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lundi 14 septembre 2015

Toros y Salsa (le début)

Les 6 épais toros de Cuadri sont sortis monolithiques et patauds, sans race, sans moteur, ni puissance, ni force, ni sauvagerie, ni rien de ce qu'on attendait d'eux, sauf peut-être l'exigeant 3ème que le sort a malicieusement attribué à Alberto Lamelas.

Pas un tiers de pique qui mérite qu’on s’y arrête (un seul cheval en piste) et un nombre considérable de passages aux banderilles pour, au final, compter deux ou trois banderilles très clairsemées sur le dos de certains bichos. 

Robleño aura fait un usage plus que parcimonieux de la main gauche tout au long de la tarde. Ne se donnant pas la peine de tuer le premier (2 pinchazos allègrement suivis d'un descbello), il hésite avant de trouver le rythme poussif du vaguement noble 4ème (5 ou 6 pinchazos avant une entière localisée à peine un peu au-dessus de la cuisse). 

Castaño est très fatigué. Sa cuadrilla itou... Un pinchazo avant une entière caida et tendida en lâchant tout puis un vilain mete y saca dans le cou suivi d’un pinchazo et d’une entière. 

Lamelas s'occupe trop du public et pas assez de son ombrageux 1er opposant. Après deux ou trois intéressantes tandas, le rythme de la faena change... sans que ce soit dans le sens de l'amélioration. L'ensemble résulte interminable. Vuelta. On observe le dernier, faible, aplomado, avec incrédulité... Lamelas le tue comme son premier, pas du premier coup, et en passant par le chemin des écoliers. 

Des fantômes de Cuadri à la caste altérée, d'une inappétence pour le combat préoccupante, des matadors qui négligent la mise à mort, des bonnes cuadrillas qui se laissent aller... La corrida se meurt un peu plus. Je sais que « les courses de taureaux sont dans une mauvaise période et en déclin depuis une centaine d'années » mais, samedi soir à Dax, on a vu son cadavre commencer à se décomposer.

Zanzibar 

lundi 27 juillet 2015

Le retour de la vengeance de Cubano 2

Orthez - Corrida de Valdellan pour Alberto Lamelas, Thomas Dufau et Cesar Valencia (et Thomas Marty)


On le sait, en tauromachie plus encore qu’au cinéma, l'art de la suite est chose difficile. Pourtant, nous étions très nombreux à être accourus pour voir la "suite" du lot vicois qui a réussi la prouesse de garnir à 4/5 les arènes du Pesqué alors qu’il y avait course un peu partout ce dimanche. 

To make a long story short : aucun toro n’a été applaudi à sa sortie et un seul l’a été à l’arrastre, le troisième. Il faut dire que la pénurie de corne n’était compensée ni par l'abondance de kilos ni par la somptuosité des trapios. Le 3ème et le 5ème de la course m’ont toutefois paru un peu mieux faits.
La veille, au corral, on aurait été tenté de sourire face au saisissant « effet Dalton » que les toros produisaient côte à côte… si seulement Joe, William et Jack n’avaient pas été les modèles les plus représentés !

Côté comportement, usons d’un euphémisme et disons que la dimension combative du lot n’a pas sauté aux yeux, à l’exception du 3ème qui a été à l’origine du meilleur l’après-midi.

Au paseo, Thomas Dufau était entouré des deux affamés de tragique que sont Alberto Lamelas et Cesar Valencia… et de Thomas Marty, auteur d’un écart qui lui a justement valu le Prix du Courage.

Le premier toro est faible, compliqué, freine dans ses charges. Lamelas puise dans sa copieuse volonté ce qu’il n’a pas dans son maigre baluchon technique. Travail fini au toril. Salut après une entière par la bande. Le quatrième, bien plus boiteux que Keyser Sözé, n’est pas changé. Pas grand-chose à faire devant cet invalide arrêté. Silence.

Le lot de Dufau est composé de deux toros insignifiants et insignifiés, oscillant entre servitude fadasse et soumission sournoise. Le 2 permet au français de faire « de la tauromachie pour Canal + ». Silence après un avis. Au 5, j’avoue, j’ai craqué et j’ai passé les 15 minutes qu’a duré la faena à envoyer des sms aux copains. Ceux qui, dans le public, ont fait preuve de plus de respect que moi pour ce qui se jouait dans le ruedo ont fini par s’exaspérer de plus en plus bruyamment. Pitos après une mort compliquée et 2 avis bien tassés.

