio « Barana » voient leur projet de plusieurs années enfin aboutir : l’Union des subalternes mexicains est officiellement créée. Ce succès qui doit beaucoup au « licenciado » Zenteno et à sa sœur Lupita leur vaut d’être bannis des ruedos aztèques et… vilipendés par une partie de leurs pairs !


Il faut reconnaître que, dans la pratique, les choses se sont pas mal améliorées à partir du moment où l’Union a été légalement constituée et reconnue. Le chemin de la légalité et des droits de chaque subalterne était désormais débroussaillé et clair pour tout le monde. Bientôt, leurs compañeros allaient se rendre compte que la lutte du Chato et de Barana n’avait pas été stérile et qu’il ne s’agissait pas de l’œuvre de fous. Mais l’homme est paré de vertus comme de vices… ces derniers faisant précipitamment surface quand l’argent s’en mêle. Certains subalternes refusent donc de faire une croix sur une coutume ancrée depuis bien trop longtemps et qu’on appelle « El Túnel ». Il s’agit ni plus ni moins de céder une partie de ses appointements au matador (ou au novillero) qui vous intègre dans sa cuadrilla du jour. Payer pour toréer, en somme. 

Bien sûr, l’Union a rapidement été informée que la « mutilation » des salaires perdurait et il n’a pas fallu longtemps à Guzmán pour partir en guerre contre cette vile pratique. Il se rendit aux arènes de Vista Alegre un lundi matin, lendemain de course, pour vérifier personnellement les faits. En le voyant, quelques uns de ses compañeros qui n’étaient pas particulièrement heureux de partager leur solde avec ceux qui les exploitaient lui dirent qu’il allait pouvoir observer en direct « El Túnel » : ils allaient toucher moins que prévu sur leur contrat de la veille. Pourtant, lorsque le Chato s’adresse à un picador qui sort du bureau où sont versées les paies en lui demandant : « Tu as touché ton solde complet ? », il s'entend répondre : « Que t’importe ce que j’ai touché ! C’est mon problème ». Le Chato lui explique énergiquement que ça lui importe beaucoup puisque l’Union a été fondée pour défendre les intérêts de chacun de ses socios, pour que plus jamais ils ne soient victimes des malversations des matadors ni de ceux qui manipulent les matadors. Il ne reçut qu’une salve de grossièretés en retour et aurait pu en venir aux mains sans l’intervention de quelques compañeros. 

Evidemment, la pratique du « Túnel » ne s’est pas arrêtée pour autant et le Chato y fut bientôt mêlé de près.  Liborio Ruiz était alors novillero et a proposé à Guzmán de toréer avec lui quelques jours plus tard dans cette même place de Vista Alegre. Pour ce faire, il suffit au banderillero de se mettre en contact avec un certain Eugenio Alvarado qui l’intègrerait dans la cuadrilla. El Chato informe donc Alvarado de ce que Liborio Riuz souhaite le voir dans sa cuadrilla le dimanche suivant. Alvarado n’a qu’une réponse : « OK. C’est 20% ». Guzmán indigné ne se contient pas. Cette fois-ci, il n’y a personne aux alentours pour le calmer et il propose à Alvarado d’aller en découdre d’homme à homme sur un terrain de la Colonia de los Doctores. Une fois arrivés sur les lieux, Eugenio sort une puntilla et le Chato qui n’est pas armé se contente de saisir deux gros cailloux pour se défendre. Il vise juste, réussit à déséquilibrer son adversaire et à lui faire lâcher la puntilla. Ils sont maintenant à égalité et combattent à mains nues. Román "El Chato" Guzmán sort vainqueur du duel.

 (A suivre...)

Zanzibar

dimanche 7 juin 2015

La Unión Mexicana de Picadores y Banderilleros - A l'origine (Part7)

Précédemment dans « La Unión Mexicana de Picadores y Banderilleros - A l'origine »
Poussés par leur afición et la haute idée qu’ils ont de leur métier,  le banderillero Román "El Chato" Guzmán et le picador Saturnino Bolio « Barana » sont en passe d’atteindre leur but : la création d’un syndicat représentant la corporation des subalternes mexicains. Après six ans de lutte et de détermination (et grâce à quelques belles rencontres) les deux hommes peuvent enfin se permettre d’être optimistes. Mais les choses ne sont pas si simples…

On est fin 1932 et le projet d’union des subalternes prend forme : le juriste Zenteno et sa sœur Lupita se chargent de faire toute la paperasse administrative pendant que des rumeurs teintées d’incrédulité vont bon train chez les taurinos de tout poil. Mais plus les choses se précisent, plus l’anxiété gagne les grosses huiles du mundillo…

