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mardi 6 octobre 2015

· · · — — — · · · Otoño en détresse

C'est l'automne et on est là, comme les musiciens de première classe du Titanic, on assiste au désastre, sans colère, avec fatalisme, presque consciencieusement. J’oserais même dire, à la réserve près qu'on ne va pas en mourir, qu’on fait face à la débâcle avec une certaine dignité. Ça fait 3 jours qu'on est englouti dans le dramatique naufrage ganadero du plus important paquebot, pardon, ruedo, du monde. Avant chaque course, les plus en forme d’entre nous brandissent des pancartes comme autant de SOS. Des tas de revendications saluées par de belles ovations, ça oui. Mais pas un toro qui déboule en piste propre à sauver notre aficion en détresse. 

Les novillos sans tempérament de Cesar Rincon (qu'on n'aurait aucun mal à applaudir dans une arène de deuxième catégorie) se tenaient debout par un miracle d’équilibre et n'ont pas provoqué le moindre soupçon d'émotion en piste. Filiberto et Alejandro Marcos ont hasardé quelques faenitas avec plus (Marcos) ou moins (Filiberto) de bonheur… Joaquin Galdos n'a pas convaincu.
Je ne sais plus qui a dit "Que l'important soit dans ton regard et non dans la chose regardée"... Mouais.  Faudrait voir à pas pousser la blague plus loin que l'aphorisme non plus.

Les choses empirent le lendemain où l'on vit sortir un lot calamiteux du Puerto de San Lorenzo (accompagné par un cousin de Valdefresno tout aussi mauvais) pour l’improbable mano a mano Urdiales vs. Lopez Simon. Mansos, sans race, douillets, fuyants, faibles au mieux, impotents au pire. Des toros de poche qui, décorés d'une grande porte, nous seront fatalement infligés l'an prochain. A bien y réfléchir, la grande porte n'est pour rien dans cette affaire et Fraile peut bien continuer à fabriquer ses toros sur le même modèle puisqu'il réussit à les fourguer tous les ans. Pourquoi pas d'ailleurs ? Puisque, à chaque fois, nous revenons...
Face au 3ème, un utrero (à moins bien sûr que le bicho soit né le 1er ou le 2 octobre 2011), Urdiales construit minutieusement sa faena, chaque nouvelle passe résultant de la précédente. C’est plein de finesse, sans apprêt. L’ensemble n’est pas assez puissant pour améliorer dans la longueur cet adversaire au genio saillant, mais Diego vient de nous rappeler avec rigueur, technique, et simplicité, pourquoi il est un grand torero. 

Lopez Simon quant à lui a ouvert la Grande Porte... Une Grande Porte revendiquée ou décriée, selon que l'on a ou non été sensible au toreo très conceptuel du jeune homme. Une Grande Porte importante ou dérangeante selon qu'on lui a ou non pardonné l'oreille que le palco lui a, de guerre lasse, attribuée à son premier. Sérieusement blessé par ce premier opposant, et scénographiant savamment ses allers et retours à l’infirmerie, Lopez Simon est crânement revenu pour torée ses deux derniers adversaires. La deuxième oreille est tombée après une foutue énorme série à droite et une épée extraordinairement aguantée en recevant le toro mais... est-ce que c'est ça une Grande Porte à Madrid ? Plus tard, j’ai appris que le jeune prodige avait été d’une toreria géniale. Peut-être n'ai-je pas su l'apprécier… N’empêche que, en fin de série, le taureau allait toujours là où il ne fallait pas. Se mettre dans un sitio de ouf, se "coloquer" là où personne n'ose aller et, par principe, ne pas rectifier la position, c’est très bien, mais, le bateau a beau sombrer, ça ne me chavire pas.

Avec les Vellosino, je crois bien qu’on a touché le fond. Ce bétail, c'est la lie du campo. Gonzalo Caballero, soucieux de montrer sa bonne volonté, s’avère étonnamment digne et sagace avec son toro d’alternative. Il sera très différent au sixième… Eugenio de Mora est peu inspiré mais très sérieux malgré ses postures cocasses. Uceda Leal est peu inspiré tout court (mais il met de belles épées). 

