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mardi 6 octobre 2015

· · · — — — · · · Otoño en détresse

C'est l'automne et on est là, comme les musiciens de première classe du Titanic, on assiste au désastre, sans colère, avec fatalisme, presque consciencieusement. J’oserais même dire, à la réserve près qu'on ne va pas en mourir, qu’on fait face à la débâcle avec une certaine dignité. Ça fait 3 jours qu'on est englouti dans le dramatique naufrage ganadero du plus important paquebot, pardon, ruedo, du monde. Avant chaque course, les plus en forme d’entre nous brandissent des pancartes comme autant de SOS. Des tas de revendications saluées par de belles ovations, ça oui. Mais pas un toro qui déboule en piste propre à sauver notre aficion en détresse. 

Les novillos sans tempérament de Cesar Rincon (qu'on n'aurait aucun mal à applaudir dans une arène de deuxième catégorie) se tenaient debout par un miracle d’équilibre et n'ont pas provoqué le moindre soupçon d'émotion en piste. Filiberto et Alejandro Marcos ont hasardé quelques faenitas avec plus (Marcos) ou moins (Filiberto) de bonheur… Joaquin Galdos n'a pas convaincu.
Je ne sais plus qui a dit "Que l'important soit dans ton regard et non dans la chose regardée"... Mouais.  Faudrait voir à pas pousser la blague plus loin que l'aphorisme non plus.

Les choses empirent le lendemain où l'on vit sortir un lot calamiteux du Puerto de San Lorenzo (accompagné par un cousin de Valdefresno tout aussi mauvais) pour l’improbable mano a mano Urdiales vs. Lopez Simon. Mansos, sans race, douillets, fuyants, faibles au mieux, impotents au pire. Des toros de poche qui, décorés d'une grande porte, nous seront fatalement infligés l'an prochain. A bien y réfléchir, la grande porte n'est pour rien dans cette affaire et Fraile peut bien continuer à fabriquer ses toros sur le même modèle puisqu'il réussit à les fourguer tous les ans. Pourquoi pas d'ailleurs ? Puisque, à chaque fois, nous revenons...
Face au 3ème, un utrero (à moins bien sûr que le bicho soit né le 1er ou le 2 octobre 2011), Urdiales construit minutieusement sa faena, chaque nouvelle passe résultant de la précédente. C’est plein de finesse, sans apprêt. L’ensemble n’est pas assez puissant pour améliorer dans la longueur cet adversaire au genio saillant, mais Diego vient de nous rappeler avec rigueur, technique, et simplicité, pourquoi il est un grand torero. 

Lopez Simon quant à lui a ouvert la Grande Porte... Une Grande Porte revendiquée ou décriée, selon que l'on a ou non été sensible au toreo très conceptuel du jeune homme. Une Grande Porte importante ou dérangeante selon qu'on lui a ou non pardonné l'oreille que le palco lui a, de guerre lasse, attribuée à son premier. Sérieusement blessé par ce premier opposant, et scénographiant savamment ses allers et retours à l’infirmerie, Lopez Simon est crânement revenu pour torée ses deux derniers adversaires. La deuxième oreille est tombée après une foutue énorme série à droite et une épée extraordinairement aguantée en recevant le toro mais... est-ce que c'est ça une Grande Porte à Madrid ? Plus tard, j’ai appris que le jeune prodige avait été d’une toreria géniale. Peut-être n'ai-je pas su l'apprécier… N’empêche que, en fin de série, le taureau allait toujours là où il ne fallait pas. Se mettre dans un sitio de ouf, se "coloquer" là où personne n'ose aller et, par principe, ne pas rectifier la position, c’est très bien, mais, le bateau a beau sombrer, ça ne me chavire pas.

Avec les Vellosino, je crois bien qu’on a touché le fond. Ce bétail, c'est la lie du campo. Gonzalo Caballero, soucieux de montrer sa bonne volonté, s’avère étonnamment digne et sagace avec son toro d’alternative. Il sera très différent au sixième… Eugenio de Mora est peu inspiré mais très sérieux malgré ses postures cocasses. Uceda Leal est peu inspiré tout court (mais il met de belles épées). 

