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vendredi 14 août 2015

100.5

Alignement - © Cyril Alméras - www.cyrilalmeras.com

Sur la D824, un 13 août, 12h05, premières démangeaisons. J’avais déjà des acouphènes en ouvrant la portière. L'erreur fut d'allumer l'auto-radio et d'entendre P.A.B. dire que le lot de Domingo Hernandez est très bien présenté dans la catégorie "medio toro". Un chewing-gum et je m'étouffais.

Quelques kilomètres plus loin, les premières crampes, Lescarret fait assaut de superlatifs, tout est extraordinaire. Je ne comprendrai jamais l'utilité de ce marketing des années Casas, consistant à bourrer les commentaires d'emphase et de merveilleux.

Je passe le rond-point de Tartas et j'ai peur de constater des  rougeurs sur le nez en regardant dans le rétro mais voilà l'apoderado de Leal qui s'y met... J'ai une irritation localisée mais du temps de Pierre Albaladejo les pieds me gonflaient.

12h28 le président de la commission taurine lâche que lors des négociations il a trouvé bien pire que le Juli, ça ne m'apaise pourtant pas. Voici quelques années, P.A.B. déclarait à l'antenne : "El Juli pratique une tauromachie éjaculatoire..."  Il est comme ça P.A.B. à l'antenne, le spectacle c'est lui. N'attendez pas du journalisme ou de l'information. Il se met en scène, interpelle, se gausse, flagorne l'autorité, fustige des adversaires imaginaires, la présidence, les gradins supérieurs soleil, c'est Cyrano sans panache et sans contradicteur. Devant leur poste radio ceux qui ne le connaissent pas le croient... peut-être encore. Au moins, Arnouil se taisait, lui.

12h30, c'est fini, je traverse Pontonx, les muscles se relâchent, la tension tombe, le rythme cardiaque diminue, je re-déglutis, l'émission est terminée.  Je m'en sors encore cette fois-ci, mais la prochaine fois ?

El Ubano

Appel à témoin :
La rédaction d'Algo cherche un chroniqueur susceptible de couvrir la Goyesque de Bayonne le 15 août, avec sept toros et un ténor. C'est important.

vendredi 12 septembre 2014

Empresa Ordoñez


Photo © "Tehel"

 
C'était plein à Ronda samedi dernier pour la Goyesca. 
A l'ombre, les messieurs en blazer de lin se congratulaient et les dames affichaient toilettes distinguées et sourires carnassiers.
Et pour le cas où l'on ne saurait pas, sur un petit mouchoir satiné distribué larga manu à l'entrée des tendidos  figurait, outre le programme : Con este panuelo pida la oreja.
Une supplique ? Un ordre ? Une indication pour les touristes ? (dans ce cas, il aurait fallu l'écrire en anglais).

De fait, les oreilles tombèrent comme à Gravelotte pour des prestations affligeantes : des toros de Zalduendo d'une faiblesse sans nom, bouche ouverte dès le deuxième tiers après des micro-piques même pas "ouvre-boitées". En faena, ils ne chargeaient plus mais progressaient par petits bonds sous une avalanche de toques, version taurine du dead cat bounce !
Ironiquement, c'est celui qui fut le moins récompensé (Perera) qui fut à l'origine du seul moment d'un petit peu d'émotion : à la fin de son premier, une série de manoletinas espacées et très exposées, laissant longuement le toro respirer, imposant une rupture de rythme judicieuse, créant attente et tension, puis déclenchant la charge d'un seul mouvement de tête, con aguante. Le tout rehaussé d'un chorus de trompette pianissimo que le maestro (celui de la musique) réglait suivant les passes. Du bel effet, mais ce fut tout pour l'après-midi.

Et avec un touchant ensemble, à chaque toro, les blazers de lin et les sourires carnassiers agitaient leurs petits mouchoirs satinés, systématiquement et frénétiquement. Un peu comme autrefois à Barcelone quand un bon tiers des gradins était occupé par des touristes japonais qui pensaient qu'agiter le mouchoir faisait partie d'un rite obligé à la charge du spectateur. Ils sont disciplinés les japonais, alors ils agitaient, ils agitaient... Et aujourd'hui, ils ne peuvent plus.

A Ronda, ça n'est pas par discipline qu'ils se fatiguent les poignets, mais par une espèce d'auto-persuasion enivrée que tout chez eux est fantastique ; une plaza historique, une goyesca à sa 58ème édition, des figuras... Tout est merveilleux.

L'autre coup de force fut de fournir dès le dimanche (toujours aussi généreusement, à l'entrée des tendidos) une revue sur papier glacé d'une dizaine de pages avec photos et commentaires (dithyrambiques) de la course de la veille... et bien sûr un autre pañuelo. Les rotatives ont dû tourner toute la nuit. Ils font les choses bien à Ronda. 

