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lundi 18 mai 2015

Que sont les vueltas devenues ?

6 toros cinqueños, ternes et de peu de transmission (sauf le bon 4ème et, dans une moindre mesure, le 6ème) de Parladé pour Miguel Abellan, Miguel Angel Perera et Ivan Fandiño.

 

Affiche de fête, s’il en est, avec la ganaderia unanimement déclarée triomphatrice de la San Isidro 2014 face à un cartel piéton mêlant challengers de poids (qui avaient chacun une revanche à prendre à Madrid) et membre de feu le G-je-ne-sais-plus-combien (ayant conquis les cœurs les plus bourrus ici même l'an passé).

L'histoire commence sur un malentendu lorsque, à l'issue du paseo, quelques jeunes tentent de lancer une ovation à l'attention du service médical... pas du tout relayée par les madrilènes venus en masse directement de la Pradera de San Isidro arborant œillets ou casquettes à carreaux et partageant volontiers leurs autenticas rosquillas del santo mais n’ayant pas la moindre idée de ce qui s'était passé la veille dans ces mêmes arènes.
Abellan a mis les points sur les "i" en allant brinder le premier toro à celui qui, compte tenu des incessantes rafales de vent qui n'ont cessé de balayer la plaza, risquait encore de ne pas chômer ce soir : le bon docteur Maximo Garcia Prados. Chacun s'étant dûment renseigné entre-temps, cette fois-ci, tout le monde a compris. Ovation longue. Tonitruante. Debout. J'ai bien failli pleurer.

Conformément à ce qui s'apparente désormais à une tradition, ce premier toro a été mal piqué. Il s'avère âpre dans la muleta et Abellan, bien disposé pendant quelques minutes, réussit finalement à tirer deux séries notables qui portent d'autant plus sur le public qu'elles sont arrachées dans la tourmente. Après quoi, la vérité pâlit, les principes se fanent, et le maestro se contente de faire passer la bête en prenant plaisir à nous faisant peur. Entière ladeada pour une oreille très protestée alors qu'une vuelta aurait sans doute mis (presque) tout le monde d'accord.
Le quatrième est le seul bon toro de la tarde. En réalité c'était même un toro assez passionnant mais Abellan a préféré poursuivre dans le registre populiste qui lui avait si bien réussi 40 minutes plus tôt. Nous nous sommes finalement retrouvés dans une situation parfaitement imbécile... Alors qu'il y avait un toro et un torero sur le ruedo, la pelea ne s'est pas passée en piste mais dans les tendidos : les "olés" de l'ombre venant contrer les sifflets du soleil, "olés" n'ayant d'autre objectif que de revendiquer une ostensible opposition au tendido 7 sans jamais se préoccuper le moins du monde de ce qui se passait vraiment en bas. C'est bien. Mangeons-nous les uns les autres. Mais ne nous plaignons pas d'avoir failli voir une grande porte s'ouvrir sur un torero certes attachant mais qui n'avait pas dominé un seul instant ses adversaires du jour. Rendons grâce au pinchazo et à l’entière contraire hémorragique qui en ont fini avec la vie publique de Fanfarrio. Ovation à l'arrastre.

Fandiño chope en premier lieu un adversaire d'une faiblesse crasse qu'il liquide d'un pinchazo suivi d'une entière de travers.
Le basque va s'agenouiller au toril (c'est la quatrième réception du genre dans cette même course) pour accueillir le dernier toro, très beau, qui déboule en roulant des mécaniques. Faena construite avec du cœur mais peu de nuances. Le toro va a menos. Estoconazo énorme après pinchazo turbulent et pétition d'oreille qui valait bien celle qui avait rapporté la sienne à Abellan. Je ne sais pas trop pourquoi, le palco résiste. Fandiño salue. Il fut un temps pas si lointain où il aurait été appelé à faire une vuelta méritée. Aujourd'hui Madrid voulait des oreilles ou rien.

Miguel Angel Perera s'est fait remarquer : il n'est pas allé attendre ses toros a porta gayola.  

Zanzibar

NB : corrida vue avec mes vrais yeux et pas avec ceux du cameraman de Canal + Toros  

mercredi 13 mai 2015

Peut-être pas dacquois, mais pas si mal les Pedraza...

6 lourds et massifs toros de Pedraza de Yeltes pour Javier Castaño, Paco Ureña et Juan del Alamo.