Finalement, notre Carpathia à nous, ce fut la (mala) casta des Adolfo. Deux heures de danger qui nous ont sauvés. Un rêve presque oublié pour les aficionados. Un cauchemar pour les hommes aux bas roses… Des toros de combat, tous différents les uns des autres, compliqués, fuyants, avisés, imprévisibles, à la charge incertaine (sauf le dernier dont la charge fut plus franche - et le cinquième qui ne tenait pas sur ses quilles) et qui se retournent à la vitesse de la lumière. Des toros qui prenaient un acompte sur l’existence des hommes à chacune de leurs erreurs. Une course entretenue de bout en bout par la multiplicité des complications et encadrée de chaque côté par deux preux toreros. 
Robleño parait avoir pris 20 ans entre 2012 et aujourd’hui... Il est encore présent dans des courses très dures comme celle de ce dimanche, mais de manière bien fugace, et on est tristement tenté de penser qu'il devrait se couper la cadenette avant qu'on oublie complètement quel torero il a été.
Paco Ureña a un déconcertant mouvement de poignet qui lui rabat la muleta dessus, comme une invitation explicite à la bousculade. Naturellement, ça ne manque pas et son affreux premier adversaire chope fissa tous les défauts qu’il n’avait pas à l’origine. Le sixième et dernier toro de l’envoi est à l’affût de l’homme mais moins pervers que ses frères. Le murciano s’arrime et, pendant quelques secondes, on se dit que, dans l’histoire du monde, il y a eu le feu, la roue, et puis les naturelles de Paco Ureña. A l’épée tout est perdu, fors l'honneur. 
L’autre grand, très grand monsieur de la tarde, s'appelle Rafael Rubio Lujan. Son premier combat fut sans aucun doute le plus poignant. Face à l’adversité du jour, reconnaissons que la délicatesse et l'élégance n'étaient pas de mise. Il fallait le courage brut entendu par la tauromachie pour dominer la partie. Rafaelillo a eu cette détermination implacable sans pourtant jamais prendre totalement le dessus. Mais il a fait exactement ce qu’il fallait. Ca fight, c'est violent, c'est du toreo de tranchée, c'est de la "gangsta faena". C'est pas beau. Mais qu'est-ce que c'est bon !

Ayé. On peut reprendre une respiration normale. Les dernières naturelles se sont évanouies dans le ciel d'automne. Rafaelillo et Ureña vont bien dormir ce soir. Moi aussi. Les toros braves, je ne sais pas, mais les toros qui font peur existent encore. Quant aux toreros qui les affrontent, ils existeront toujours. Les souvenirs et les regrets aussi.

Zanzibar

mardi 14 juillet 2015

Aladin, à la 2, à la 3 !

L'Adac y avait pourtant mis du sien pour bien frotter la lampe... mais le génie n'est pas sorti.

Notez que, moi aussi, j'y ai mis du mien : pendant les trois courses du week-end, j'ai gardé solidement ancrée la certitude que "ça" allait bientôt commencer. 

C'est ainsi que, le samedi soir, on s'est globalement ennuyé tout en conservant en permanence un certain intérêt pour la mansada de Dolores Aguirre. On guettait la caste, l’émotion. Mais non. La course fut au mieux brusque et compliquée, au pire terne et sans poder. "Horrible" selon la ganadera. Des premiers tiers catastrophiques (dont l’un n'aurait pas été renié par Bartabas). Des deuxièmes tiers d'inspiration cubistes (trois paires magnifiques à signaler toutefois : celles posées au 5ème par un monsieur vêtu de violet et noir, et la très périlleuse première paire posée au sixième par un monsieur habillé en bleu schtroumpf et noir). Curieusement, certains toros affichent à la mort une puissance (mais était-ce vraiment de puissance qu'il s'agissait ?) qu'ils avaient pris grand soin de  nous cacher de leur vivant.
L’énergie de Alberto Aguilar n’est pas suffisante pour soumettre le rugueux et imprévisible deuxième ni pour améliorer le cinquième. 
Le capricieux et, pour le coup, relativement intéressant troisième mène  la vie dure à Alberto Lamelas qui finira par lier une valeureuse série au toril. Peu de choses à dire du sixième.
Robleño livre deux faenas bruyantes et sans éclat dans ce silence appliqué qui est si caractéristique de Céret. 