Un beau matin, El Chato est  convoqué au bureau de Eduardo Margeli, un très très très important impresario de l’époque. Guzmán s’est naturellement rendu sur place à l’heure dite et voici peu ou prou la teneur de l’échange qui a eu lieu entre le banderillero et l’impresario : « Salut Chato ! C’est vrai que tu as fondé une union des picadors et des banderilleros ? ». Le Chato lui répond fièrement : « Oui monsieur. L’Union est en passe d’être officiellement créée. Dans très peu de temps, ce rêve deviendra enfin réalité ». Après un bref silence, la voix tant redoutée de Margeli résonne ainsi : « Je vais te faire une proposition Chato. Tu arrêtes tout et je te file 15000 pesos en liquide. En plus, je t’assure des contrats pour toute la temporada ». Réponse du Chato : « Señor Eduardo, je vous remercie pour votre offre mais l’Union doit se faire et se fera ». Margeli insiste en vain et congédie le Chato avec ces sentencieuses paroles : « Ecoute bien ce que je vais te dire. Au cas où tu réussirais à faire définitivement aboutir ton projet d’Union des Subalternes, n’oublie jamais ce que tu vas sacrifier… tes compañeros ne te le pardonneront jamais ». Et Guzmán de répondre : « Même s’il en est ainsi, j’irai jusqu’au bout ».

Quelques jours plus tard, Margeli a appelé Barana et la même scène s’est reproduite. Le compagnon de lutte du Chato a refusé toutes les propositions de l’impresario.

Les représailles ne se sont pas fait attendre…

Pendant 2 ans, ni le Chato ni Barana n’ont vu un pitón. L’homme fort du mundillo a usé de tout son pouvoir et de tout son réseau pour faire en sorte que les deux acolytes soient boycottés partout et par tous. Barana s’en est arrangé en s’exilant à Lima pour un temps alors que le Chato restait à Mexico, à la tête de l’Union désormais fondée. Ne pouvant plus toréer, il a vendu ses vêtements professionnels et ses biens pour pouvoir subsister. Mais le plus difficile à supporter fut sans doute la manière dont ses compañeros se sont moqués de sa situation, sans tenir compte du fait que cet éloignement des ruedos était le prix à payer pour s’être engagé à les défendre, pour qu’ils puissent cesser de vivre dans l’opprobre.

Margeli avait dit vrai : la lutte entreprise était incomprise. Loin de le décourager, ces railleries et marques de mépris de la part de ses collègues n’ont fait que renforcer la volonté du Chato qui n’a eu de cesse de travailler pour défendre la communauté des subalternes.

(A suivre...)

Zanzibar

vendredi 22 mai 2015

La Unión Mexicana de Picadores y Banderilleros - A l'origine (Part6)

Précédemment dans « La Unión Mexicana de Picadores y Banderilleros - A l'origine »
Après plusieurs années de gestation, et face aux outrages que multiplient les matadors à leur encontre, une poignée de subalternes des ruedos mexicains décident de créer une Association qui pourra faire valoir leurs droits. A la tête de ces frondeurs, on trouve le banderillero Román "El Chato" Guzmán et le picador Saturnino Bolio « Barana ». Ces deux-là battent le rappel de leurs compañeros mais les partisans du projet se font rares…

El Chato et Barana se sont sérieusement inquiétés quand ils se sont rendu compte que la majeure partie de ceux qu’ils croyaient avoir réussi à convaincre au prix de plusieurs heures de discussion leur faisaient finalement faux bond à la dernière minute. Du coup, ils ont eu l’idée de se rapprocher de Simón Cárdenas (dont il a déjà été question ici), chef des monosabios, afin de lui proposer que son groupe rejoigne celui des subalternes. La proposition était sérieuse et Cárdenas a promis qu’on pourrait compter sur l’affiliation des monosabios. L’association qui allait voir le jour serait donc baptisée La Unión Mexicana de Picadores, Banderilleros y Monosabios.