Finalement, notre Carpathia à nous, ce fut la (mala) casta des Adolfo. Deux heures de danger qui nous ont sauvés. Un rêve presque oublié pour les aficionados. Un cauchemar pour les hommes aux bas roses… Des toros de combat, tous différents les uns des autres, compliqués, fuyants, avisés, imprévisibles, à la charge incertaine (sauf le dernier dont la charge fut plus franche - et le cinquième qui ne tenait pas sur ses quilles) et qui se retournent à la vitesse de la lumière. Des toros qui prenaient un acompte sur l’existence des hommes à chacune de leurs erreurs. Une course entretenue de bout en bout par la multiplicité des complications et encadrée de chaque côté par deux preux toreros. 
Robleño parait avoir pris 20 ans entre 2012 et aujourd’hui... Il est encore présent dans des courses très dures comme celle de ce dimanche, mais de manière bien fugace, et on est tristement tenté de penser qu'il devrait se couper la cadenette avant qu'on oublie complètement quel torero il a été.
Paco Ureña a un déconcertant mouvement de poignet qui lui rabat la muleta dessus, comme une invitation explicite à la bousculade. Naturellement, ça ne manque pas et son affreux premier adversaire chope fissa tous les défauts qu’il n’avait pas à l’origine. Le sixième et dernier toro de l’envoi est à l’affût de l’homme mais moins pervers que ses frères. Le murciano s’arrime et, pendant quelques secondes, on se dit que, dans l’histoire du monde, il y a eu le feu, la roue, et puis les naturelles de Paco Ureña. A l’épée tout est perdu, fors l'honneur. 
L’autre grand, très grand monsieur de la tarde, s'appelle Rafael Rubio Lujan. Son premier combat fut sans aucun doute le plus poignant. Face à l’adversité du jour, reconnaissons que la délicatesse et l'élégance n'étaient pas de mise. Il fallait le courage brut entendu par la tauromachie pour dominer la partie. Rafaelillo a eu cette détermination implacable sans pourtant jamais prendre totalement le dessus. Mais il a fait exactement ce qu’il fallait. Ca fight, c'est violent, c'est du toreo de tranchée, c'est de la "gangsta faena". C'est pas beau. Mais qu'est-ce que c'est bon !

Ayé. On peut reprendre une respiration normale. Les dernières naturelles se sont évanouies dans le ciel d'automne. Rafaelillo et Ureña vont bien dormir ce soir. Moi aussi. Les toros braves, je ne sais pas, mais les toros qui font peur existent encore. Quant aux toreros qui les affrontent, ils existeront toujours. Les souvenirs et les regrets aussi.

Zanzibar

mardi 8 septembre 2015

Pompom Girl


Dans 2 heures, Diego Urdiales sera là. Mon chouchou. Juste en bas. Au Café Torero. C’est marqué sur l’affiche : à 21h00 il doit recevoir le prix  de « La excelencia en el toreo ». Avant lui, Juan Mora, Javier Castaño et El Fundi l’ont reçu. C’est vraiment bien que ce soit lui qui vienne compléter la liste.

A 21 heures donc, dans à peine deux petites heures, Diego Urdiales se verrait décerner le prix de l’excellence du toreo et moi, je serai là. Douchée. Maquillée. Parfumée. Coiffée. Pompom girl. Avec un pantalon pas troué et un chemisier bien repassé (la petite jupe et le tee-shirt trop court, j’ai pas osé). Quand on est une fille, rencontrer un de ses toreros préférés, c’est pas rien. Il faut se donner un peu de mal… C’est la moindre des choses.

Ayé, c’est l’heure. Il y a du monde mais pas trop. Curieuse atmosphère à la fois électrique et intime, faite d’excitation enfantine et de patience respectueuse. Tout le monde parle un peu trop fort. Il arrive, bien sûr un peu en retard mais pas trop, accompagné d’un vieux monsieur qui a l’air gentil et de quelques jeunes gens qui, eux aussi, se sont douchés, parfumés, coiffés, et vêtus de chemises encore mieux repassées que la mienne… Et puis aussi, il y a quelques autres pompom girls (en petite jupe et tee-shirt trop court, elles).