Le dimanche matin, sous un soleil très dur, on s'est globalement intéressé mais... en s'ennuyant souvent. C'est Julie qui vous parlera bientôt des toros de Juan Luis Fraile et de Cesar Valencia. Quant à moi, mon jugement est faussé : j'attendais un lot qui soit à la hauteur de celui de Cenicientos l'an passé. Et là, force est d'observer que le compte n'y était pas... 

Le dimanche soir, on s'est ennuyé... en s'ennuyant. Piqués avec la délicatesse qu'on réserve ordinairement aux oisillons, les cinqueños dépressifs de Adolfo Martin n'auront pas pu provoquer d'autres frissons que ceux de la colère. La seconde fut celle du ganadero qui jeta rageusement son chapeau et menaça du poing la terre entière lorsqu'il vit le troisième se casser la corne en cognant aux planches. 
La première revient au (dur, très dur) public qui a honni Urdiales pour n'avoir pas donné l'impression de vouloir essayer de résoudre l'équation posée par son premier. J'étais d’autant plus péniblement affectée de cette dernière situation que c'est précisément face à ce type d'adversité que Diego peut exceller… Les efforts expiatoires mais vulgaires du maestro au cinquième ne furent pas à la hauteur de l'affront initial. 
Pour que les vieux pots fassent les bonnes soupes, il faut qu’il y ait de bons légumes. Encabo fait les choses le plus sérieusement possible devant deux insipides navets et l’ensemble n’a que peu de saveur. 
Robleño (qui, tout bien réfléchi, devrait songer à consulter un spécialiste de l’audition) a totalement négligé la main gauche à son premier et a parfaitement robleñisé à son second. Oreille donc. 

Feria courte, courses longues, soleil blessant, plaza pleine comme un œuf, tertulias très fréquentées et cercle d’amis agrandi. Je reviendrai bien sûr me perdre ici l'an prochain, voir des toros, des toreros, et deux vieux amoureux.

Zanzibar

NB : corrida vue du rang 12, côté patio de caballos.

Les courses racontées en image par Christophe Moratello (il suffit de cliquer) 

La corrida de Dolores Aguirre
La corrida de Juan Luis Fraile

mercredi 1 avril 2015

En montant l’escalier

Il est 20h20. Ils se précipitent pour faire bloc autour de lui. Roberto, Victor, Miguel, Pedro, Jesus, Diego, Curro, Alberto et l’excellent Javier engloutissent Ivan comme pour le protéger de la douleur du public. Ça va très vite. Déjà, ils ont disparu. Et nous on reste là, amers et très décontenancés. Certains sifflent, d’autres restent les bras ballants. Un monsieur derrière moi fredonne quelques notes, une espèce de blues espagnol, presque du flamenco. Moi qui ne sais ni chanter, ni siffler, j'applaudis avec le plus de tristesse possible. Un tel crève-cœur explique aussi les coussins : on n’a pas tous la même manière de pleurer. Il est 20h20 et c’est la fin d’une belle histoire mal racontée.

Le torero (n’importe quel torero, y compris les baronnets, y compris les mauvais) n’est pas un homme ordinaire. Et le torero qui fait un geste n’est pas un torero ordinaire. Et ça n'est pas chose ordinaire que de se mettre seul devant 6 toros différents et possiblement très difficiles, à Las Ventas, aux premiers jours de la temporada. Avec ce « geste » Fandiño a convoqué l’aficion du monde entier et, samedi soir, une obscure ferveur envahissait les rues de Madrid. On ne pouvait s’empêcher de regarder les passants droit dans les yeux en se demandant si eux aussi étaient là pour « ça ». Souvent, c’était le cas… Dans ce contexte, l’intermède des niquedouilles vertes au moment du paseo n’en a paru que plus imbécile.