S'il est clair que venir à Madrid pour assister à l'encerrona de Fandiño est un acte militant, il est tout aussi clair que venir à Madrid pendant la 1ère semaine de San Isidro est un acte principalement touristique. Ceci dit, la balade peut se révéler également aventureuse lorsque sont au cartel les toros Pedraza de Yeltes, certes pas assez robustes pour supporter leur poids, mais donnant un jeu puissant au premier tiers, pétulant au deuxième tiers, et, disons, inégal au 3ème tiers. Une course pendant laquelle, en tout état de cause, je ne me suis pas ennuyée.

Castaño torée les 1265 kilos de toro qu'il a reçus en partage à sa manière toute personnelle, laissant briller sa cuadrilla et faisant tant bien que mal face à la rudesse désobligeante de son premier adversaire qui avait été très vigoureux au cheval et avait bénéficié d'une brega parfaite signée Angel Otero. Arrastre applaudi.
L'étrange épisode survenu au 4ème s'est produit après un magnifique batacazo dont le cheval a eu beaucoup de mal à se relever avant que d'être finalement délesté en piste de son peto. Pendant ces minutes ubuesques, le toro a finalement été piqué par deux fois au cheval de réserve (en poussant sous le troisième puyazo) qui était aussi prudemment que malheureusement resté au toril. Otero se fait de nouveau sacrément remarquer au banderilles et oblige d'un geste discret Fernando Sanchez à saluer avec lui. Sanchez, très classe, refuse. Otero refuse à son tour de saluer seul. Ovation pour tous les deux. Tout va bien, il nous reste encore quelques toreros.
Au final, Hurante s'est révélé parado à la muleta, et s'en est allé mourir au toril. Arrastre très peu applaudi, mais un peu quand même. 

Paco Ureña fait correctement piquer son premier opposant, compliqué, qui réclamait me semble-t-il une muleta plus énergique et mieux maîtrisée que celle, quasi-sacrificielle, qui a envoyé le torero à l'infirmerie. Entendons-nous bien, je ne vais pas à la corrida pour voir des gens raisonnables. C'est important à plusieurs titres que les hommes risquent de mourir : outre que c'est le fondement de notre tauromachie, c'est aussi ça qui maintient la tension romantique. Mais voir un homme faire plusieurs fois la même erreur sachant qu'il ne peut plus compter que sur ce ressort émotionnel pour se gagner le coeur du public, ça ne me satisfait pas.
Son deuxième toro, sorti en 6ème position, ne tenait pas mieux sur ses pattes que Ureña lui-même, courageusement sorti pour sa part de l'infirmerie... avant d'y retourner.

Juan del Alamo s'est régalé au capote toute la soirée, et nous avec. Son 2ème toro, sorti avec une faiblesse marquée (comme plusieurs de ses frères), soulève pourtant le cheval lors de la première rencontre mais se coince une corne dans le peto. Il en ressort longtemps après, avec les stigmates d'une poire williams un peu trop cuite.
Le maigrichon du jour (547 kilos) sera arrastré sous une magnifique ovation après que del Alamo nous ait fait subir le supplice du pal (celui qui commence si bien et qui finit si mal). Comme à Azpeitia l'an passé face à cette même ganaderia, le jeune homme oscille entre vérités fondamentales et sornettes inconsistantes. Mais on n'est pas à Azpeitia et le matador entendra les sifflets avant même d'avoir tué le toro le plus complet de la course... pour l'avoir placé en lui donnant la sortie contraire au moment de la suerte suprême. Malgré tous ses travers, Madrid restera toujours Madrid...

Zanzibar

NB : corrida vue avec mes vrais yeux et pas avec ceux du cameraman de Canal + Toros 

mardi 12 mai 2015

Et de trois !

6 toros vraiment pas terribles de Valdefresno, 1 de Hermanos Revesado (3 bis), et 1 de  El Risco 5 bis), pour Eugenio de Mora, Morenito de Aranda et Arturo Saldivar.


Les 6 toros de Valdefresno sont sortis tout pareils à ceux qu'on voit ici chaque année à la même époque : pas jojos, sans véritable gros défaut (sauf leur incurable manie de se carapater au toril), sans grande qualité et, partant, ne donnant qu'un maigre jeu. Avec un tel bilan, nul doute qu'on les revoie encore l'an prochain !

Eugenio de Mora dont le talent avait eu l'occasion de s'assoupir pendant quelques années a été volontaire et vraiment sérieux ce dimanche. Il n'a pas ménagé sa peine pour obliger son premier toro à faire des efforts surbovins, l'emmenant même un peu a mas, et pour sortir le maximum de ce que pouvait offrir son deuxième adversaire. Malheureusement, Eugenio ne sait pas jusqu'où ne pas aller trop loin et a une fâcheuse tendance à se méfier au moment de mettre l'épée.  Salut au tiers (1 avis) et une oreille.