Le 3 déborde Valencia à la réception. Ce toro, brave au cheval et remarquablement piqué par Alberto Sandoval (dont ma voisine a convenu, jumelles à l’appui, qu’il gagnerait à être mieux connu), est l’objet d’une décision embrouillée du palco qui finit par accorder une 3ème puya… al regaton. Deuxième tiers assuré par le vénézuelien qui a le bon goût de nous épargner la sempiternelle pose au violon. A la muleta, Carmelita ne se remet pas d’une vuelta de campana et va a menos face à un torero qui a vraiment envie mais reste trop prudent pour construire quelque chose de solide. Oreille après une entière tombée. Le dernier toro n’est pas très gaillard et manque de piquant. Valencia est décidé mais on ne retrouve pas chez lui la quête viscérale, presque sanglante, de pureté qu’on lui a vue à Céret. 
Sur le chemin de la gare, j’entends les applaudissements qui accompagnent la vuelta du jeune homme. C'est la fin de la journée Valdellan, et le début du temps de l'aventure...

Prix au meilleur picador : Alberto Sandoval
Prix du courage : Thomas Marty pour son écart
Prix du geste taurin : Cesar Valencia
Tout ça n'est que justice.
Corrida vue du dernier rang, au soleil.

Zanzibar

mardi 14 juillet 2015

Aladin, à la 2, à la 3 !

L'Adac y avait pourtant mis du sien pour bien frotter la lampe... mais le génie n'est pas sorti.

Notez que, moi aussi, j'y ai mis du mien : pendant les trois courses du week-end, j'ai gardé solidement ancrée la certitude que "ça" allait bientôt commencer. 

C'est ainsi que, le samedi soir, on s'est globalement ennuyé tout en conservant en permanence un certain intérêt pour la mansada de Dolores Aguirre. On guettait la caste, l’émotion. Mais non. La course fut au mieux brusque et compliquée, au pire terne et sans poder. "Horrible" selon la ganadera. Des premiers tiers catastrophiques (dont l’un n'aurait pas été renié par Bartabas). Des deuxièmes tiers d'inspiration cubistes (trois paires magnifiques à signaler toutefois : celles posées au 5ème par un monsieur vêtu de violet et noir, et la très périlleuse première paire posée au sixième par un monsieur habillé en bleu schtroumpf et noir). Curieusement, certains toros affichent à la mort une puissance (mais était-ce vraiment de puissance qu'il s'agissait ?) qu'ils avaient pris grand soin de  nous cacher de leur vivant.
L’énergie de Alberto Aguilar n’est pas suffisante pour soumettre le rugueux et imprévisible deuxième ni pour améliorer le cinquième. 
Le capricieux et, pour le coup, relativement intéressant troisième mène  la vie dure à Alberto Lamelas qui finira par lier une valeureuse série au toril. Peu de choses à dire du sixième.
Robleño livre deux faenas bruyantes et sans éclat dans ce silence appliqué qui est si caractéristique de Céret. 

Le dimanche matin, sous un soleil très dur, on s'est globalement intéressé mais... en s'ennuyant souvent. C'est Julie qui vous parlera bientôt des toros de Juan Luis Fraile et de Cesar Valencia. Quant à moi, mon jugement est faussé : j'attendais un lot qui soit à la hauteur de celui de Cenicientos l'an passé. Et là, force est d'observer que le compte n'y était pas... 

Le dimanche soir, on s'est ennuyé... en s'ennuyant. Piqués avec la délicatesse qu'on réserve ordinairement aux oisillons, les cinqueños dépressifs de Adolfo Martin n'auront pas pu provoquer d'autres frissons que ceux de la colère. La seconde fut celle du ganadero qui jeta rageusement son chapeau et menaça du poing la terre entière lorsqu'il vit le troisième se casser la corne en cognant aux planches. 
La première revient au (dur, très dur) public qui a honni Urdiales pour n'avoir pas donné l'impression de vouloir essayer de résoudre l'équation posée par son premier. J'étais d’autant plus péniblement affectée de cette dernière situation que c'est précisément face à ce type d'adversité que Diego peut exceller… Les efforts expiatoires mais vulgaires du maestro au cinquième ne furent pas à la hauteur de l'affront initial. 
Pour que les vieux pots fassent les bonnes soupes, il faut qu’il y ait de bons légumes. Encabo fait les choses le plus sérieusement possible devant deux insipides navets et l’ensemble n’a que peu de saveur. 
Robleño (qui, tout bien réfléchi, devrait songer à consulter un spécialiste de l’audition) a totalement négligé la main gauche à son premier et a parfaitement robleñisé à son second. Oreille donc. 

Feria courte, courses longues, soleil blessant, plaza pleine comme un œuf, tertulias très fréquentées et cercle d’amis agrandi. Je reviendrai bien sûr me perdre ici l'an prochain, voir des toros, des toreros, et deux vieux amoureux.

Zanzibar

NB : corrida vue du rang 12, côté patio de caballos.