Il est 17h59. Fandiño n'est pas ignorant de l'histoire et il veut en écrire une nouvelle page ce soir. Il l’a annoncé et on a adoré le croire. Il y a beau temps qu’on a cessé d’ergoter sur le bien-fondé du « seul contre 6 ». Quoi qu’il se passe, on veut en être. Bien sûr, on ne manque pas de savoir et de faire savoir bien fort qu’il y a de fortes chances qu’on aille au-devant d’une grande désillusion ; moins pour conjurer le sort d’ailleurs que pour essayer d’apporter un peu de rationalité à nos extravagances respectives (les kilomètres parcourus par les uns, les bérets d'Euskadi achetés en hommage par les autres, et même les gradas payées par les occupants habituels du callejon !).

Il est 20h20. Les 6 toros ont passé mais la question subsiste : pourquoi Fandiño n’a-t-il pas livré bataille quand il y avait matière à combattre ?

Il est 17h59. Le soleil charrie les premières odeurs de printemps et tous les gens présents ont tourné le dos à la vie quotidienne. Les hommes portent beau, les dames sentent très bon. Il y a de la jeunesse dans l'air et dans les gradins. Fandiño s’avance seul sur le ruedo. Sur ses épaules, tout le poids d'une légende à écrire. Celui-ci est venu revendiquer passionnément son aficion sous nos yeux et nous le lui avons bien rendu. C’est très intimidant.

Il est 20h20. Je me demande bien quels mots je vais pouvoir mettre sur cette course, mais je sais déjà que je vais les dédier à celle qui a souvent eu l’occasion de me dire : "N'oublie jamais ma chérie que le meilleur moment, c'est en montant l'escalier".

Il est 20h21 et après. De belles rencontres en retrouvailles, on passe une merveilleuse soirée...

Fandiño est torero. Un peu plus torero que beaucoup d’autres. Et malgré ses évidentes limites, il convient de se rappeler sa vaillance et de lui accorder un goût certain pour l'aventure et la conquête. Il serait étonnant qu’il se contente de cette défaite. Ceux qui seront à la miurada sévillane pourraient avoir une belle surprise...

Zanzibar (& Bertrand Caritey aux images)

NB : corrida vue avec mes vrais yeux et pas avec ceux du cameraman de Canal + Toros

mardi 7 octobre 2014

Otoño IV - 6 Adolfo Martin 6 pour Uceda leal, Diego Urdiales et Serafin Marin

Pour la dernière d’Otoño, Adolfo a envoyé un lot de toros mi-figue mi-raisin, manquant tous de bravoure et d’un peu de peps mais donnant malgré tout une course entretenue. Décasté le 1. Très épineux le 2. Décasté (?) le 3. Alimaña (?) le 4. Changé pour invalidité le 5. Noble le 6. 
Ensemble léger, bien fait et très armé (vers le haut et pointant vers l'extérieur, parfois trop).

A 17h30, Uceda Leal n'était pas dans son assiette et il faut bien dire que le premier toro de l'envoi non plus…
A 18h50, une alimaña de très très grande présence déboule en piste. Le cheval est longuement soulevé et se voit administrer un traitement de faveur adapté aux circonstances. Antoñares se fait attraper  après avoir posé la troisième paire de banderilles. Atmosphère tendue. Uceda châtie le toro comme il se doit, analyse froidement la situation et, à mon grand désagrément, décide en conscience d'aller prendre l'épée au bout de 30 secondes. Le raisonnement tenait parfaitement debout : ce toro était impressionnant, très dangereux, peut-être intoréable. Le torero assume la bronca, avec la tête haute et le regard franc de ceux qui se sont peut-être trompés mais qui n'ont pas menti. Dans le doute, j’ai applaudi le toro et le torero.

Il y a des fois où je ne sais pas d'où vient le problème : est-ce que c'est le toro qui refuse d'embister ou est-ce que c'est le torero qui n'est pas dans le bon sitio ? Dans le cas du troisième Adolfo, je me suis posée vraiment la question mais je crois au final que le problème venait autant du toro que de Serafin Marin. Dans le doute, j’ai sifflé le toro et le torero.
La lidia du catalan au dernier ? Un attentat au toreo primé d'une oreille qu'une nuée de mouchoirs négligents a exigé après que Serafin ait solennellement fait comprendre qu'il venait de résoudre un problème qui ne se serait jamais posé s'il n'avait été autant fuera de cacho. Il a quand même mis une belle épée, c’est vrai.
 