Morenito de Aranda surfe sur la vague de son succès du 2 mai. Comme je n'y étais pas, je me contente d'apprécier son enthousiasme et son implication lors de son premier combat, agrémenté de quelques beaux gestes isolés. Il en va ensuite de certains films comme  de certaines faenas : on  peut passer à côté. C'est exactement ce qui m'est arrivé avec Blade Runner... et avec l'oreille du deuxième toro de Morenito. Pas compris la grandeur de l’œuvre. Suis passée complètement à côté. Ce sont des choses qui arrivent... Salut au tiers (1 avis) et une oreille (1 avis).

Malgré la répréhensible passion que j'éprouve pour le Mexique et le soutien discret mais actif de la Porra de Alcohol, force est d'admettre que, malgré son capote "fleuri", Arturo Saldivar a été particulièrement rasoir toute la soirée. Silence et silence.

NB : Pas très au point la présidence madrilène qui, en sortant le mouchoir blanc alors que le 3ème bis n'a que 3 banderilles sur le dos, se permet des choses qu'on ne verrait pas à Cenicientos ! Et quand tombe de ce même palco le mouchoir vert alors que le 5ème toro a 4 banderilles sur le dos, on s'étonne un peu que personne  ne s'en émeuve...

Zanzibar

NB : corrida vue avec mes vrais yeux et pas avec ceux du cameraman de Canal + Toros 

dimanche 10 mai 2015

La variante Iturralde

6 toros de Fuente Ymbro (fuyant et sans caractère le 1er, boyante le 2ème, blando et distrait le 3ème - sobrero du même fer -,  incroyablement fades et ennuyeux les 3 derniers) pour Cesar Jimenez, Paco Urena et El Payo.


L'homme du jour s'appelle Pedro Iturralde. C'est lui qui a admirablement piqué Agitador, le deuxième toro du lot, doté d'une improbable robe ensabanada et d'un galop goulu. L'ardeur au cheval ne fut toutefois pas totalement à la hauteur de l'entrain manifesté pour y accourir : belle poussée sur la corne gauche à la première rencontre qui ne sera pas renouvelée à la seconde. Une troisième tentative aurait été justifiée, je crois. Tiers de banderilles enlevé et beau début de faena. Paco Ureña attaque par l'excellente corne droite mais tout va rapidement a menos faute de dominio et le maestro ne va pas chercher à améliorer la corne gauche, plus compliquée.  Belle ovation à Agitador après une entière tombée. Sans intérêt le cinquième.

Cesar Jimenez est exaspérant, c'est chose entendue depuis belle lurette. Mais aujourd'hui, c'est pire. Il tente de nous convaincre que l'indolence avec laquelle il effectue chacun de ses gestes s'apparente à du bon goùt, du temple, ou peut-être même de l'art, allez savoir ! Mais cette lenteur est tellement artificielle qu'elle provoque un très désagréable sentiment de malaise, d'inconfort. A-t-on déjà éprouvé le moindre plaisir à écouter un 33 tours lorsqu'il est passé en 45 tours ? Seul Jimenez a l'insolence de vouloir nous le faire croire. Même cinéma à ses 2 toros (avec, en prime à son second, ce qui restera sans doute comme une des plus vilaines épées du cycle isidril).

El Payo torée de cape avec gourmandise et parfois même avec bonheur. On pourrait penser que je dis ça uniquement parce que je kiffe grave le Mexique et ses représentants, mais non, ce n'est pas que ça. C'est aussi parce que le Payo, au capote, il a le groove. A la muleta en revanche, ça se pose là côté profondeur et engagement... Et en ce qui concerne les épées, disons que ce n'était pas son jour !

Casi lleno au Ciné Doré pour le Yves Saint Laurent de Jalil Lespert. 19 degrés à la sortie, vers minuit dix. Qu'il est doux d'être en vacances à Madrid...

Zanzibar


NB : corrida vue avec mes vrais yeux et pas avec ceux du cameraman de Canal + Toros 

samedi 9 mai 2015

¡ Vive le roi !

6 toros de El Cortijillo (1 et 6) et 4 des Lozano Bros pour Joselito Adame, Pepe Moral et Juan del Alamo. 

