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samedi 20 décembre 2014

G5 : la Pagès est tournée

Peur sur la Ville

Communiqué de l'empresa Pagès :

" Suite aux évènements survenus lors de la dernière temporada, qui empêchèrent la participation de cinq figures du toreo dans les arènes de Séville, l'entreprise Pagès veut demander des excuses à tous ceux qui se sont sentis offensés par nos déclarations.
Nous sommes convaincus que la "Féria de Sévilla" a besoin de la participation des principales figures comme cela en a été la tradition dans cette arène qui pour nous est la première du monde. L'aficion et la ville de Séville méritent que nous tournions la page et qu'avec bonne volonté et concertation nous soyons capables de leur offrir le meilleur."

C'est la fin d'une longue angoisse, on va pouvoir reprendre l’abonnement, réserver les billets d'avion, et récupérer la chambre verte chez Madame Dominguez .

El Ubano

samedi 15 novembre 2014

Les tuiles de Canelo


Il n'y a pas de Peña Miguel Canelo. Il est le grand oublié des apéros-tapas et des tertulias, Miguel.
Lui et ses copains du boulot avaient un goût prononcé pour l'esquive et la feinte aux abattoirs de San Bernardo.
Au début c'était pour s'amuser. Et puis on se prend au jeu..."quite" à recevoir une secouée on essaie de faire un peu plus que le collègue, on s'enflamme, pour peu qu'une cigarière passe par là...

Pour ne rien arranger, la cigarière a rameuté deux copines et une jeune veuve pleine de promesses, et tout ce petit monde a grimpé sur le toit de tuiles. Au début, ils étaient dix mais maintenant, ils sont cent cinquante et d'ailleurs ça tousse au conseil municipal qui a dû prévoir comme chaque année une rallonge au budget pour remplacer les tuiles « pétées » par les admirateurs de Canelo et autres furieux de son espèce. Canelo nie.

Il n'y a pas de distraction populaire possible dans ce faubourg de Séville, à part le flamenco et les règlements de compte. Les Francisco Brunete, Jose Huebo, ou les frères Conde font un tabac, surtout auprès des cigarières, au point de démissionner et de ne plus se consacrer qu'à leur lucrative passion.

Les spectateurs rappliquant des quartiers chics, l'affaire a pris un tour inattendu, ainsi notre Miguel Canelo entre dans l'histoire en recevant la première rémunération connue de torero : 2100 réaux pour l'année en 1733, d’après les archives municipales.
Il en gagnait mille environ en tant qu'employé. Madame Canelo a vu tout de suite qu'elle pourrait changer plus souvent son éventail et l'huile de la friteuse.

Déjà en 1601, l'article 18 du règlement de l'abattoir prévoyait «  Que l'on exerce garde et vigilance du toril », on essayait alors en vain de sauver quelques tuiles, les premières cassées avaient été signalées en 1546.

El Ubano

Merci à Antonio Garcia Barquero et Bartolomé Bennassar, historiens.

dimanche 4 mai 2014

Juncal

José Álvarez "Juncal" et Vicente Ruiz "Búfalo"

 

 © Biblioteca Miguel de Cervantes 


La longue cicatrice qui creuse sa joue gauche, il la doit à Alcucillo, un toro noir de don Manuel Arranz, sorti à Salamanca en septembre 1944. Celle qu’il a sur le nez, c’est un mauvais souvenir d’un Concha y Sierra lidié à Zaragoza en octobre 49.

Après la terrible cornada que Lobero (encore un Concha y Sierra) lui a infligée, personne ne pensait plus le revoir faire un jour le paseo. Pourtant, il s’est représenté peu après à Algeciras. Ce fut sa dernière course. Un triomphe. Tout le monde croyait qu’il aguantait. En fait, il ne pouvait plus bouger... Sa prothèse l’avait lâché.

Avant d’avoir été le grand Juncal fauché en pleine gloire, José Álvarez a commencé en toréant dans des  villages comme Poto, Barba, Guinda, Macao ou Guasa. C’est là qu’il a rencontré Andrés Vásquez. Dans ces capeas dures, entre public impitoyable, toros de 12 ans, vaches déjà toréées, et compagnons d'infortune, il a fait ses premières armes. Il raconte que le pire, c’est que les vieux les obligeaient à boire, pour le plaisir de les voir tituber devant les bêtes. C’est comme ça qu’il a vu mourir Angel Guasa Vela, maletilla, « mort soûl et effrayé ».

Après avoir été le grand Juncal fauché en pleine gloire, il est devenu le vieux Juncal fauché tout court. Maestro fracassé, boiteux, toujours bien mis, coureur de jupons, sans cesse à court d’argent, trimballant dans les rues de Séville sa valise contenant son Cossío, sa gouaille, son orgueil déplacé, sa dignité un peu ridicule, ses mensonges éhontés, sa désinvolture arrogante, son culot, sa mauvaise foi, son humour, et sa joie de vivre. Juncal, qui « n’a jamais reculé ni devant un Miura ni devant une femme », qui cite Bombita et Lagartijo, qui prend la mouche quand on le compare à un artiste de cinéma, qui évoque avec nostalgie les Pinto Barreiros et les Coquillas, qui oblige les touristes japonais à se découvrir au nom de Juan Belmonte et qui estime en toute insolence que les pauvres manquent de philosophie, Juncal dis-je, se révèle être un homme profondément bon, attachant, et même honnête à sa manière. Une vraie canaille terriblement sentimentale.

Comme torero, je ne l'ai pas connu mais je l’imagine un peu comme L.F. Espla. Aimant les toros infiniment, très instruit de toutes les composantes de la chose taurine, capable d’une grande loyauté, d’avancer la jambe et de se jeter droit mais se laissant bien souvent aller aux plus grandes impostures qui soient. Avec le sourire, évidemment.

En fait, il parait bien étrange qu'un torero de Séville si séduisant n'ait pas sa statue autour de la Maestranza…

Zanzibar