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mercredi 12 novembre 2014

La honte

Juste avant, il y avait eu 5 toros qui faisaient regretter d’avoir arrêté de fumer. A cet instant précis, on savait déjà qu’on se souviendrait longtemps de cette course. Mais quand le sixième est sorti, là, on a compris qu’on sortirait de la plaza un peu plus vieux qu'on y était entré.

Cantinillo a surgi. Désordre dans le callejon. Les photographes sont rentrés aux abris. C'est un signe. Un peu comme quand la mer se retire avant le tsunami. Port de tête altier, présence impressionnante. Désordre en piste. Il faut passer le trait, aller le piquer le toro là où il est. Désordre dans le public. Batacazo. Désordre partout. Solitude de Bonijol. Magnifique manso con casta, toro sauvage et de combat.

Je ne sais pas à quoi pense Alberto Lamelas quand il va chercher la muleta. A quel moment sait-il qu'il ne va pas esquiver, qu’il va opter pour le chemin des cicatrices ? A-t-il simplement sombré dans la folie ou  bien dans la sidération ?
Après la première tanda, l'homme est toujours en vie mais ça n'est pas définitif. Trois rustiques séries plus tard, Lamelas ne nous a pas montré la gauche mais il nous a montré quelque chose de bien plus rare : il nous a montré que le sens de l'honneur n'était pas une fantaisie héritée des vieux livres.

Estoconazo.

Moi qui étais allée à la course peinarde, avec mon bic et mon couteau, prête à m'offrir comme souvent le luxe, depuis les tendidos, de dédaigner les toreros malhabiles, et bien je vous jure que là, face à tant de courage, j'ai eu honte. 

Zanzibar

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Pour ceux qui n'aiment pas lire, voici la même histoire
 racontée par Bertrand Caritey (que j'embrasse au passage)


Cantinillo - Lamelas - Vic 9 juin 2014 (photo Bertrand Caritey)

Cantinillo - Lamelas - Vic 9 juin 2014 (photo Bertrand Caritey)

Cantinillo - Lamelas - Vic 9 juin 2014 (photo Bertrand Caritey)

Cantinillo - Lamelas - Vic 9 juin 2014 (photo Bertrand Caritey)

dimanche 26 janvier 2014

La solidarité selon Simón


On est au Mexique en mars 1937. Le toro s'appelle "Suerte Buena" et vient de la ganaderia de San Mateo. Le matador à terre, c'est Luis Castro "El Soldado". L'homme qui se joue la vie pour le protéger, c'est le chef des monosabios. Il s'appelle Simón Cardenas.
En fait, ce n'est pas la première fois que le courageux Simón couvre de son corps dérisoire le corps d'un torero à terre et le sauve de la corne du toro. Il a également secouru Alberto Balderas, Lorenzo Garza et Fernando de los Reyes. Sa manière à lui d'être solidaire sans doute...
A ma connaissance, Simón n'a pas demandé d'argent à ceux qui ont reproduit la photo qui illustre ce post, il n'a pas non plus fait de discours fumeux sur l'Art, la Culture, ou encore l'Immatérialité Patrimoniale de l'Humanité, n'a pas menacé de ne pas revenir pour les prochaines courses, ni ne s'est plaint de la dangerosité du toro dans un quelconque communiqué de presse (ni nulle part d'ailleurs). 
Simón s'est contenté de saluer humblement. Avant d'aller boire une Tres Mujeres avec ses potes.

Zanzibar