 

"C'est vraiment un spectacle curieux, madame, que Madrid se rendant à une course de taureaux. On dirait un fleuve débordé roulant sur une pente. Ces âmes que vit Dante, après avoir franchi le seuil désespéré de l'enfer, et que le vent poussait devant lui comme un tourbillon de feuilles, ne franchissaient pas l'espace avec plus de vitesse et d'acharnement que cette foule partagée entre tant de spectacles, et qui était en retard comme nous pour son spectacle favori. Toute cette rue d'Alcala, large comme notre avenue des Champs-Elysées, et terminée par une porte presque aussi gigantesque que notre arc de triomphe de l'Etoile, ressemblait à un champ d'hommes et de femmes aussi pressés que le blé dans une plaine et courbés tous du même côté par le vent fiévreux de la curiosité."

C'est Dumas qui écrivait ça il y a bien longtemps, quand il était sur la route de Paris à Cadix, et ce spectacle étonnant est toujours d'actualité.

Etonnant également que de voir ces mêmes gens, tous tendidos confondus, se lever comme un seul homme,  un sourire d'abord incrédule puis infiniment reconnaissant sur les lèvres, pour faire la plus belle ovation de l'après-midi à leur roi. Un roi tout neuf, qui est venu soutenir la fiesta brava (bien que n'étant pas lui-même aficionado a los toros), n'hésitant pas à casser le protocole en s'installant en barrera un jour d'ouverture de San Isidro ¡Vive le roi!

Pauvre Felipe VI qui s'est vu brinder 3 exemplaires échappant totalement à leur condition de toro brave : abantos, mansos, décastés, derrotant furieusement, à la charge réduite ou franchement trouble. Ceci dit, les 3 autres exemplaires présentaient exactement les memes caractérisques. A ce titre, on peut parler de lot homogène...
Côté présentation, le défaut général de trapio était tel que les indispensables obscurantistes du 7 ont fini par réclamer haut et fort des Toros! Toros! Toros!
Quant au premier tiers : zéro passe de capote, 4 tentatives de mise en suerte, 23 contacts pris un peu partout dans le ruedo, 1 piquero désarçonné, et 4 quites absurdes. Je n'y reviendrai pas.

Pour faire face à ce lot infâme, les 3 gaillards du jour ont fait ce qu'ils ont pu... et en ont à divers titres été bien mal récompensés.

Joselito Adame est très courageux face à l'épouvantable premier, cinqueño, dont il ne ne réussit finalement à sortir qu'une seule série droitière à peu près homologable. Silence pour l'homme (1 avis) et légers sifflets au toro. La vaillance du mexicain aurait mérité une ovation mais... que le public est dur au premier toro ! Adame a baissé les bras face au mobile et querencioso quatrième. Silence pour l'homme et sifflets au toro.

Pepe Moral a l'avantage de tomber sur un premier adversaire qui lui permet d'allonger un peu le bras. Compte tenu du danger permanent, on ne peut pas trop lui en vouloir de tenir la muleta du bout du palo et lui aussi aurait mérité d'être applaudi. Silence (1 avis) et sifflets au toro. Au cinquième, le monton de demi-passes en rond présente d'autant moins d'intérêt que le toro ne transmet absolument rien. Du coup, on se désennuie en papotant...  Silence (1 avis).

Juan del Alamo profite de la charge du troisième pour finir par nous servir quelques avatars du toreo moderne et couper une oreille qui parait excessive à l'aune des deux silences précédents (je lui tiens en outre rigueur de ne pas avoir fait saluer Domingo Siro qui nous a gratifié du seul vrai moment de lidia de la tarde lors de la pose de la troisième paire de banderilles). Le sixième a bien failli lui mettre les couilles en bouillie mais le valeureux reste en piste pour le tuer avant de partir à l'infirmerie. Silence (1 avis)

Mialane avait raison : "Il n'y a jamais de fumistes au paseo". 

Zanzibar 

NB : corrida vue avec mes vrais yeux et pas avec ceux du cameraman de Canal + Toros

vendredi 6 juin 2014

San Isidro - Puerta Grande sur grand plateau

Mardi 3 juin 2014. Adolfo Martin pour Antonio Ferrera, Diego Urdiales et Miguel Perera.

Nos emplois du temps respectifs, et des critères de choix de bétail quelque peu opposés, ont fait que Miguel Perera et moi nous ne nous étions jamais vus. C’est désormais chose faite, même si je ne suis pas catégorique sur le fait qu’il m’ait aperçu au moment de sortir des arènes à dos d’homme en passant à deux mètres de mon smartphone.
Tout ça pour dire que j’ai donc découvert sur le tard ce torero et, s’il m’a rappelé un grand bonhomme, ce n’est pas Dominguin, Ortega ou Espartaco mais Fabian Cancellara. La même puissance, une domination sans partage et une tendance à choisir ses courses.