Aujourd'hui, une fois de plus, Diego Urdiales a trempé son pain dans le plat des grands.
Son premier adversaire est compliqué, il se défend dans le capote, montre de la faiblesse en même temps qu’une charge brusque. A la muleta, ça démarre à droite à 100 à l'heure. Puis, Diego construit sa faena, rigoureusement, sans jamais s'embarrasser des oripeaux de la tauromachie moderne, jusqu'à dominer parfaitement le combat et trouver le rythme secret du toro. Viennent ensuite deux séries de naturelles dominatrices, lentes et limpides, dont la beauté va me tourmenter pendant longtemps… Estoconazo comme dans les livres. Une oreille qui pèse trois tonnes.
Le sobrero du Puerto de San Lorenzo a peur de son ombre et fuit le combat, y compris dans sa querencia. Urdiales fait tout ce qu'il y a à faire avant d’essoriller la bête d’une entière dans le haut. Grosse ovation pour le petit homme si honnête.

Zanzibar 

jeudi 7 août 2014

Adolfo a tout juste

Burano

Un lot de toros doit-il être homogène ?
Au physique ?
Au moral ?
L'homogénéité d'un lot évoque-t-elle une quelconque qualité ?
Six toros noirs valent-ils mieux que six toros aux pelages variés pour un même fer ?
Que vaut aujourd'hui la vieille idée qu'un lot homogène vaudrait mieux qu'un lot disparate ?

Adolfo Martin tient des propos audacieux que l'on retrouve dans l' « excellent » magazine Toromag qui a publié récemment une interview de cet éleveur. Propos récurrents chez les aficionados mais rares dans la bouche d'un ganadero car venant rompre avec le discours convenu et convenable des éleveurs de medios toros bravitos, désespérément semblables, majoritairement représentés sur le marché et valant comme la norme acceptable pour la plupart des toreros.
Que nous dit l'Adolphe ?

« Les jeunes ne vont plus au toro, nous ne créons plus de jeunes aficionados.[...] C'est la faute à tout le monde, mais je crois que c'est d'abord la faute aux figuras, qui ne veulent plus de compétition. On tombe dans la monotonie des faenas trop souvent identiques.
Ensuite c'est la faute du mono-encaste. Le toro d'aujourd'hui est trop uniforme. Il faut de la variété, de la diversité. Les gens s'ennuient à voir toujours la même chose. Alors ils s'éloignent.
Que le toro soit bon ou mauvais, peu importe. Il faut d'abord qu'il sorte... Il faut voir toutes sortes de toros, des toros qui ne se ressemblent pas.
Il faut que le public se divertisse, qu'il ne sache pas a priori quel spectacle il va voir. Il faut des choses différentes, des toros différents. Et c'est à ça que je m'emploie. »

Rien de nouveau dans ce constat évident pour l'aficion mais inconnu du public.

El Ubano

mercredi 16 juillet 2014

Monerias Rhapsody


"Ils ne valent rien ces chevaux pour le moonwalk !" Il faut convenir que Bernard n'avait pas tort en invectivant les piqueros de la sorte. On peut même soutenir que la cuadra de Navarro n'a pas été très mobile en ce jour à Céret. Sauf lors de la première rencontre avec Monerias, sorti en troisième position, et qui a poussé avec entrain. Allez comprendre ! 

De la course inaugurale d'Adolfo, on ne retiendra donc pas les premiers tiers mais la très belle présentation du lot et la remarquable chance de Camille Juan au sorteo. 

Submergé par les belles charges franches du fameux Monerias, le français tente sportivement de rester la tête hors de l'eau et le toro fait, à sa manière impétueuse, ce qu'il peut pour l'aider sur le côté droit. A gauche en revanche, il lui enlève l'échelle et tout menace de se casser la gueule. Camille est assez futé pour aller rapidement prendre l’épée. 1/2 contraire avec les trastos éparpillés façon puzzle. Salut après avis. Arrastre très applaudi.
Le 6ème, Madrileño, sort en trombe et se casse une corne au burladero. Le 6 bis est plus violent que brave au cheval et platement noble à la muleta, j’ai eu du mal à m’y intéresser pour tout dire… En dehors du fait qu’il a également été applaudi à l’arrastre, il avait toutefois un autre point commun avec Monerias, c’est celui d’avoir traité son matador avec une humanité confondante. 1/2 verticale au 5ème essai. Silence après avis. 