Tehel

samedi 22 mars 2014

Fallas - The ultimate

On ne peut pas dire qu’on n’était pas prévenu. Ça avait été très officiellement  annoncé : la dernière corrida des Fallas était une corrida « monstre ». Et la palme du plus monstrueux revient de droit (malgré une concurrence relativement farouche) à Ganador, chèque en bois n° 97 de Garcigrande, handicapé moteur et déficient de la caste, lidié par le Juli en septième position. 

Finito et les Pétroleurs font le paseo

Auparavant, le Scélérat avait désoreillé son premier adversaire, manso vaguement picotazé, suite à une faena giratoire de son cru (puissante, mécanique, sans âme) et une épée pas comme dans les livres (bien que moins pire que la veille). C’est vraiment dommage que je ne l’aime pas sinon, j’aurais à coup sûr passé un excellent moment. 

Morante n’a été ni bon ni mauvais. C’est juste qu’il n’a pas eu d’opposants à affronter. Rien à lidier. Rien à toréer. Le premier est faible et sans charge. Tous les messieurs poussent des cris de sanglier en rut (je veux dire que c’est rauque et plein d’amour) dès que le Nabab attrape son capote. C’est beau à entendre mais assez risible.  Beaucoup plus justifié en revanche lors de la riposte au quite du Juli à son deuxième toro qui traine la patte autant que la langue. C’est balot car Morante est plutôt bien intentionné.

Ganador, n°97 de Garcigrande

Il faut savoir revendiquer ses héros. Le mien aujourd’hui, c’est Finito. Timide et irrésolu face au premier manso perdido qui marche en crabe, l’Outsider finit par envoyer après le deuxième avis une épée a media vuelta qui, pour la coup, parait totalement justifiée. Si certains toreros m’inspirent une aversion déraisonnable, il faut reconnaitre que j’ai en faveur de Finito de Cordoba le même énergique préjugé qui me le fait aimer avant même de l’avoir vu. Je ne sais pas d’où ça vient étant donné que je n’ai que fort peu (et jamais en bien) entendu parler de ce monsieur. Ceci dit, et évidemment en toute objectivité, face à son second adversaire (qui avait un peu gigoté dans le peto et s’avéra assez faible), il a été parfait. Parfait avec beaucoup de pico, parfait avec une distance parfois impertinente, mais parfait quand même. Sachant s’adapter au toro et sans sacrifier à la mode circulaire, Finito a proposé un truc différent. Tout s’est bien goupillé, le toro savait embister, le torero savait toréer, et ni l’un ni l’autre n’a cherché à compliquer les choses. Une vraie oreille, bien méritée. 

Le piquero de Manzanares s’empresse de donner un furieux coup de main à son patron pour détruire Le-The-Toro des 4 dernières courses de la feria. Taponcito n’en a cure, il pousse jusqu’au batacazo et y retourne avec autant de moral (mais moins de moyens, forcément). A partir de là et jusqu’au 8ème toro, le Traître (qui ne mérite pas d’avoir Curro Javier dans sa cuadrilla) nous chante sa petite chanson. C’est profond comme une œuvre de jeunesse de Vincent Delerm. Les Fallas 2014 se terminent sur une rime pauvre et un accord mineur.

NB : faut pas croire ce que disent les journaux, le costume de Morante était très beau.

Zanzibar

mercredi 19 mars 2014

Fallas - Part 3


La estocada (Benlliure)

Six Victoriano del Rio à moitié moches (je veux dire 3 sur 6), solides dans l'ensemble (5 sur 6), avec du tempérament (4 sur 6) et parfois braves même si le seul batacazo n'a pas été fracassant (3 sur 6) qui ne m'ont pas paru recevoir les lidias appropriées (6 sur 6).

Compte tenu des circonstances, il serait  sûrement inconvenant de dire ce que j'ai vraiment pensé de l'unique faena de Ponce. Du coup, pour faire bref et ne pas manquer d'égards envers un homme qui n'a pas pu sortir de l'infirmerie, je dirais que le vieux renard a montré des attitudes parfaites pour finir au Musée Grévin mais pas du tout adaptées pour illustrer un quelconque traité de tauromachie.

Le Juli, je ne l'aime pas. Quand je le vois se désarticuler et qu'il réussit à faire embister son toro, j'ai l'impression qu'il torée une caisse enregistreuse. Sans compter qu'il a le charisme d'une endive et qu'il tue un peu plus la tauromachie à chaque fois qu'il met un coup d'épée.

Jesus Duque... Hier, il prenait l'alternative. Quand, par mégarde il a donné un peu de distance à son premier adversaire, il a paru surpris que le toro démarre au quart de tour. Bien sûr, pas un de ses peones n'a pensé à lui faire la remarque et le gamin s'est entêté à étouffer la bête tout en maudissant le mauvais sort. Au cinquième, d'une infinie noblesse et qui paraissait avoir une durée de vie supérieure à celle de l'uranium, ces mêmes peones ont eu la cruauté de cautionner le petit cinéma qui a consisté à aller changer trois fois d'épée en espérant que le palco cède à la demande d'indulto.

Cette fois-ci ça n'a pas marché mais je pense qu'on s'est bien échauffé pour ce soir...