Pour une fois, Perera venait participer à une "Classique" après moultes kermesses, critériums et contres-la-montre balisés. Mais les Adolfo du moment ne consistent pas vraiment en un Paris-Roubaix ou un Tour des Flandres, un Grand Prix E3 tout au plus.
Plutôt pas mal présentés, mieux que certaines années passées malgré une relative hétérogénéité (498 à 590 kg, 3 cinqueños et 3 cuatreños), les Adolfo sont sortis seuls de la deuxième rencontre (1,3 et même le 6 après avoir désarçonné le piquero) ou ont démontré leur manque de poder (4 et 5). Seul le 2 a été bravito mais ce fut aussi le plus faible. Faiblesse quasi générale enlevant beaucoup d’intérêt à leur charge parfois piquante malgré tout.

Antonio, récent rescapé d’un accident de la route qui le fit défiler tête nue (des points restants ?), est resté superficiel à son premier. Pinchazo, rinconera et silence. Poderoso aux banderilles avec le 4, il sera tout aussi marginal avec la muleta, Pinchazos, rinconera et silence à nouveau.

Diego Urdiales a souffert de la faiblesse de ses opposants. Rien à tirer du 2, deux tiers de bajonazo et silence. Il tirera quelques pépites sur la gauche du 5 mais s’entêtera à droite avec fadeur. Pinchazo, 1 avis, re-pinchazo, une demie et des descabellos entrainant des pitos.

Perera a donc étalé sa facilité, supérieur à gauche avec le 3, quelques enganchones à droite ne lui offriront qu’un salut après sa belle estocada. Le 6 commence par étaler sa faiblesse mais après l’épisode de « Paf ! Le Piquero », il exprimera une belle dose de piquant au troisième tiers. Perera conjugue le verbe "mandar" à tous les modes, main basse, facile. Une sublime série à gauche est suivie d’un final un peu accroché. L’estoconazo libère naturellement une oreille, la deuxième me parait abusive mais autorise une deuxième Puerta Grande dans une même San Isidro. Besoin de buzz ou bien ?

Même si la course a été globalement décevante, elle m’a donné envie de revoir Perera/Cancellara avec les toros réservés habituellement aux grimpeurs/puncheurs. Cela risque de ne pas arriver avant que Fabian Cancellara ne prenne le départ de Liège-Bastogne-Liège.

Marc

jeudi 5 juin 2014

San Isidro - Corrida de Cuadri

Celestino Cuadri pour Javier Castaño, Ivan Garcia et José-Carlos Venegas (confirmation). 

Comme le dirait l’immense Homer Simpson : « Le problème des chips légères c’est qu’il faut boire deux fois plus de bière ». Et les Cuadri allégés en caste de cette édition 2014 n’ont pas été accompagnés d’assez de degrés de toreria pour que nous ayons, à défaut d’une course de toros, une bonne course de toreros. 

Lot bien roulé dans le type maison, un peu juste pour Madrid les 2 premiers (?), globalement mansote, douchant à la deuxième rencontre les maigres espoirs parfois suscités à la première (notamment un batacazo dû au piquero sur monture trop droguée au 6). Si les 3, 4 et surtout 5 avaient peu à donner, 1 et 2 permettaient faena et le 6 s’est allumé en se jetant sur la muleta comme Homer sur la dernière Duff dans le frigo. 

Javier Castaño est devenu le subalterne de sa propre cuadrilla (Fernando Sanchez, a gusto, et David Adalid ont salué deux fois), marginal et fade. Rinconera et silence. Tendida trasera, descabello et silence. 

Ivan Garcia a toréé 2 fois en 2013, faut-il que personne d’autre ne souhaite ‘prendre’ les Cuadri pour le programmer ? Déficient avec l’épée, 1 avis avec le 3, silence aux deux. 

José-Carlos Venegas brouillon avec son toro de confirmation (« Ribete » n°31 pour les statisticiens), se laisse mener aux planches. Pinchazo, belle entière et salut après 1 avis.
Le bouillonnant 6ème charge donc comme un missile sol-sol et Venegas essaye de faire front. 
Ses demi-passes slicées à gauche éprouvent la clarté de la charge jusqu’à une effrayante cogida, dont on le relève sans blessure. Demie, série de descabellos et 1 avis.

Ouf ! Cañas para todos ?