Il est vraiment tout petit. Il prend le temps de s’arrêter auprès de chaque groupe, d’abrazer tout le monde et de papoter quelques instants avec chacun. Quand il arrive en face de moi, c’est le début de la confusion. D’où je viens ? De France. Du Mans. Tu vois où c’est ? Non, il voit pas. Alors j’en rajoute, j’explique, je précise, j’y vais des 24 heures, des rillettes et des 200 kilomètres à l’ouest de Paris. Et puis je réalise que j’ai Diego Urdiales en face de moi et que c’est pas de l’histoire des Plantagenet que j’ai envie de parler avec lui. Alors, je tente habilement de ramener la conversation sur les toros...

Et là, c’est le drame. Perdue entre les « hubiera », « habia », « hubo » « habra » et autres « habria », je me mets à parler au passé au lieu de parler au futur. Comme il est gentil Diego et que c’est un grand professionnel, il fait le job, il s'adapte, et lui aussi, il me parle du passé. De quand il est venu en France, à Arles en 2010. Est-ce que j’y étais ? Oui ! ! ! D’ailleurs je me souviens, cette fois-là, je l’ai pas aimé du tout...
Voilà comment je me suis retrouvée à expliquer à Urdiales himself qu’il avait été assez vulgaire, pas du tout lidiador, et que ce jour-là, il m’avait beaucoup déçue. Rien de moins. Faut le savoir, une pompom girl, ça ose tout.
Réalisant ma bévue, je cherche un moyen adroit (en vérité, à ce stade, même maladroit, ça aurait fait l’affaire) d’évoquer les naturelles d’Otoño dernier péguées au 2ème Adolfo, les lidias savantes des Victorino dominicaux de Bilbao mais, c’est ballot, c’est précisément cet instant-là que choisit le preux maestro pour capter le regard d’une dame (qui n’avait rien d’une pompom girl, croyez-moi) et s’enfuir précipitamment vers elle en me saluant aussi courtoisement que définitivement. 

J’en suis restée comme deux ronds de flan mais, à peine ai-je eu le temps de prendre pleinement conscience de ma balourdise qu’un vieil homme aux cheveux blanc (celui-là même qui accompagnait Diego) se précipite sur moi et, avec abondance d’abrazos, me fait les louanges de l’aficion française. Chat échaudé craignant de deviser dans la langue de Sara Montiel, j’évite de questionner le vieux et m’abstiens de m’étonner qu’il sache que je sois française.
Un gars s’approche de nous. Est-ce que je veux une photo de moi avec le monsieur ? Non, je veux pas, non. Le gars fait quand même la photo (mon espagnol doit vraiment laisser à désirer). 
Rapidement, la glorification du sérieux des différentes plazas de France se fait pesante et je fais semblant de reconnaître quelqu’un dans la foule pour échapper à cet homme qui semble tant nous apprécier.
Cinq minutes plus tard, le grand-père recroise mon chemin, ne manque pas de me décocher un grand et bon sourire… et vlan ! me reprend le chou sur notre foutue aficion à nous les français et me parle du bonheur qu’il éprouve à rencontrer une de ses jeunes représentantes (sic).
A ce moment, le fiasco de ma rencontre avec Diego me pèse vraiment beaucoup et ma détresse est telle que j’en oublie les règles fondamentales du savoir-vivre. Je détourne ostensiblement le regard et je me tire.
Après la troisième tentative de rapprochement du vieil homme aux cheveux blancs (que j'ai remarquablement esquivée), je finis par aller voir la jeune femme avec qui j’ai papoté un plus tôt dans la soirée et je lui demande, un brin excédée « Quien es este hombre con el pelo blanco ? ». Elle a été un peu surprise de ma question mais elle m’a répondu très gentiment, en riant. 

Alors, j’ai pris mon sac et je suis sortie.
Quelques rues plus loin, je suis entrée dans un pub irlandais et j’ai commandé une Guiness.
Une pinte.
Là au moins j’étais tranquille. Pas un torero à l'horizon.
Aucun risque de faire fuir Diego Urdiales.
Aucune chance de mépriser ouvertement et sans vergogne Santiago Martín Sánchez… "El Viti". 

Zanzibar

mardi 14 juillet 2015

Aladin, à la 2, à la 3 !