Zanzibar

mercredi 8 janvier 2014

Evolution des Toreros

CÔTÉ CAMPO   

Novillo de Ordóñez Araujo, Herederos de D. Antonio
  Origine Atanasio Fernandez / Conde de la Corte
Ganaderia fondée par Antonio Ordoñez en 1962
© Photo Josue Moreno Perez


Novillo de Yerbabuena 
Origine García Pedrajas / Juan Pedro Domecq
Ganaderia fondée par Ortega Cano en 1995
© Photo Toros y Mas


Novillos de El Freixo
Origine Jandilla / Salvador Domecq
Ganaderia fondée par Julián López “El Juli” en 2003 
© Photo Radio Petit Doigt


CÔTÉ CANTO

 
Manuel Jiménez Centeno - Né à séville en 1885
Cantaor y Matador de novillos
© Vidéo Antonio Manuel Molina Escobar


Paco Peña -Né à Ecija en 1969
Cantaor y Banderillero
© Vidéo Ladrogueriamusic 



Alejandro Talavante - Né en 1987 à Badajoz
Cantaor, si el toro lo permite 
© Vidéo Actualidad en un Tuit 

mercredi 13 novembre 2013

80 pesos

Dimanche 10 novembre 2013. 
Monumental Plaza de toros México. 

31 mètres au-dessus du ruedo. Déclivité de 76°.
Les delanteras des générales sont conçues pour des fakirs. Je monte un peu.
35 mètres au-dessus du ruedo.
Curieusement, on a moins le vertige ici que dans les tendidos.
Il est 15h30 et déjà les peñas s'interpellent, Lucio vend sa première bière, et les longs courriers commencent à nous frôler. Dans les gradins, si j’en crois la quantité de nourriture qui transite, les 35000 présents doivent s’attendre à être assiégés et à ne pas pouvoir sortir du chaudron avant une bonne semaine. En se restreignant un peu, on devrait pouvoir tenir 10 jours.

Une heure plus tard, quatre microscopiques bonhommes prennent la tête du paseo. Ce sont Emiliano Gamero, El Juli, Joselito Adame et El Payo. Les 3 derniers, sauf à l'ordre d'ancienneté, on ne peut pas les reconnaitre. Le premier triche : il est monté sur un cheval.
Les toros (je suis en mesure d’affirmer qu’ils avaient 4 pattes chacun, mais je ne peux toutefois pas m’avancer en ce qui concerne la présence de cornes) sont de Fernando de la Mora (Santa Coloma).

El Juli ferait charger un tabouret, alors il fait charger son premier opposant dont il se tient certes un peu plus près que moi, mais pas tant que ça. A son second, il parait hébété, perdu, absolument sans envie. Epées scandaleuses à chaque fois. Mauvais lot. Mauvaise journée. Salut au tiers et silence.

Pour Joselito Adame, ce qui s’est passé est bien plus fâcheux. Avec ses deux adversaires très nobles, le torero est tombé de Charybde en Scylla finissant par faire passer son second à droite en le tenant par une banderille. Deux faenas vides de toute toreria et maculées d’une vulgarité crasse qui, 4 oreilles et deux arrastres lents plus tard, deviennent d’anthologie.
A Madrid, j’ai hâtivement pensé que Adame en avait plus dans la taleguilla que sous la montera mais, si le jeune homme a malgré tout deux sous de bon sens, il devrait rapidement arrêter de se jouer la vie avec vaillance pour aller cueillir les fruits du succès accrochés aux branches d'en bas, ceux qui assurent les sorties a hombros en forme d'éloge à la défaite de l'homme face à la bête.

El Payo a été injustement privé de la deuxième oreille de son premier adversaire (merci de ne jamais sortir cette phrase de son contexte) dans la mesure où il a sorti les plus belles séries au toro le plus complet de l’après-midi. Le dernier bicho ne valait rien. En revanche, le blondinet s’est entendu comme cul et chemise avec le toro de regalo (lui montrant plus souvent le premier que la deuxième). Et le palco de sortir deux nouvelles oreilles en se levant (ce qui est signe d'arrastre lent).

Ici, on n’a pas l’hypocrisie de dire que le salut de la tauromachie réside dans l’aficion française. Que les toros soient piqués, que les toreros se mettent de face, que le palco soit clairvoyant, tout ça importe peu. Ou plutôt si, ça importe. Car quand ça arrive, ça gronde. Et quand la plaza quasiment pleine se met à gronder...
La plupart des aficionados mexicains que j’ai rencontrés n'ont ni l’envie, ni le besoin d’avoir peur. Dans l’ensemble, ils ne sont pas aficionados a los toros. Ils sont aficionados à ce groupe d’appartenance un peu subversif (qui ne le restera que tant que l’épée sera admise dans le ruedo), bien habillé, très attachant, et toujours convivial, qui n'est pas sensible à l'orthodoxie de la lidia mais à la générosité du moment partagé et à la présence de la mort potentielle.

L’entrée m’avait coûté 80 pesos. Moins de 12 pesos par oreille.
Bonne tarde pour Lucio.

Zanzibar