Urdiales, je l’ai à la bonne. A part ses épées médiocrement respectueuses des canons, il n'est pas critiquable du tout face au premier, faible et pas franc du collier. Silence après un avis. Rien à dire de l'insipide 4ème toréé proprement et bruyamment de la gauche. Silence après un avis. 

Le second toro sorti n'a à peu près que des défauts et le travail de Robleño est de bien peu d'allure. Silence. Le 5ème, brindé au ciel, noble et fade permet à Angel Otero de saluer et à Fernando de couper une oreille riquiqui après une faena orpheline de toute émotion mais conclue par une belle épée. 

La course avait commencé par un non-hommage à Jean-Louis Fourquet. Elle se termine avec l’annonce d’un non-prix au meilleur piquero… 

Zanzibar

Madrileño


jeudi 10 juillet 2014

Les toros de Pampelune en image

Adolfo Martin


Fuente Ymbro


Fuente Ymbro


Adolfo Martin


Jandilla

Fuente Ymbro


Toutes les photos sont de Cyrille

mardi 10 juin 2014

Vic, par où commencer ?


 

Relance al capote de Goya

 

Par la fin... Il eut été bien injuste qu'il ne sorte rien d'une féria qui alignait des cartels aussi respectables. Or un désespoir poignant se lisait sur les visages fatigués des aficionados les plus aguerris au soir du dernier soir.

Comme un pichet de bière tiède, les Adolfo dépourvus de gaz, nous plongeaient dans l’hébétude, les Pagès Mailhan nous enfonçaient dans le coma et seul un Cebada Gago nous maintenait assez de vie pour prendre la mesure de la misère moite qui dégoulinait dans nos âmes et entre les omoplates. Un soir de Toros, une féria ou quarante années d'afición ne se prolongent que par la grâce inspirée d'un Morante ou le magnifique instinct de conservation de Cantinillo. Sans ces moments d'exception, la tauromachie à pied telle que nous la connaissons ne se survivra pas. 

Le mano a mano des banderilleros du premier jour nous a porté son lot de... banderilles, très professionnelles, risquées parfois. Banderilles – plat de lentilles, ça cale avec le petit salé, mais on ne vient pas pour ça, il y faut rajouter une entrée ! un dessert ! que sais-je... des danseuses !

Les Pagés-Mailhan-vive- la- France étaient beaux et sentaient bon le sable chaud. Porteurs de nos espoirs nationaux, du coq provençal, ils étaient... mous et mon voisin coureur d'encierro, avec qui je m'engueulais presque, les trouvait plutôt... cons. La vérité se trouvant sans doute quelque part entre nous deux, je refuse de revivre une quelconque reconstitution.
Ami Vilches, merci pour tes naturelles. Valeureux Mota, gloire à ton sérieux et à ton engagement. Cher Aguilar, olé à ta combativité. Mais de Cebada Gago il n'y en eut qu'un... le dernier.