L'Adac y avait pourtant mis du sien pour bien frotter la lampe... mais le génie n'est pas sorti.

Notez que, moi aussi, j'y ai mis du mien : pendant les trois courses du week-end, j'ai gardé solidement ancrée la certitude que "ça" allait bientôt commencer. 

C'est ainsi que, le samedi soir, on s'est globalement ennuyé tout en conservant en permanence un certain intérêt pour la mansada de Dolores Aguirre. On guettait la caste, l’émotion. Mais non. La course fut au mieux brusque et compliquée, au pire terne et sans poder. "Horrible" selon la ganadera. Des premiers tiers catastrophiques (dont l’un n'aurait pas été renié par Bartabas). Des deuxièmes tiers d'inspiration cubistes (trois paires magnifiques à signaler toutefois : celles posées au 5ème par un monsieur vêtu de violet et noir, et la très périlleuse première paire posée au sixième par un monsieur habillé en bleu schtroumpf et noir). Curieusement, certains toros affichent à la mort une puissance (mais était-ce vraiment de puissance qu'il s'agissait ?) qu'ils avaient pris grand soin de  nous cacher de leur vivant.
L’énergie de Alberto Aguilar n’est pas suffisante pour soumettre le rugueux et imprévisible deuxième ni pour améliorer le cinquième. 
Le capricieux et, pour le coup, relativement intéressant troisième mène  la vie dure à Alberto Lamelas qui finira par lier une valeureuse série au toril. Peu de choses à dire du sixième.
Robleño livre deux faenas bruyantes et sans éclat dans ce silence appliqué qui est si caractéristique de Céret. 

Le dimanche matin, sous un soleil très dur, on s'est globalement intéressé mais... en s'ennuyant souvent. C'est Julie qui vous parlera bientôt des toros de Juan Luis Fraile et de Cesar Valencia. Quant à moi, mon jugement est faussé : j'attendais un lot qui soit à la hauteur de celui de Cenicientos l'an passé. Et là, force est d'observer que le compte n'y était pas... 

Le dimanche soir, on s'est ennuyé... en s'ennuyant. Piqués avec la délicatesse qu'on réserve ordinairement aux oisillons, les cinqueños dépressifs de Adolfo Martin n'auront pas pu provoquer d'autres frissons que ceux de la colère. La seconde fut celle du ganadero qui jeta rageusement son chapeau et menaça du poing la terre entière lorsqu'il vit le troisième se casser la corne en cognant aux planches. 
La première revient au (dur, très dur) public qui a honni Urdiales pour n'avoir pas donné l'impression de vouloir essayer de résoudre l'équation posée par son premier. J'étais d’autant plus péniblement affectée de cette dernière situation que c'est précisément face à ce type d'adversité que Diego peut exceller… Les efforts expiatoires mais vulgaires du maestro au cinquième ne furent pas à la hauteur de l'affront initial. 
Pour que les vieux pots fassent les bonnes soupes, il faut qu’il y ait de bons légumes. Encabo fait les choses le plus sérieusement possible devant deux insipides navets et l’ensemble n’a que peu de saveur. 
Robleño (qui, tout bien réfléchi, devrait songer à consulter un spécialiste de l’audition) a totalement négligé la main gauche à son premier et a parfaitement robleñisé à son second. Oreille donc. 

Feria courte, courses longues, soleil blessant, plaza pleine comme un œuf, tertulias très fréquentées et cercle d’amis agrandi. Je reviendrai bien sûr me perdre ici l'an prochain, voir des toros, des toreros, et deux vieux amoureux.

Zanzibar

NB : corrida vue du rang 12, côté patio de caballos.

Les courses racontées en image par Christophe Moratello (il suffit de cliquer) 

La corrida de Dolores Aguirre
La corrida de Juan Luis Fraile

vendredi 10 juillet 2015

Pamplon'Express 84

Joselito parade. Il pétille, fait des blagues, signe des autographes. On dirait un ganadero qui viendrait de faire lidier un lot de 6 beaux toros braves et encastés. Il porte le provocant sourire de l'homme satisfait à qui tout réussit. Ni lui ni sa cour d'admirateurs ne paraissent autrement affectés par ce qui vient de se dérouler sous nos yeux...