Marc

lundi 2 juin 2014

San Isidro - Corrida de Montealto

Francisco Javier Sánchez piquant Lirio

Toros de Montealto (et aussi de Julio de la Puerta – un titulaire et un sobrero – et de El Ventorillo – sobrero) pour Pedro Gutiérrez "El Capea", Alberto Aguilar et Sebastian Ritter qui remplace malheureusement Paco Ureña. 
Une corrida assez étonnante, avec son lot d’évènements infiniment regrettables et son lot de satisfactions dont nous sommes respectivement redevables à El Capea, Ritter, et 3 toros pour la première part, et Aguilar et 3 toros pour la seconde. 

Après le changement du premier toro qui s’est cassé la corne en cours de lidia (le règlement taurin espagnol doit sûrement permettre ça sinon, évidemment, le palco n’aurait pas cédé à la demande de cambio), El Capea nous inflige l’indigence de son toreo face à une bête inerte. Il reproduit  le concept (aguante en berne, main gauche en carafe et jambe contraire au chômage) face à son second qui est pétri de vilaines manières. Silence (1 avis) et silence.

Juste avant la course, C. m’a dit que Sebastian Ritter devait avoir « le bras sacrément long » pour avoir réussi à intégrer un cartel de dimanche soir en pleine San Isidro alors que tant d’autres l’auraient justement mérité. L’expression prête à sourire quand on repense au peu d'allonge du torero et à sa muleta que, telle une excroissance bien encombrante, il n’a jamais réussi à flanquer au bon endroit. C’était vraiment dommage face au dernier toro de la course, sobrero particulièrement intéressant de El Ventorillo, qui embistait avec beaucoup classe pour peu qu’on le lui demande avec les égards dus à sa caste, mais qui a fini avisé après une faena entièrement hasardeuse. Je n’ai pas entendu le troisième avis sonner mais le mouchoir est bel et bien sorti. Grand seigneur, Ali-Rota, s’est couché après une vingtaine de descabellos (à peu de chose près) juste au moment fatidique. Silence et bronca (3 avis).

Alberto Aguilar a dû en premier lieu faire face à un très étrange adversaire qui s’appelait Lirio. Un toro d’une présence peu ordinaire qui a provoqué un batacazo d’anthologie (suivi d’une scène interminable avec le cheval se faisant rouler-bouler à terre). La monture est partie à l’infirmerie sous l’ovation pendant qu’Alberto remettait le toro en suerte au cheval de réserve resté au toril. On n’était plus à 2 minutes près et ça aurait eu plus de gueule de faire les choses au bon endroit, à l’opposé. Peut-être aurait-on vu quelque chose... Après un deuxième tiers tout aussi tumultueux, Lirio s’est éteint. Au 5ème, Alberto se la joue façon "Basquiat de la tauromachie", il capte l’énergie de tout ce qui l’entoure : celle du toro (qui va a mas), celle du soleil (dont les premières morsures font tant de bien), et celle du public (qui aime ses séries propres et concises). Dans le genre, on l’a déjà vu faire mieux et on peut regretter qu’il n’ait jamais repris la gauche après une unique tentative pas rudement convaincante. L’oreille accordée n’apparait tout de même pas déplacée. Silence et oreille.

 Zanzibar

samedi 31 mai 2014

San Isidro - Corrida inattendue de El Montecillo

Miguel Abellán face à Camarito

6 toros de El Montecillo pour Miguel Abellán, Paco Ureña et Joselito Adame. Pas franchement bandant sur le papier. Même que, sur la foi du cartel, les plus optimistes étaient en droit de se dire que le pire de la San Isidro, c'était peut-être pour ce soir...
C'était sans compter sur le fait que les toros sont imprévisibles et que le lot allait sortir robuste, manso mais assez encasté, mobile, compliqué. Sous cette affiche à deux balles se cachaient 6 toros décidés à en découdre (surtout les 3 premiers, pas du genre à laisser traîner leurs oreilles partout) et trois hommes (pas du genre de ceux d'hier, même si un seul d'entre eux a été à la hauteur). 
Pas la "grande corrida du siècle" mais une course pendant laquelle on a tout le temps eu les yeux occupés.