Quelques pichets de bière plus tard… On se retrouve, toujours les mêmes 6000 rêveurs, en hypoglycémie de toros quand débarque le premier Dolores blando et mansote, puis un second manso encasté, fils de plusieurs générations de patates chaudes, il sera très piqué. L'avisé troisième n'est pas tendre non plus, Lamelas s'entête à le gaver de trop de passes trop longtemps pour un tout petit résultat. Le quatrième régale d'un batacazo, il sort seul des deux puyas, et décompose sa caste au lieu de l'étaler.
"Como antes" dit la devise du nouveau CTV... et l'Esprit de Pentecôte vint à souffler avec le cinquième, très bien présenté, genre qualité supérieure, manso con casta et sin fijeza ce qui ajoutait à son charme, il sortira seul de cinq rencontres au cheval et mettra en difficulté les banderilleros vedettes. Castaño renonce à l'affrontement et choisit de rester vivant par curiosité, pas fou, il veut voir le sixième.
Il se nomme Cantinillo, il vit seul et pèse 600kg. Assez renfermé, ses voisins ont déclaré à la gendarmerie qu'il ne recevait personne, se montrait discret et affable. A la "dehesa de Frias" on ne lui connait pas d’ennemis, ils sont morts. Il est beau et il fait peur.
« On s'enfuit, on franchit les grilles ...». Pétoche aussi dans les gradins des escaliers A.B.C...Y.Z à la perspective d'un saut réussi. Le seul à ne pas perdre les papiers et les factures sera Bonijol plutôt exposé mais sa passion du cheval est grande.
Trois cartons au cheval en sortant seul ne font pas un toro piqué et on est même loin du compte, Gabin lui, le sait, et va chercher Cantinillo là où il est... au centre si nécessaire. Les néo-aficionados s'étonnent et s'insurgent, le palco tient des raisonnements... or IL FAUT PIQUER... on discutera plus tard.
Et là, chère enfant, j'en suis à regretter la présence du deuxième picador et l'application d'une manœuvre d'encerclement subtile qui permette de piquer "al alimon" comme il est prévu dans les traités de tauromachie. Mais déjà résonnent les clarines et pour Lamelas, co-responsable du prématuré changement de tercio, la mission est simple : tuer Cantinillo avec une épée et un chiffon rouge.
Cela va prendre cinq exaltantes mais interminables minutes dépourvues d'orthodoxie.
Minutes chargées d'incertitude : la mort de Cantinillo ou celle de Lamelas.
Epilogue : estoconazo et descabello.
En récompense Lamelas obtiendra une oreille d'un palco mesquin mais souverain, deux vueltas triomphales, des contrats, et notre estime à jamais.

Bon anniversaire patronne.

El Ubano

vendredi 6 juin 2014

San Isidro - Puerta Grande sur grand plateau

Mardi 3 juin 2014. Adolfo Martin pour Antonio Ferrera, Diego Urdiales et Miguel Perera.

Nos emplois du temps respectifs, et des critères de choix de bétail quelque peu opposés, ont fait que Miguel Perera et moi nous ne nous étions jamais vus. C’est désormais chose faite, même si je ne suis pas catégorique sur le fait qu’il m’ait aperçu au moment de sortir des arènes à dos d’homme en passant à deux mètres de mon smartphone.
Tout ça pour dire que j’ai donc découvert sur le tard ce torero et, s’il m’a rappelé un grand bonhomme, ce n’est pas Dominguin, Ortega ou Espartaco mais Fabian Cancellara. La même puissance, une domination sans partage et une tendance à choisir ses courses.

Pour une fois, Perera venait participer à une "Classique" après moultes kermesses, critériums et contres-la-montre balisés. Mais les Adolfo du moment ne consistent pas vraiment en un Paris-Roubaix ou un Tour des Flandres, un Grand Prix E3 tout au plus.
Plutôt pas mal présentés, mieux que certaines années passées malgré une relative hétérogénéité (498 à 590 kg, 3 cinqueños et 3 cuatreños), les Adolfo sont sortis seuls de la deuxième rencontre (1,3 et même le 6 après avoir désarçonné le piquero) ou ont démontré leur manque de poder (4 et 5). Seul le 2 a été bravito mais ce fut aussi le plus faible. Faiblesse quasi générale enlevant beaucoup d’intérêt à leur charge parfois piquante malgré tout.

Antonio, récent rescapé d’un accident de la route qui le fit défiler tête nue (des points restants ?), est resté superficiel à son premier. Pinchazo, rinconera et silence. Poderoso aux banderilles avec le 4, il sera tout aussi marginal avec la muleta, Pinchazos, rinconera et silence à nouveau.

Diego Urdiales a souffert de la faiblesse de ses opposants. Rien à tirer du 2, deux tiers de bajonazo et silence. Il tirera quelques pépites sur la gauche du 5 mais s’entêtera à droite avec fadeur. Pinchazo, 1 avis, re-pinchazo, une demie et des descabellos entrainant des pitos.