Nous autres, on fait des blagues aussi mais on ne pétille pas trop, non. Disons que nous sommes moins euphoriques que Joselito. En fait, on est même carrément accablés. Et corrélativement inquiets pour les ganaderias de El Tajo et de La Reina.

Il faut dire que, pendant les deux heures écoulées, les 6 tristes toros des élevages susnommés n'ont cessé de nous susurrer : "Nous sommes les débris de ce que vous eussiez jadis regardé avec plaisir".

S'ils avaient eu une once de personnalité un tant soit peu affirmée, on aurait pu dire que certains étaient mansos. Mais là non, ils étaient juste faibles, creux, vides, totalement décastés. Seul le cinquième a montré un peu (très peu) de tempérament, faisant illusion sous une première pique carrioquée avant de poursuivre aux banderilles messieurs Adalid et Mellinas qui ont salué, et d'afficher pour la muleta une sorte d'admiration canine qui, je suppose, doit pouvoir s'apparenter à de la noblesse.

Pas du tout le genre de toros qui convient à Diego Urdiales (qui nous a quand même offert quelques beaux gestes isolés).

Pas du tout le genre de toros qui convient à Morenito de Aranda (qui était de surcroit diminué par une douloureuse blessure au niveau du genou).

Pas du tout le genre de toros qui convient à Saul Jimenez Fortes (qui s'est obstiné avec beaucoup d'envie mais peu de discernement).

Pas du tout le genre de toros qui devrait convenir et faire parader les ganaderos.

Pas du tout le genre de toros qui fait aimer les toros...

Zanzibar

mardi 7 octobre 2014

Otoño IV - 6 Adolfo Martin 6 pour Uceda leal, Diego Urdiales et Serafin Marin

Pour la dernière d’Otoño, Adolfo a envoyé un lot de toros mi-figue mi-raisin, manquant tous de bravoure et d’un peu de peps mais donnant malgré tout une course entretenue. Décasté le 1. Très épineux le 2. Décasté (?) le 3. Alimaña (?) le 4. Changé pour invalidité le 5. Noble le 6. 
Ensemble léger, bien fait et très armé (vers le haut et pointant vers l'extérieur, parfois trop).

A 17h30, Uceda Leal n'était pas dans son assiette et il faut bien dire que le premier toro de l'envoi non plus…
A 18h50, une alimaña de très très grande présence déboule en piste. Le cheval est longuement soulevé et se voit administrer un traitement de faveur adapté aux circonstances. Antoñares se fait attraper  après avoir posé la troisième paire de banderilles. Atmosphère tendue. Uceda châtie le toro comme il se doit, analyse froidement la situation et, à mon grand désagrément, décide en conscience d'aller prendre l'épée au bout de 30 secondes. Le raisonnement tenait parfaitement debout : ce toro était impressionnant, très dangereux, peut-être intoréable. Le torero assume la bronca, avec la tête haute et le regard franc de ceux qui se sont peut-être trompés mais qui n'ont pas menti. Dans le doute, j’ai applaudi le toro et le torero.

Il y a des fois où je ne sais pas d'où vient le problème : est-ce que c'est le toro qui refuse d'embister ou est-ce que c'est le torero qui n'est pas dans le bon sitio ? Dans le cas du troisième Adolfo, je me suis posée vraiment la question mais je crois au final que le problème venait autant du toro que de Serafin Marin. Dans le doute, j’ai sifflé le toro et le torero.
La lidia du catalan au dernier ? Un attentat au toreo primé d'une oreille qu'une nuée de mouchoirs négligents a exigé après que Serafin ait solennellement fait comprendre qu'il venait de résoudre un problème qui ne se serait jamais posé s'il n'avait été autant fuera de cacho. Il a quand même mis une belle épée, c’est vrai.
 
