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mardi 14 avril 2015

Tuer n'est pas jouer


« Tant qu’il est encore possible d’entrer a matar, on ne doit pas tenter le descabello qui est le recours destiné à achever un taureau qui agonise debout, position dans laquelle l’intervention du puntillero n’est pas autorisée.

Dans l’acte de descabellar, le matador fait fonction de puntillero et rien de plus. Cette action, par conséquent, n’ajoute ni n’enlève rien à ce qu’il a fait auparavant. 

Qu’il soit réussi ou manqué, on ne doit siffler le descabello que lorsqu’il représente un truc pour ne pas entrer a matar quand on devrait le faire. 

Est-ce que le public se rend compte de la renonciation d’un matador qui, après avoir simplement donné une piqûre pour pouvoir dire qu’il est entré a matar, prend l’épée pour descabellar alors que le taureau est entier ? Il me semble que ce n’est pas à la bête qu’il va donner un coup de grâce mais à l’art et à la science tauromachique. 

Ce n’est pas une action de tauromachie, c’est une pratique d’abattoir. En agissant ainsi, le matador révèle des instincts de garçon d’abattoir. » 


Grégorio Corrochano – ¿ Que es torear ? (Madrid, 1966)

samedi 15 novembre 2014

Les tuiles de Canelo


Il n'y a pas de Peña Miguel Canelo. Il est le grand oublié des apéros-tapas et des tertulias, Miguel.
Lui et ses copains du boulot avaient un goût prononcé pour l'esquive et la feinte aux abattoirs de San Bernardo.
Au début c'était pour s'amuser. Et puis on se prend au jeu..."quite" à recevoir une secouée on essaie de faire un peu plus que le collègue, on s'enflamme, pour peu qu'une cigarière passe par là...

Pour ne rien arranger, la cigarière a rameuté deux copines et une jeune veuve pleine de promesses, et tout ce petit monde a grimpé sur le toit de tuiles. Au début, ils étaient dix mais maintenant, ils sont cent cinquante et d'ailleurs ça tousse au conseil municipal qui a dû prévoir comme chaque année une rallonge au budget pour remplacer les tuiles « pétées » par les admirateurs de Canelo et autres furieux de son espèce. Canelo nie.

Il n'y a pas de distraction populaire possible dans ce faubourg de Séville, à part le flamenco et les règlements de compte. Les Francisco Brunete, Jose Huebo, ou les frères Conde font un tabac, surtout auprès des cigarières, au point de démissionner et de ne plus se consacrer qu'à leur lucrative passion.

Les spectateurs rappliquant des quartiers chics, l'affaire a pris un tour inattendu, ainsi notre Miguel Canelo entre dans l'histoire en recevant la première rémunération connue de torero : 2100 réaux pour l'année en 1733, d’après les archives municipales.
Il en gagnait mille environ en tant qu'employé. Madame Canelo a vu tout de suite qu'elle pourrait changer plus souvent son éventail et l'huile de la friteuse.

Déjà en 1601, l'article 18 du règlement de l'abattoir prévoyait «  Que l'on exerce garde et vigilance du toril », on essayait alors en vain de sauver quelques tuiles, les premières cassées avaient été signalées en 1546.

El Ubano

Merci à Antonio Garcia Barquero et Bartolomé Bennassar, historiens.