Les courses racontées en image par Christophe Moratello (il suffit de cliquer) 

La corrida de Dolores Aguirre
La corrida de Juan Luis Fraile

mercredi 27 mai 2015

Braves mansos

Le souffle dans le dos

Caracorta nous enquiquine. On le range où Caracorta ? Quel tiroir ? Et tous ces Carafea ?... A chaque corrida de ce fer on nous sort des Carafea plus ou moins décantés, le sorteo en indique trois dont deux sobreros. 
Charger le cheval, encaisser en poussant un gros puyazo pompé, et remettre le couvert, pousser sous la carioca et s'échapper directo au toril ; salut Caracorta.
Ainsi fut la course de Dolores Aguirre... des taffes de bravoure, des bouffées de mansedumbre et des volutes de noblesse. 

Une petite vingtaine de rencontres au cheval, consistantes pour la plupart. Des taureaux qui poussent mais qui sortent seuls, qui chargent fort mais qui partent aux planches. Ils attaquent puis prennent la tangente. Opiniâtres par à-coups. Un peu de noblesse par-ci, des derrotes par-là...
Prenez le quatrième : il part trois fois au cheval avec peu de classe, se transforme en manso con casta en début de faena et file aux tablas sans prévenir. 

Course entretenue, jamais ennuyeuse. Cela supposait un public averti et des matadors consistants.

Sanchez Vara et Rafaelillo n'ont rien à se reprocher. Assurant la funcion, souvent efficaces et dominateurs, imposant une lidia dure faite de doblones par le bas, de derechazos à l'arrache, partant guerroyer en querencia quand il le fallait mais malheureusement longs à la mort.

Lamelas n'a pas démérité, nous aurions juste apprécié qu'il revienne à Vic en pleine possession de ses moyens. Son entourage a décidé pour lui des changement de tercios  et on piqua quand on voulut, comme on souhaita et autant qu'on estima. Lamelas se contentant d'agiter sa montera, la mise en scène se reproduisit à chacun des taureaux. Passés ces pénibles moments, il nous a paru dépassé et fragile au dernier alors qu'il avait pu placer une faena valeureuse à son fréquentable premier. Il tua d'un bajonazo le second et d'une entière correcte après deux pinchazos le premier.

Il y eut des moments d’héroïsme inattendus : le saut à la garrocha de Ramirez peon de Sanchez Vara. C'est déjà bien de le voir sur les vielles lithographies, c'est quand même mieux en vrai. Dans cet exercice il est impératif d'assurer le planter de bâton et le décollage. Bravo Ramirez.
Il y eut cet aficionado du tendido soleil qui enfin osa publiquement déclarer haut et fort son amour  à la jolie alguazil : "¡Alguazil te quiero!" 
"Depuis que les alguazilles  sont des filles, c'est plus facille" dit la chanson (?) ... et puis on les aime ces courses vivantes où il se passe des choses.

El Ubano

mercredi 12 novembre 2014

La honte

Juste avant, il y avait eu 5 toros qui faisaient regretter d’avoir arrêté de fumer. A cet instant précis, on savait déjà qu’on se souviendrait longtemps de cette course. Mais quand le sixième est sorti, là, on a compris qu’on sortirait de la plaza un peu plus vieux qu'on y était entré.

Cantinillo a surgi. Désordre dans le callejon. Les photographes sont rentrés aux abris. C'est un signe. Un peu comme quand la mer se retire avant le tsunami. Port de tête altier, présence impressionnante. Désordre en piste. Il faut passer le trait, aller le piquer le toro là où il est. Désordre dans le public. Batacazo. Désordre partout. Solitude de Bonijol. Magnifique manso con casta, toro sauvage et de combat.

Je ne sais pas à quoi pense Alberto Lamelas quand il va chercher la muleta. A quel moment sait-il qu'il ne va pas esquiver, qu’il va opter pour le chemin des cicatrices ? A-t-il simplement sombré dans la folie ou  bien dans la sidération ?
Après la première tanda, l'homme est toujours en vie mais ça n'est pas définitif. Trois rustiques séries plus tard, Lamelas ne nous a pas montré la gauche mais il nous a montré quelque chose de bien plus rare : il nous a montré que le sens de l'honneur n'était pas une fantaisie héritée des vieux livres.

Estoconazo.

Moi qui étais allée à la course peinarde, avec mon bic et mon couteau, prête à m'offrir comme souvent le luxe, depuis les tendidos, de dédaigner les toreros malhabiles, et bien je vous jure que là, face à tant de courage, j'ai eu honte. 

