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mercredi 1 avril 2015

En montant l’escalier

Il est 20h20. Ils se précipitent pour faire bloc autour de lui. Roberto, Victor, Miguel, Pedro, Jesus, Diego, Curro, Alberto et l’excellent Javier engloutissent Ivan comme pour le protéger de la douleur du public. Ça va très vite. Déjà, ils ont disparu. Et nous on reste là, amers et très décontenancés. Certains sifflent, d’autres restent les bras ballants. Un monsieur derrière moi fredonne quelques notes, une espèce de blues espagnol, presque du flamenco. Moi qui ne sais ni chanter, ni siffler, j'applaudis avec le plus de tristesse possible. Un tel crève-cœur explique aussi les coussins : on n’a pas tous la même manière de pleurer. Il est 20h20 et c’est la fin d’une belle histoire mal racontée.

Le torero (n’importe quel torero, y compris les baronnets, y compris les mauvais) n’est pas un homme ordinaire. Et le torero qui fait un geste n’est pas un torero ordinaire. Et ça n'est pas chose ordinaire que de se mettre seul devant 6 toros différents et possiblement très difficiles, à Las Ventas, aux premiers jours de la temporada. Avec ce « geste » Fandiño a convoqué l’aficion du monde entier et, samedi soir, une obscure ferveur envahissait les rues de Madrid. On ne pouvait s’empêcher de regarder les passants droit dans les yeux en se demandant si eux aussi étaient là pour « ça ». Souvent, c’était le cas… Dans ce contexte, l’intermède des niquedouilles vertes au moment du paseo n’en a paru que plus imbécile.

Il est 17h59. Fandiño n'est pas ignorant de l'histoire et il veut en écrire une nouvelle page ce soir. Il l’a annoncé et on a adoré le croire. Il y a beau temps qu’on a cessé d’ergoter sur le bien-fondé du « seul contre 6 ». Quoi qu’il se passe, on veut en être. Bien sûr, on ne manque pas de savoir et de faire savoir bien fort qu’il y a de fortes chances qu’on aille au-devant d’une grande désillusion ; moins pour conjurer le sort d’ailleurs que pour essayer d’apporter un peu de rationalité à nos extravagances respectives (les kilomètres parcourus par les uns, les bérets d'Euskadi achetés en hommage par les autres, et même les gradas payées par les occupants habituels du callejon !).

Il est 20h20. Les 6 toros ont passé mais la question subsiste : pourquoi Fandiño n’a-t-il pas livré bataille quand il y avait matière à combattre ?

Il est 17h59. Le soleil charrie les premières odeurs de printemps et tous les gens présents ont tourné le dos à la vie quotidienne. Les hommes portent beau, les dames sentent très bon. Il y a de la jeunesse dans l'air et dans les gradins. Fandiño s’avance seul sur le ruedo. Sur ses épaules, tout le poids d'une légende à écrire. Celui-ci est venu revendiquer passionnément son aficion sous nos yeux et nous le lui avons bien rendu. C’est très intimidant.

Il est 20h20. Je me demande bien quels mots je vais pouvoir mettre sur cette course, mais je sais déjà que je vais les dédier à celle qui a souvent eu l’occasion de me dire : "N'oublie jamais ma chérie que le meilleur moment, c'est en montant l'escalier".

Il est 20h21 et après. De belles rencontres en retrouvailles, on passe une merveilleuse soirée...

Fandiño est torero. Un peu plus torero que beaucoup d’autres. Et malgré ses évidentes limites, il convient de se rappeler sa vaillance et de lui accorder un goût certain pour l'aventure et la conquête. Il serait étonnant qu’il se contente de cette défaite. Ceux qui seront à la miurada sévillane pourraient avoir une belle surprise...

Zanzibar (& Bertrand Caritey aux images)

NB : corrida vue avec mes vrais yeux et pas avec ceux du cameraman de Canal + Toros

mercredi 10 septembre 2014

6 soberbios novillos-toros de Cebada Gago

Antonio Puerta : 2 oreilles +  2 oreilles
Fernando Rey : 1 oreille + 1 oreille
Varea : 1 oreille + 2 oreilles et la queue

Sortie a hombros de la terna, du mayoral, et du ganadero (ce dernier en équilibre très instable, comme en manière d'allégorie).
Mais, chers lecteurs, ne vous fiez pas aux résultats car, contrairement aux apparences, cette course n'a pas été faite que de gags !

Alors oui, bien sûr, il y a eu beaucoup moins de piques que de trophées et la privation de triomphes depuis deux jours a quelque peu émoussé le sens commun des aficionados présents (celui du président était altéré depuis le début de la feria).
 

Il n'empêche que la novillada a revêtu plusieurs moments de grand intérêt à commencer par la sortie en troisième position de celui qui aura été LE toro de la feria. Beau trapio, prenant deux piques en mettant les reins (provoquant un batacazo à la première), poursuivant aux planches au deuxième tiers, doté une charge fixe et offensive à la muleta, particulièrement à gauche, allant a mas malgré la faena tristement scolaire de Varea.
Le hic, c'est que ce n'est pas du tout à ce toro que le mayoral a été invité à faire la vuelta mais au suivant (un "faiblichon" de bon moral qui se laissait caresser le frontal sans rechigner).

