Affichage des articles dont le libellé est Littérature. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Littérature. Afficher tous les articles

vendredi 16 mai 2014

"artpress2" et les coups de cœur de l'UBTF

Depuis hier matin, au Mans, ville précisément localisée 48.000 48° 0'N | 0.200 0° 12'E, perdue dans l'intaurine Sarthe, trône en tête de gondole chez mon marchand de journaux un magazine exclusivement dédié à la tauromachie (y compris les pages de pub).
La mise en vente des cent seize pages en quadrichromie qui constituent l'ensemble du dernier numéro du trimestriel "artpress2" était prévue de longue date. Jacques Henric rappelle dans son éditorial la genèse du projet : il a voulu faire la nique aux anti-tout, aux tristes gargamels de l'humanité, aux empêcheurs de vivre et autres empêcheurs de lire. Du coup, le comité de rédaction artpress a proposé à Jacques Durand fraîchement remercié de Libération de diriger la réalisation de ce numéro intitulé "L'art de la tauromachie".

Sans doute aurait-on pu plus justement titrer "La tauromachie dans l'art", mais l'objectif n'est pas ici de dégoiser sur la manière dont chacun de nous aime à considérer la corrida. L'important, c'est que n'importe quel aficionado de Longwy, n'importe quel voyageur errant en transit à la gare de Gare de Moûtiers - Salins - Brides-les-Bains, n'importe quel nordiste va pouvoir, moyennant pas tout à fait 10€, (re)découvrir la tauromachie vue par Picasso, Sollers, Leiris (avec la reproduction d'une épatante lettre manuscrite), Caubère, Jean Laurent, Clergue, Espla, Di Rosa, Israel Galvan, Jacques Durand of course, et tous les autres.

Je n'ai pas encore tout lu et ne me suis pas forcément enflammée pour tout ce que j'ai lu, mais j'ai adoré acheter ce magazine.
Au moment où j'allais lui régler mon dû, la vendeuse a interpelé sa collègue d'un jovial : "Tiens t'as vu, c'est un taureau en couverture. Non mais regarde, t'as vu, il est gros !" Et puis elle m'a souri. Elle ne m'en voulait pas de m'adonner à ce genre hobby pourtant bien peu prisé, voire sacrément méprisé, dans ma froide et pluvieuse contrée. Je lui ai souri en retour. Je trouvai formidable qu'elle s'émeuve du "gros" toro et non de l'homme apparaissant à son côté.

Zanzibar

§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

De son côté l'UBTF, qui ne manque pas de rappeler que "sa tâche n'est pas de promouvoir toute la production imprimée taurine", se fait un plaisir de nous signaler quelques nouveautés littéraires d'un intérêt évident : 
  • Les actes du colloque "Le Taureau et l'homme - L'homme et le toro dans le cinéma" qui s'est déroulé en décembre 2010 à l'Institut Jean-Vigo
  • "Comportement du taureau de combat" de Antonio Purroy (traduit par Monsieur Marc Roumengo)
  • "Introduction à la corrida" de JYB (coup de pouce à un jeune auteur/photographe auto-édité)

lundi 7 avril 2014

Romanesque Dumas


Dessin de Roger Wild


« Le torero est le roi de la scène ; c'est à lui qu'appartient le cirque, c'est le général qui dirige toute la bataille, c'est le chef au geste duquel chacun obéit passivement ; le taureau lui-même, sans s'en douter est soumis à sa puissance ; il le conduit où il veut à l'aide des chulos, et lorsque l'heure du dernier duel entre lui et le taureau est arrivée, c'est sur le terrain qu'il a choisi, en se réservant tous les avantages de l'ombre et du soleil, que le taureau frappé à mort par la terrible espada, vient expirer à ses pieds.
Si la maîtresse du torero est dans le cirque, c'est toujours vers le point de l'arène le plus rapproché de cette maîtresse que le taureau mourra. » 

Alexandre Dumas, « De Paris à Cadix ».

Quelques-uns d'entre nous n'ont pas pu devenir toreros, toutes ces maîtresses... ça compliquait.

 El Ubano

dimanche 16 mars 2014

Histoire incertaine d'un certain gentilhomme


Que ça soit dit sans chichi, je n’ai pas les talents d’enquêteur de l’Ubano. En fin limier de l’Histoire de la tauromachie, il ne nous a jamais servi que des histoires à l’indicatif alors que je vais vous en raconter une qui va rapidement tirer vers le conditionnel.
 