Le toro le plus passionnant de la tarde fut pour moi le troisième dont le genio n'a pas forcément été très apprécié puisqu'il a été le seul sifflé à l'arrastre. Après deux premiers tiers somme toute très anodins, le bicho va se ficher au centre alors que Joselito Adame avait, lui, décidé de débuter la faena aux planches. Ce premier désaccord (pas le dernier) s'est immédiatement soldé par un désarmé (suerte très en vogue tout au long de la soirée). Pendant les 10 minutes qui ont suivi, les choses vont se dérouler exactement comme le toro l'a décidé et où il l'a décidé. Il meurt bouche fermée,  trois fois troué par l'épée du petit mexicain. On venait de voir un fameux toro, très exigeant, face à un torero complètement débordé qui ne trouvera jamais non plus le bon sitio face au 6ème qui paraissait cependant présenter moins de difficultés.

Paco Ureña a manqué de recours face au très compliqué deuxième et ne réussira jamais à vraiment passer la barre face à son second qu'il a le mérite de rester tuer alors qu'il vient de subir une cornada terrible.

Miguel Abellán a été le seul à réussir à faire face à cette adversité d'un autre temps. Au premier (qu'il accueille avec une générosité de novillero), il
s'engage fiévreusement. Il s'agit d'une faena prenante, rustique, où l'homme devient magnifique dans l'art de frôler la tragédie et se hisse à la hauteur du difficile et dangereux premier... au prix d'une cogida impressionnante. Le vaillant ne cesse pas de s'exposer pour autant et signe une extraordinaire série à gauche. Il va chercher l'épée quand le toro raccourcit sa charge. Et là, on peut vraiment dire qu'il "perd l'oreille avec les aciers". Il en gagne  toutefois une en ressortant de l'infirmerie. Rien ne l'y obligeait et, compte tenu de la nature des opposants du jour, on aurait pu comprendre qu'il leur préfère la compagnie des infirmières. On n'a pas retrouvé à son second l'oasis de valeureux engagement qui avait été la marque de fabrique de son premier combat mais le simple fait d'être revenu était très méritoire. Le palco n'a pas eu besoin d'énormément d'encouragements pour sortir le mouchoir. Et c'est très bien ainsi.

Zanzibar

vendredi 30 mai 2014

San Isidro - Grande supercherie de El Pilar

A d'autres !

Cartel de la collection printemps-été 2014.
6 lamentables rebuts de El Pilar atteints de crétinisme catatonique (allant du freluquet au grassouillet, un peu moins offensifs que les méduses de Biscarosse) pour Castella, Manzanares et Talavante.  

Les cuadrillas pourtant aguerries des 3 piétons ont fait pitié pendant 2 heures mais pas autant que les titubants toros qui se sont pris un nombre effrayant de coups de capote inutiles et quantité de piques plus baroques les unes que les autres. 

Sauf à considérer le sorteo qui lui a attribué un adversaire invalide et un autre souffreteux, Castella est celui qui s'en sort le moins mal. Il s'applique à toréer à mi-hauteur son second, lui épargnant ainsi trop de chutes malencontreuses. Je suppose que c'est ce qu'il pouvait faire de mieux avec ce type d'engin. Au premier, manso de catégorie, il profite brièvement du moral de la bête (qui vient un tout petit peu compenser son infirmité) mais prolongera le supplice bien trop longtemps avant que la faena ne finisse en bouillie (en même temps, essayer de péguer 80 passes supplémentaires à un toro que les peones avaient préalablement eu du mal à relever en le tirant par la queue, c'était pas très astucieux). Le franç
ais prend quelques libertés avec l'orthodoxie au moment de mettre l'épée. Bajonazo retiré dans la foulée suivi d'une entière trasera.

Manzanares écope d'abord d'un adversaire mou du genou, inconsistant, très distrait et parfaitement décasté, qu'il laisse bloquer une éternité aux planches par le cheval que le toro a attaqué au sortir du toril sans que personne s'en préoccupe. Le toro fuyant rend le deuxième tiers très laborieux et la faena, impressionnante de vacuité, relève de la plaisanterie pour se terminer à l'écurie. Au 5, qui sera le seul à bousculer un peu le cheval mais sans classe, j'ai la confirmation de ce qui aurait pu passer pour une déduction hâtive si je l'avais dit plus tôt : Manzanares est un poseur doublé d'un paresseux. Il est au toreo ce que le nain de jardin est à la statuaire grecque. Ni plus, ni moins.

Talavante torée en premier lieu un avorton à l'équilibre précaire. Rien à dire sauf que l'homme fait preuve de lucidité en allant chercher l'épée très rapidement. Talavante a eu beau réceptionner le 6ème en gagnant du terrain, brinder au public et retourner sa montera du bon côté, lier quelques passes avec une grande économie de mouvement, et avoir de nouveau la clairvoyance de ne pas faire trop durer son vacillant adversaire, il a heureusement merdouillé à l'épée. C'est une veine car sinon, nous aurions dû manger une oreille au goût bien amer.