Le ralliement des monosabios de Simón Cárdenas fut un premier et important succès : leur nombre ajouté à celui des quelques ceux qui avaient foi en le projet permettait d’atteindre le minimum requis par la règlementation pour pouvoir créer le syndicat. Il ne restait plus qu’à trouver un avocat pour monter le dossier et le présenter aux autorités compétentes. La chose n’était pas si aisée puisque ni Chato ni Barana ne diosposaient d’un sou vaillant pour payer de quelconques honoraires… C’est en passant en revue ses connaissances que Barana s’est souvenu que le « licenciado » Alfredo Freg (c’est ainsi qu’on l’appelait dans les tertulias auxquelles il participait fréquemment) accepterait sans doute de les aider et d’être payé ultérieurement. Pour sûr, le « licenciado » Freg  devait être à même de prendre en charge les aspects administratifs et juridiques de la création officielle du syndicat ! 

Le Chato et Barana se sont donc rendu plein d’espoir chez Monsieur Freg, au 222 de las Calles de Chihuahua. Quand ils eurent exposé l’objet de leur visite à leur hôte, celui-ci a explosé de rire : il n’était nullement licencié en droit et ne pouvait leur être d’aucune utilité dans ce domaine. La confusion venait du fait que, dans le milieu taurin, le terme « licenciado » était utilisé de manière abusive pour le désigner. Mais  si Alfredo Freg n’était pas avocat… il était tout de même le frère du matador de toros Luis Freg ! Sensible à la détresse des deux compères et séduit par leur projet, Freg accompagna le banderillero et le picador chez Leonardo Zenteno qui sera le conseiller juridique de l’Union jusqu’à sa mort.

Zenteno a immédiatement été convaincu de l’intérêt et du sérieux de l’entreprise du Chato et de Barana, et il a accepté de les aider. Le premier geste ô combien généreux de l’avocat envers les subalternes a été de leur offrir sa machine à écrire et de demander à sa propre sœur de se charger de la rédaction de tous les courriers nécessaires. Depuis ce jour, l’homme de loi et sa sœur Lupita sont intimement liés à l’histoire de l’Union qui leur voue une estime et une reconnaissance sans borne.

A ce stade de l’histoire, les choses semblaient aller plutôt bien et El Chato et Barana avaient toutes les raisons d’être optimistes quant à la création imminente de l’Union. 

(A suivre...)

Zanzibar

mardi 5 mai 2015

La Unión Mexicana de Picadores y Banderilleros - A l'origine (Part5)

Après avoir vécu une succession de tragédies dans l’indifférence la plus totale, le banderillero Román "El Chato" Guzmán et le picador Saturnino Bolio « Barana » n’en peuvent plus et se sont jurer coûte que coûte de faire aboutir leur projet d’association des subalternes mexicains. Ce sont les évènements du 2 novembre 1932 qui servent de déclencheur et marquent véritablement leur entrée en révolte contre le mundillo.

Morelia, 2 novembre 1932. Au lendemain d’une course à laquelle ils participaient, El Chato et Barana descendent de leur chambre et attendent leur matador pour aller petit-déjeuner. Je ne sais pas à quelle heure exactement ils se sont levés mais ce n’est que vers 11h00 que Germán Figaredo, l’hôtelier, leur a dit qu’il était inutile de patienter plus longtemps : le matador et son apoderado avaient quitté l’hôtel à l’aube. Une fois de plus, les deux acolytes se retrouvaient seuls, négligés par leur patron et sans un sou pour rentrer à la capitale. Pendant le petit déjeuner que leur a offert l’hôtelier avec bonté, Barana, dégoûté, a tenu à peu près ce discours « Tu vois Chato, si on gagne cette bataille, nous pourrons rendre grâce à dieu, si en revanche nous la perdons, on peut prendre notre retraite, toi de banderillero, moi de picador ».  Ils en étaient là de leurs élucubrations quand le Señor Figaredo s’est approché d’eux pour leur demander comment ils comptaient rentrer à Mexico. Barana lui a répondu qu’ils n’avaient d’autre choix que de mettre en gage leurs capotes et leurs costumes… ce qu’ils n’eurent pas à faire lorsque l’hôtelier leur eut généreusement remis 50 pesos à chacun.
Ce don de 50 pesos, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Les subalternes devaient se libérer du joug des matadors et ne plus devoir leur survie financière à la générosité d’autrui. Le sort était jeté, l’Union allait voir le jour. Ce métier était le seul qu’ils connaissaient et le seul grâce auquel ils pouvaient nourrir leur famille. Quelles que soient les embûches, ils se battraient pour être reconnus, payés et respectés. 

Sur le trajet de Morelia à Mexico, El Chato et Barana ont dressé la liste des difficultés qu’ils s’apprêtaient à devoir affronter : les empresarios pour sûr, les matadors et les novilleros évidemment, mais par-dessus tout, certains de leurs compañeros picadors et banderilleros qui bénéficiaient des largesses et des faveurs de certaines empresas. Ceux-là pensaient qu’il était ridicule de prétendre à l’indépendance, se gaussaient des deux perturbateurs et tournaient ostensiblement le dos à leur « conspiration ».