Lors de son voyage en Espagne, en 1846, Alexandre Dumas a eu l’occasion d’aller faire une partie de chasse dans la Sierra Morena. En réalité, la chasse était prétexte. Dumas, toujours friand d'aventures picaresques, souhaitait avant tout rencontrer les inaccessibles et fameux « gentilshommes » de la montagne (autrement dit, les bandits de la Sierra Morena, sorte de « robins des bois » à l’hypothétique grand cœur mais aux évidentes mauvaises manières).

Pepete (par Jean Laurent)

 

Photo prise entre 1861 et 1862

C’est à cette occasion que Alexandre D. père aurait rencontré José Dámaso Rodríguez y Rodríguez, mieux connu des aficionados sous le nom de Pepete. Les circonstances de cette rencontre ne sont pas très nettes mais il apparait que l’écrivain aurait pris le tout jeune torero pour un authentique coupe-jarret alors que celui-ci n’aurait eu pour mission que de guider Dumas et sa suite dans la Sierra. Toujours est-il qu’à bien regarder l’allure de Pepete sur la photo et en l’imaginant vêtu de hardes moins seyantes, on admet volontiers qu’il y ait eu matière à confusion. Et on apprendra sans s'en étonner outre mesure que son valeureux comportement dans l’arène s'apparente plus à celui du gladiateur qui cherche la victoire qu'à celui de l’esthète qui cherche à exprimer ses sentiments.

De cette rencontre, il n’est nullement question dans le récit de voyage « De Paris à Cadix ». On y croise bien quelques forbans et un torero mais aucun dont le portrait ressemblât à celui qui nous intéresse aujourd'hui. En revanche, il me plait de croire que la nouvelle intitulée « Les gentilshommes de la Sierra Morena » met en scène Pepete sous les traits d’un brigand qu’on devine doté d’un grand sens de l’honneur et nommé… El Torero. L’indice semble un peu trop massif pour être pris au pied de la lettre mais comme la subtilité n’est pas forcément la caractéristique première de Dumas et que c’est le seul argument dont je dispose, alors, j’ai décidé de voir dans ce personnage (dont la dimension littéraire est réduite à la portion congrue) une forme de brindis à Pepete.  

Ce que Dumas ne pouvait pas raconter, parce que ça n’avait de toute façon rien à voir avec l’intrigue de sa nouvelle et surtout parce que celle-ci fut publiée en 1849, c’est que Pepete serait un jour le grand-oncle de Manuel Laureano Rodríguez Sánchez « Manolete » et qu’il mourrait à Madrid en 1862, tentant de sauver son piquero au sol,  sous la corne de Jocinero. Un toro de Miura. 

Zanzibar 

NB : si la nouvelle intitulée « Les Gentilshommes de la Sierra Morena » n’a d’intérêt que pour les fans de Dumas, je recommande vivement « De Paris à Cadix ou Impressions de voyage » à tous les aficionados amoureux de l'Espagne.

jeudi 13 février 2014

Militona mon amour

Militona n’est pas un chef d’œuvre de la littérature taurine  et Théophile Gautier n’a pas fourni un effort démesuré sur ce coup là. Le Voyage en Espagne est bien plus savoureux.

Militona, c’est l’histoire d’un aficionado madrilène, Don André de Salcedo, attaché à des valeurs traditionnelles et fiancé à une jeune bourgeoise branchée, friquée et superficielle, Doña Féliciana Vasquez de los Rios. Une pénible qui joue du piano pour un oui ou pour un non, ne mange jamais de churros  et ne pratique  pas la cubata de Havana Fanta. Doña Féliciana tient la fiesta brava en horreur.

Or, coup de théatre, Don André tombe amoureux  de sa voisine de tendido (chose qui arrive dans la vraie vie…), une jeune aficionada des classes populaires : la belle Militona. Mais Juancho, un torero magnifique, farouche, ombrageux et un brin bourricot est fou de Militona. 

Don André recevra un coup de couteau de Juancho, Militona soignera Don André et tenez vous bien... Doña Féliciana découvrant le poteau rose épousera  un dandy anglais de dépit (chose qui n’arrive jamais dans la vraie vie…). 
La folie de Juancho se soldera à la fin du bouquin par un coup de corne assumé et mortel qui mettra fin aux souffrances du torero éconduit et « fiancicide ». Et tout finit bien pour les tourtereaux qui fileront le parfait amour du côté de Grenade.

Voilà... bûchez-le... on ne sait jamais... ça peut sortir à une tertulia à Orthez en juillet.

El Ubano