Aujourd'hui, une fois de plus, Diego Urdiales a trempé son pain dans le plat des grands.
Son premier adversaire est compliqué, il se défend dans le capote, montre de la faiblesse en même temps qu’une charge brusque. A la muleta, ça démarre à droite à 100 à l'heure. Puis, Diego construit sa faena, rigoureusement, sans jamais s'embarrasser des oripeaux de la tauromachie moderne, jusqu'à dominer parfaitement le combat et trouver le rythme secret du toro. Viennent ensuite deux séries de naturelles dominatrices, lentes et limpides, dont la beauté va me tourmenter pendant longtemps… Estoconazo comme dans les livres. Une oreille qui pèse trois tonnes.
Le sobrero du Puerto de San Lorenzo a peur de son ombre et fuit le combat, y compris dans sa querencia. Urdiales fait tout ce qu'il y a à faire avant d’essoriller la bête d’une entière dans le haut. Grosse ovation pour le petit homme si honnête.

Zanzibar 

vendredi 15 août 2014

Dax, 4ème corrida de la feria

6 Pedraza de Yeltes pour Antonio Ferrera, Diego Urdiales et Javier Castaño

Red Hair (cocktail préféré de Monsieur Ernest Hemingway)

  • 1 once de vodka poivre
  • 1/2 onces de jus de limette
  • 1 trait de grenadine

Sec et fort en "gusto", ce cocktail est une boisson "para la gente" qui savent apprécier le traître "beso" d'une belle rousse.

A part les 2 et 5, "los toros" roux-rouges envoyés de Yeltes avaient "la acidez" de la limette et "la fuerza" de la vodka. "Desgraciadamente", la vodka, même poivrée n'a que peu de "gusto" et il manqua "al encierro" et tout petit peu d'âpreté pour totalement contenter les rares "aficionados a los toros" qui s'étaient déplacés dans la "ciudad termala" ("esto cartel" étant le seul à ne pas faire "lleno" durant toute "la feria", quelques places étaient disponibles à "la taquilla").
Ceci dit, il y avait tout de même à "beber y a brindar" dans cette "corrida" qui nous a bien vite fait oublier les fades précédentes. Plus "violentos que bravos al caballo", les rouquins provoquèrent tout de même "dos batacazos". Ils eurent de plus "el merito" de ne jamais baisser de pied "a la muleta".

Ferrera s'est appliqué à son "primero", faisant penser qu'il était définitivement passé du côté "torero de la aficion" mais son naturel de novillero bravache et "pueblerino" revint à son second. Nous ne pûmes alors que le siffler gentiment, "la sonrisa" aux lèvres.

Urdiales gagne petit à petit "el corazon" de ceux qui n'ont jamais trop cru en lui. "Lidiador de frente" dès que possible et matador, il fit preuve de "dominio" et même "de entrega", malgré son visage taillé à la serpe et son sourire de "franquisto".

Castaño... même "su cuadrilla" n'y croit plus. Malgré "un sorteo" à la Deschamps, il ne fit rien des "dos toros de vuelta" à sa disposition. 2015 sera peut-être la bonne année pour lui, celle du repos y de "su despedida" ! "Enhorabuena".

Corrida qui ne sera pas "repetida" l'an prochain par l'assertion dacquoise qui promet de ne jamais programmer "las mejoras ganaderias" d'une année sur l'autre (Cuadri ou Dolores Aguirre "por exemplo", lors des férias précédentes). 

A noter : la feria devient longue pour notre alguazil préféré... chute au lancer de la clé... retour à pied au burladero à 2000 à l'heure... On a beau s'y attendre, ça surprend toujours.

El Nuevo

lundi 21 juillet 2014

Madeleine - Corrida de Victorino Martin



Temps couvert, arènes combles. 

Six toros de Victorino Martin pour la plazita de Mont de Marsan. Lot desigual de présentation et fuera de tipo. 2 toros de cinq ans, les plus intéressants.
8 piques et 5 rencontres, un brin de faiblesse et très peu de charge au cheval. Toros compliqués mais toréables. Le cinquième très noble. 