Entre la déficience de présentation et l'impotence des toros, entre les lidias rachitiques et les faenas atrophiées de toute profondeur, le public voit son aficion tellement amaigrie que c'est à peine s'il lui reste un peu de peur au creux du ventre quand le toro est en piste.
Hier soir à Las Ventas, ce n'était pas de la tauromachie, c'était de la tiers-tauromachie.
C'est sûr qu'à force, on finira prêt à avaler n'importe quoi, pourvu que ça nourrisse un peu nos souvenirs... 

Zanzibar

mercredi 28 mai 2014

San Isidro - Novillada de Guadaira et Montealto

Manuscrit de "Madrid" - Camilo José Cela - 1966

Le prestige de Madrid a peut-être pris du plomb dans l'aile mais je persiste à croire que Madrid est Madrid et qu'il est bon d'y épater les anciens (même s'ils n'ont pas de compte twitter) quand on est ganadero et quand on est novillero. Hier soir, les zincs à la propreté douteuse de Bocangel et Pedro Heredia accueillaient aimablement les coudes de ces vieux abonnés mais aucun ne parlait de la novillada. C'est comme ça. Il y a des courses dont on ne parle pas à la sortie, ni en bien, ni en mal. C'est qu'elles ne sont assez mauvaises pour avoir envie de se révolter, ni assez bonnes pour avoir envie de se la remémorer.

Des 3 Guadaira (dotés de petites têtes et vraiment très laid le 3ème) et des 3 Montealto (mieux présentés), on peut retenir le compliqué premier, le relativement encasté et querencioso 4ème. Fades et nobles les 2ème et 6ème. Insipides le 3 et le 5. Tous insignifiants au cheval. 

Román a fait montre de vaillance (et d'encore plus de carences) à son exigeant premier qu'il se renvoyait sans cesse dessus. Faena trop désordonnée et pas assez poderosa pour ce toro rétif. Le gamin finit par mordre la poussière. Un sale moment à passer. Silence douloureux mais pas humiliant. Il avait mis du coeur. Le quatrième est sûrement celui du lot qui avait le plus de choses à raconter. De nouveau Román m'étonne : il essaie mais parait comme démuni techniquement (je m'attendais à l'inverse). Le compagnie de cette muleta qui n'arrive pas à assumer ses décisions ni à terminer ses passes finit par exaspérer le novillo qui ne tarde pas à prendre le dessus. J'espère que la sérieuse cuadrilla du futur matador saura lui dire qu'il est passé à côté d'un bon toro de 3ème tiers. A Madrid, ça n'se fait pas. Silence, écrasant cette fois-ci.

Posada de Maravillas est à mon humble avis un novillero très modeste que le public a trop tôt débarrassé de cette noble vertu. Résultat : il use du capote en esthète puis s'efface devant l'ombre de la bête en ponctuant toutes ses séries de gestes explicatifs destinés au public allant du "Vous n'avez encore rien vu !" au "C'est pas moi, c'est la faute du toro !". Aussi classe qu'un automobiliste parisien dans les embouteillages et aussi ennuyeux que possible. Bajonazo et silence. Il ondule de nouveau autour du 6ème, sans plus de bagage qu'à son premier, triste parodie de lui-même. Silence.

A son premier adversaire, Gonzalo Caballero tire une vraie passe pour 15 fausses et réussit à faire applaudir à l'arrastre un manso, noble mais sans classe. De la graine de figura ! Il a le desplante sobre, manie avec une science éprouvée le pico, mais sait se placer. De la graine de figura vous dis-je ! Demain, quand il sera figura donc, entre le chèque et l'engagement, je crains que son cœur ne balance pas longtemps. Salut au tiers après une épée bien envoyée. Je ne peux rien avancer en ce qui concerne son second combat pour cause de retrouvailles inopinées avec un vieil ami. Je peux toutefois affirmer que notre conversation n'a pas été interrompue par le moindre "olé" (ni par le moindre sifflet d'ailleurs). Silence, donc.

Avec D., on a eu tout loisir de tomber d'accord sur le fait que le monde était bien petit, on a regardé le dernier Montealto d'un oeil distrait, et on est allé boire des coups du côté des rues de Bocangel et Pedro Heredia, accoudés à des zincs à la propreté douteuse. On n'a pas parlé de la course. Il n'y avait pas grand-chose à en dire, si ce n'est que Madrid n'est plus Madrid...

Zanzibar