Perera a donc étalé sa facilité, supérieur à gauche avec le 3, quelques enganchones à droite ne lui offriront qu’un salut après sa belle estocada. Le 6 commence par étaler sa faiblesse mais après l’épisode de « Paf ! Le Piquero », il exprimera une belle dose de piquant au troisième tiers. Perera conjugue le verbe "mandar" à tous les modes, main basse, facile. Une sublime série à gauche est suivie d’un final un peu accroché. L’estoconazo libère naturellement une oreille, la deuxième me parait abusive mais autorise une deuxième Puerta Grande dans une même San Isidro. Besoin de buzz ou bien ?

Même si la course a été globalement décevante, elle m’a donné envie de revoir Perera/Cancellara avec les toros réservés habituellement aux grimpeurs/puncheurs. Cela risque de ne pas arriver avant que Fabian Cancellara ne prenne le départ de Liège-Bastogne-Liège.

Marc

mardi 8 octobre 2013

Corrida vs. Novillada



Un vieil adage plein de sagesse préconise de s’abstenir en cas de doute.

Je devrais donc éviter de m’étendre sur la course des 6 brêles 6 d’Adolfo Martin présentées ce dimanche à Madrid, car je n’ai rien vu dans cette corrida qui soit mémorable (sauf la coleta très dignement coupée de Roberto Bermejo, de la cuadrilla de Ferrera). Or, après lecture de la presse taurine, il semble que je sois passée à côté d’un grand Ferrera, d’une grande cuadrilla et peut-être même d’un grand toro.

Fins (sauf le 3ème, franchement anorexique) et musculeux, bien armés, ramolos de la caste et ennuyeux à souhait, les toros ont avant tout été mauvais. Quand je dis "les toros", je veux dire "les 6".

Je reconnais à Ferrera d’avoir su abandonner le mainstream tauromachique au profit d’un toreo mutant, fait de figures vaillantes parfois, inutiles souvent. Mais quand il s’agit du primer d’une oreille (qui plus est madrilène) un torero qui s'est surtout attaché à rattraper opportunément ses multiples bourdes et qui vient de "péguer" fièrement quelques passes à un toro qui a une épée dans le corps au seul motif que ledit torero a été volontaire, alors là, non. Faut voir à quand même pas trop déconner !

Castaño, sa muleta insuffisante et les lauriers de sa cuadrilla étaient aussi au cartel. Pour le grand frisson, c’est pas assez. Pour le grand frisson, il faut au moins une grande paire de banderilles. 

Quant à Fandiño, je l'aime bien. Mais l'amour ça s'en va...

En toute franchise, pour moi, le vrai bon moment de ce dimanche fut la course matinale qui proposait 6 formidables erales de Monte la Ermita. Mobiles et d'une noblesse piquante, ils avaient tous une histoire à raconter.

Le premier : une teigne ! Malin des yeux et de la corne, retors et dangereux, il a été prompt à acquérir les vices que Angel Sanchez lui a généreusement et rapidement enseignés (aidé en celà par Manuel Gutierrez au quite).
Le quatrième a été sonné par une vuelta de campana et est allé a menos après que le même Sanchez se soit astreint à le toréer à l'envers de ce qu'il réclamait.

Les deuxième, cinquième et cinquième bis échurent à Manuel Gutierrez. Stakhanoviste de la porta gayola, le gamin met beaucoup de bonne volonté et soigne (à la mesure de son maigre bagage) chacune de ses réceptions bien qu'il se fasse littéralement labourer à chaque fois.
Une fois sortie la muleta, la violence de son désir de bien faire s'atténue  considérablement...
Il est le seul à avoir banderillé.

Adrian Henche a pécho le haut du panier au sorteo. Ca aide. Mais même sans ça, il parait plus mûr que les autres, plus posé, et plus dégourdi aussi.
Au troisième, il est intéressant. Il a du style, un capote qui pèse, une muleta agile, et de bonnes intentions. Mort brouillonne mais pas malhonnête.
Au sixième, excellent bien qu'un tantinet faiblichon, Henche succombe aux regrettables facilités réclamées avec ferveur par le public. Résultat, c'est l'eral qui gagne la bataille... et qui perd son oreille. Et c'est Henche qui gagne la finale du certamen "Camino hacia Las Ventas". Pour les mauvaises raisons.

Zanzibar