Diego Urdiales a écrasé cette course de Victorino Martin, tant par sa lidia que par sa tauromachie.
A son premier toro, Diego a su trouvé le sitio dès la première série et a donné la distance nécessaire à ce premier adversaire. Les deux séries de derechazos ainsi que 6 magnifiques naturelles ont bercé notre début de soirée. Croisé, de face, il a fixé son animal comme peu de toreros sont capables de le faire aujourd'hui.
Volontaire et courageux, Diego Urdiales porté par une main gauche fabuleuse nous a servi une faena extraordinaire. Que dire de la mise à mort où il s'est jeté dans les cornes du toro. Diego a été projeté au sol par l'animal, un instant de peur... mais no pasa nada... Son sang-froid et son audace lui ont permis de présenter sa première oreille de la soirée à la foule en délire.
A son deuxième toro, Diego n'a pas eu la tâche facile, le toro chercha l'homme du début à la fin. Le torero de la Rioja domina l'animal grâce à une superbe lidia. Son répertoire varié et son envie lui permirent de couper la deuxième oreille.
Une Grande Porte, méritée tant pour son début de temporada que par cette soirée au Plumaçon
où son professionnalisme et sa caste de torero ont conquis l'aficion montoise.
 

Difficile d'évoquer les deux diestros, Manuel Escribano et Alberto Aguilar qui partageaient le cartel à ses côtés, tant par les fautes répétées du premier que par l’"absence" du second. 

Manuel Escribano est sans aucun doute passé à côté du toro de la soirée, no hay quinto malo,
un toro avec des embestidas énormes à la fois à droite mais aussi à gauche. Le toro rêvé de Victorino Martin. Dommage, le sabotage des piques ne nous a pas permis de voir si bravoure il y avait.
Manuel à toréé le public montois comme il sait bien le faire, profilé et fuera de sitio, il est certainement passé à côté d'un grand toro et il ne s'en est même pas rendu compte.
 

Alberto Aguilar est quant à lui "perdu", les semaines se suivent et se ressemblent. Alberto veut bien faire, mais il n'a plus les armes pour lutter. Valeureux, beaucoup d'envie mais jamais torero, toujours au pico de la muleta, ennuyeux. A sa décharge les deux Victorino Martin lui ont laissé peu de terrain.

Cyrille

mercredi 16 juillet 2014

Monerias Rhapsody


"Ils ne valent rien ces chevaux pour le moonwalk !" Il faut convenir que Bernard n'avait pas tort en invectivant les piqueros de la sorte. On peut même soutenir que la cuadra de Navarro n'a pas été très mobile en ce jour à Céret. Sauf lors de la première rencontre avec Monerias, sorti en troisième position, et qui a poussé avec entrain. Allez comprendre ! 

De la course inaugurale d'Adolfo, on ne retiendra donc pas les premiers tiers mais la très belle présentation du lot et la remarquable chance de Camille Juan au sorteo. 

Submergé par les belles charges franches du fameux Monerias, le français tente sportivement de rester la tête hors de l'eau et le toro fait, à sa manière impétueuse, ce qu'il peut pour l'aider sur le côté droit. A gauche en revanche, il lui enlève l'échelle et tout menace de se casser la gueule. Camille est assez futé pour aller rapidement prendre l’épée. 1/2 contraire avec les trastos éparpillés façon puzzle. Salut après avis. Arrastre très applaudi.
Le 6ème, Madrileño, sort en trombe et se casse une corne au burladero. Le 6 bis est plus violent que brave au cheval et platement noble à la muleta, j’ai eu du mal à m’y intéresser pour tout dire… En dehors du fait qu’il a également été applaudi à l’arrastre, il avait toutefois un autre point commun avec Monerias, c’est celui d’avoir traité son matador avec une humanité confondante. 1/2 verticale au 5ème essai. Silence après avis. 

Urdiales, je l’ai à la bonne. A part ses épées médiocrement respectueuses des canons, il n'est pas critiquable du tout face au premier, faible et pas franc du collier. Silence après un avis. Rien à dire de l'insipide 4ème toréé proprement et bruyamment de la gauche. Silence après un avis. 

Le second toro sorti n'a à peu près que des défauts et le travail de Robleño est de bien peu d'allure. Silence. Le 5ème, brindé au ciel, noble et fade permet à Angel Otero de saluer et à Fernando de couper une oreille riquiqui après une faena orpheline de toute émotion mais conclue par une belle épée. 

La course avait commencé par un non-hommage à Jean-Louis Fourquet. Elle se termine avec l’annonce d’un non-prix au meilleur piquero… 

Zanzibar

Madrileño