Zanzibar

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Pour ceux qui n'aiment pas lire, voici la même histoire
 racontée par Bertrand Caritey (que j'embrasse au passage)


Cantinillo - Lamelas - Vic 9 juin 2014 (photo Bertrand Caritey)

Cantinillo - Lamelas - Vic 9 juin 2014 (photo Bertrand Caritey)

Cantinillo - Lamelas - Vic 9 juin 2014 (photo Bertrand Caritey)

Cantinillo - Lamelas - Vic 9 juin 2014 (photo Bertrand Caritey)

jeudi 17 juillet 2014

Algo de Frascuelo


Frascuelo est beau.
Et vieux aussi. Ce dimanche à Céret, il était criant qu'il ne pouvait plus compter sur le moindre recours physique, et cette fragilité était à la fois dérangeante et émouvante.
Car Frascuelo est très vieux.
Et généreux aussi. Car voyez-vous, il n'a pas chipoté ; ce ne furent pas un ou deux détails qu'il a laissé à Céret, mais un monton de détails. Tout le monde a eu le sien : une demi-véronique pour l'un, une trinchera pour l'autre, le dernier changement de main pour moi. Ce soir, Carlos Escolar nous a fait un cadeau personnel à chacun.

David Mora devait être remplacé et c'est très chouette que la proposition soit allée à Lamelas (qui a eu l'air vraiment surpris d'être appelé à saluer avant la sortie de son premier toro). En tout état de cause, Alberto n'est pas venu faire de commerce ici et il essaie de s'imposer à force de vaillance face à l'impiqué (c'est une manie ?) et très déroutant second. Il méritait autre chose que son invalide second qu'il fait trop durer. On fermera les yeux sur le bajonazo. Il mérite bien qu'on lui rende sa prouesse vicoise avec usure...  

Il s'est dit après la course que Esau Fernandez était très mal coiffé. Pendant la course, ses banderilleros se sont fait remarquer pour 3 excellentes paires.

Les Felipe Bartolomé ? Ils ont beaucoup, beaucoup déçu. Leur plus grande qualité aura été d'être suffisamment peu offensifs pour permettre à Frascuelo de nous raconter un petit peu de l'histoire du toreo.

Zanzibar

lundi 16 juin 2014

La tertulia du talus

Roger Wild

Il existe à Vic Fezensac un lieu dédié à la réflexion, un forum, une medersa du toro.
Terrain surélevé, à deux pas de la statue de Ruiz Miguel et bordé de guinguettes blanches, nous sommes sur le talus. Promontoire de terre, ce tumulus herbeux devient un incontournable de la glisse les jours de pluie. Ce monticule révéré concentre les meilleurs penseurs taurins pré et post course depuis des lustres. 

Lundi soir de Pentecôte, brainstorming de rigueur. Extraits des réflexions autour de Cantinillo , de la Présidence, du public, des cuadrillas etc... où il apparaît que :
  • Le public est mauvais durant le tercio de varas et s'insurge en voyant Gabin Rehabi franchir la distance pour rencontrer Cantinillo. A Vic ou à Céret, c'est très embêtant. Depuis le web la crème de l'aficion française n' a pas manqué d'information sur ce thème.
  • Le palco (Molero, Chamaco, Passicos) c'est pas des bleus, ils en ont vu d'autres... pourtant, ne se font-ils pas embarquer par le public en changeant prématurément le tercio ? Lamelas n'est-il pas d'avantage inconséquent en demandant le changement ? Mais alors méritait-il la deuxième oreille ? Je te dis que si... et bé moi je te dis que non !
  • Bonijol a été formidable de courage et de compétence en conservant les rênes de Destinado... Bof, c'est surtout la carence des piétons qui a mis Bonijol en situation de briller.
  • Seuls les toros de cinq ans peuvent produire des situations exceptionnelles de ce type. Cette réflexion fait l'unanimité semble-t-il, excepté un alguazil dacquois et un cordouan qui déplorent le peu de toréabilité du lot.
  • Les second et cinquième toros étaient sérieux et importants, le mayoral devait-il faire la vuelta ? Oui ! …..en raison de la caste !.... mais non !..... c'étaient des mansos !
  • Lamelas a été formidable de courage et d'entrega pour la plupart. Sauf que Lamelas était débordé du début à la fin, excepté l'estocade... pour beaucoup d'autres. 
  • Cuadrillas et toreros ont été débordés par la course... hou !!! … Stop ! Peu de toreros et cuadrillas pouvaient se mesurer à des cinqueños de cette trempe... Olé !!!
  • Lamelas méritait deux oreilles madame ! Des prunes, cher monsieur, une oreille pour le coup d'épée et basta ! Chéri, faut y aller, on doit récupérer les gosses chez ta mère. 
  • Et ainsi de suite...

Il est 22h, l'aficion s'est dispersée sur les routes du sud, les gares, l'autoroute. Quelques-uns sont déjà à la maison et préparent les affaires « pour demain ».

Demain va sauvagement rimer avec quotidien.

El Ubano