Ce que ne dit pas non plus le score final c'est que Fernando Rey s'est joué la vie face au très compliqué 5ème qu'il fera rentrer dans la marmite d'une entière un peu delantera. Une oreille, de celles qui ne comptent pas pour du beurre. Il en avait précédemment gagné une autre de manière très honnête face à un novillo de sentido et après une entière que les maniaques de l'euphémisme appelleront "habile".

En dernier lieu, il y a eu le 6ème, sorti avec une crampe et sifflé jusqu'aux banderilles. Le novillo s'est refait de manière spectaculaire aidé en cela par la très intelligente faena de Varea. Pinchazo al recibir. Estoconazo. De là à dire que nous avons assisté à un faenon de deux oreilles et rabo, heu... je ne crois pas, non. Pour ça, il aurait fallu un combat.

Je n'ai strictement aucune idée des raisons qui ont motivé l'octroi de quatre oreilles à Antonio Puerta dont la grande valeur des deux faenas aura échappé à ma légendaire sagacité...

Présidence nuisible. 

Zanzibar

mardi 10 juin 2014

Vic, par où commencer ?


 

Relance al capote de Goya

 

Par la fin... Il eut été bien injuste qu'il ne sorte rien d'une féria qui alignait des cartels aussi respectables. Or un désespoir poignant se lisait sur les visages fatigués des aficionados les plus aguerris au soir du dernier soir.

Comme un pichet de bière tiède, les Adolfo dépourvus de gaz, nous plongeaient dans l’hébétude, les Pagès Mailhan nous enfonçaient dans le coma et seul un Cebada Gago nous maintenait assez de vie pour prendre la mesure de la misère moite qui dégoulinait dans nos âmes et entre les omoplates. Un soir de Toros, une féria ou quarante années d'afición ne se prolongent que par la grâce inspirée d'un Morante ou le magnifique instinct de conservation de Cantinillo. Sans ces moments d'exception, la tauromachie à pied telle que nous la connaissons ne se survivra pas. 

Le mano a mano des banderilleros du premier jour nous a porté son lot de... banderilles, très professionnelles, risquées parfois. Banderilles – plat de lentilles, ça cale avec le petit salé, mais on ne vient pas pour ça, il y faut rajouter une entrée ! un dessert ! que sais-je... des danseuses !

Les Pagés-Mailhan-vive- la- France étaient beaux et sentaient bon le sable chaud. Porteurs de nos espoirs nationaux, du coq provençal, ils étaient... mous et mon voisin coureur d'encierro, avec qui je m'engueulais presque, les trouvait plutôt... cons. La vérité se trouvant sans doute quelque part entre nous deux, je refuse de revivre une quelconque reconstitution.
Ami Vilches, merci pour tes naturelles. Valeureux Mota, gloire à ton sérieux et à ton engagement. Cher Aguilar, olé à ta combativité. Mais de Cebada Gago il n'y en eut qu'un... le dernier.

Quelques pichets de bière plus tard… On se retrouve, toujours les mêmes 6000 rêveurs, en hypoglycémie de toros quand débarque le premier Dolores blando et mansote, puis un second manso encasté, fils de plusieurs générations de patates chaudes, il sera très piqué. L'avisé troisième n'est pas tendre non plus, Lamelas s'entête à le gaver de trop de passes trop longtemps pour un tout petit résultat. Le quatrième régale d'un batacazo, il sort seul des deux puyas, et décompose sa caste au lieu de l'étaler.
"Como antes" dit la devise du nouveau CTV... et l'Esprit de Pentecôte vint à souffler avec le cinquième, très bien présenté, genre qualité supérieure, manso con casta et sin fijeza ce qui ajoutait à son charme, il sortira seul de cinq rencontres au cheval et mettra en difficulté les banderilleros vedettes. Castaño renonce à l'affrontement et choisit de rester vivant par curiosité, pas fou, il veut voir le sixième.
Il se nomme Cantinillo, il vit seul et pèse 600kg. Assez renfermé, ses voisins ont déclaré à la gendarmerie qu'il ne recevait personne, se montrait discret et affable. A la "dehesa de Frias" on ne lui connait pas d’ennemis, ils sont morts. Il est beau et il fait peur.
« On s'enfuit, on franchit les grilles ...». Pétoche aussi dans les gradins des escaliers A.B.C...Y.Z à la perspective d'un saut réussi. Le seul à ne pas perdre les papiers et les factures sera Bonijol plutôt exposé mais sa passion du cheval est grande.
Trois cartons au cheval en sortant seul ne font pas un toro piqué et on est même loin du compte, Gabin lui, le sait, et va chercher Cantinillo là où il est... au centre si nécessaire. Les néo-aficionados s'étonnent et s'insurgent, le palco tient des raisonnements... or IL FAUT PIQUER... on discutera plus tard.
Et là, chère enfant, j'en suis à regretter la présence du deuxième picador et l'application d'une manœuvre d'encerclement subtile qui permette de piquer "al alimon" comme il est prévu dans les traités de tauromachie. Mais déjà résonnent les clarines et pour Lamelas, co-responsable du prématuré changement de tercio, la mission est simple : tuer Cantinillo avec une épée et un chiffon rouge.
Cela va prendre cinq exaltantes mais interminables minutes dépourvues d'orthodoxie.
Minutes chargées d'incertitude : la mort de Cantinillo ou celle de Lamelas.
Epilogue : estoconazo et descabello.
En récompense Lamelas obtiendra une oreille d'un palco mesquin mais souverain, deux vueltas triomphales, des contrats, et notre estime à jamais.

Bon anniversaire patronne.

El Ubano