A leur retour à Mexico, les discussions autour du projet d’association des subalternes reprennent bon train. Mais les deux amis ont décidé de ne pas se contenter de prêcher dans la capitale : à partir du mois de novembre 1932, chaque fois qu’ils toréent dans n’importe quel état du Mexique, Barana et le Chato exposent leurs plans à leurs compañeros. Leur objectif est d’atteindre le plus rapidement possible le quota d’adhérents imposé par la loi pour pouvoir fonder le syndicat. Le projet est parfois accueilli avec sérénité, d’autres fois avec indifférence, et d’autres fois encore avec  moquerie ou pessimisme. Toutefois, Antonio Velázquez (alors banderillero), "El Mochito", et quelques autres subalternes ont sur le coup approuvé le projet.
Las, nombreux sont ceux qui ont rapidement fait machine arrière…

(A suivre...)

Zanzibar

samedi 18 avril 2015

La Unión Mexicana de Picadores y Banderilleros - A l'origine (Part4)


Précédemment dans « La Unión Mexicana de Picadores y Banderilleros - A l'origine » 
Román "El Chato" Guzmán et Saturnino Bolio "Barana", respectivement banderillero et picador de renom, ne supportent plus les humiliations et les mauvais traitements que les matadors et novilleros réservent à leurs subalternes. A partir de 1927, ils n’ont qu’une idée en tête : fonder un syndicat qui défendrait les intérêts de leur corporation. Ils savent que la tâche sera longue et rude mais ils ne manquent ni de courage ni de volonté.

Pendant plusieurs années, les discussions avec le collectif des subalternes adhérents au projet n’ont pas cessé. Pour  Guzmán et Bolio, un jour sans toréer est un jour consacré aux pourparlers, à la négociation et à la planification de la création de l’Union. Les jours où ils toréent, les anecdotes tragiques s’accumulent…

Leur compañero Eugenio Cuevas est gravement blessé à Veracruz : cornada grave et fracture de la jambe gauche. Une fois de plus, le blessé est « abandonné » par son patron et les infortunés subalternes connaissent à nouveau le calvaire d’un long trajet jusqu’à Mexico avant de se réfugier chez le bon Docteur Ortega qui, comme à son habitude, a gracieusement soigné le malheureux Cuevas.

Peu après et dans un registre différent (mais pas moins insultant pour leur condition), ils passèrent également un mauvais moment à Mérida. En arrivant là-bas pour y toréer, El Chato et Barana ont aperçu tout un tas de gens munis de caméras et d’appareils photo. Les prenant pour des touristes, ils ne s’en sont pas plus inquiétés que ça jusqu’au lendemain matin où l’apoderado de David Licéada, le matador au service duquel ils travaillaient la veille, vint les voir et exigea d’eux qu’ils se vêtissent de torero. L’équipe de tournage (il ne s’agissait pas de touristes) devait filmer une scène taurine et ils devaient se rendre habillés de lumières à la plaza.
El Chato : Pourquoi nous habiller et aller à la plaza puisque notre engagement s’est terminé avec la course d’hier ?
Camacho (l’apoderado de Liceaga) : Parce que ce sont les ordres du matador !
El Chato : Dites-nous d’abord combien on va être payés pour s’habiller de torero…
Camacho (s’adressant uniquement à Barana) : Puisque Le Chato refuse de s’habiller, fais-le toi et viens à la plaza !
Barana n’a pas cédé et a confirmé que s’ils n’étaient pas payés, ils n’iraient pas à la plaza. Effectivement, aucun des deux n’apparait dans le film en question.
L’anecdote est moins dramatique que les précédentes mais la posture du matador vis-à-vis de ses subalternes est tout aussi offensante. La coupe était pleine et le projet d’association suffisamment ressassé pour être prêt à aboutir.

Dans la lettre que Román Guzmán adresse à l’ex-impresario Gaona à l’occasion de l’anniversaire de la Unión, se trouve un paragraphe dans lequel il affirme que c’est le 2 novembre 1932 à Morelia que la lutte a finalement vraiment commencé. C’est ce 2 novembre 1932, "jour des morts", que les subalternes ont symboliquement « tué » l’esclavage dont ils souffraient. Cette courte histoire mérite d’être racontée…

(A suivre...)

Zanzibar