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vendredi 10 juillet 2015

Pamplon'Express 84

Joselito parade. Il pétille, fait des blagues, signe des autographes. On dirait un ganadero qui viendrait de faire lidier un lot de 6 beaux toros braves et encastés. Il porte le provocant sourire de l'homme satisfait à qui tout réussit. Ni lui ni sa cour d'admirateurs ne paraissent autrement affectés par ce qui vient de se dérouler sous nos yeux...

Nous autres, on fait des blagues aussi mais on ne pétille pas trop, non. Disons que nous sommes moins euphoriques que Joselito. En fait, on est même carrément accablés. Et corrélativement inquiets pour les ganaderias de El Tajo et de La Reina.

Il faut dire que, pendant les deux heures écoulées, les 6 tristes toros des élevages susnommés n'ont cessé de nous susurrer : "Nous sommes les débris de ce que vous eussiez jadis regardé avec plaisir".

S'ils avaient eu une once de personnalité un tant soit peu affirmée, on aurait pu dire que certains étaient mansos. Mais là non, ils étaient juste faibles, creux, vides, totalement décastés. Seul le cinquième a montré un peu (très peu) de tempérament, faisant illusion sous une première pique carrioquée avant de poursuivre aux banderilles messieurs Adalid et Mellinas qui ont salué, et d'afficher pour la muleta une sorte d'admiration canine qui, je suppose, doit pouvoir s'apparenter à de la noblesse.

Pas du tout le genre de toros qui convient à Diego Urdiales (qui nous a quand même offert quelques beaux gestes isolés).

Pas du tout le genre de toros qui convient à Morenito de Aranda (qui était de surcroit diminué par une douloureuse blessure au niveau du genou).

Pas du tout le genre de toros qui convient à Saul Jimenez Fortes (qui s'est obstiné avec beaucoup d'envie mais peu de discernement).

Pas du tout le genre de toros qui devrait convenir et faire parader les ganaderos.

Pas du tout le genre de toros qui fait aimer les toros...

Zanzibar

mercredi 7 mai 2014

Rabal après Juncal


Juncal a fait son tout premier paseo sur TVE, en 1984. Cinq ans plus tard, son père, le réalisateur Jaime de Armiñán, lui en fera faire quelques autres, toujours sur TVE. C’est comme ça qu’à partir de février 89, les espagnols découvrent les sept épisodes d’une série taurine au casting impressionnant : Paco Rabal, Rafael Álvarez "El Brujo", Fernando Fernán Gómez, Carmen de la Maza, Lola Flores, Luis Miguel Calvo (qui joue le rôle du fils du vieux matador et a parfois été annoncé dans les ruedos sous le nom de Juncal après la série), et tout un tas d'autres grands noms du cinéma espagnol.

José Miguel Arroyo ‘Joselito’ dira de Juncal : « Pour moi, ça a été une grande découverte. Dans Juncal, j’ai retrouvé tout ce que vivait et ressentait un torero, car nous sommes comme ça : passionnés, polissons, artistes… Ici, tout est dit. Nous les toreros vivons par et pour le toreo, c’est pourquoi nous sommes mauvais gestionnaires, mauvais époux… Nous ne savons rien faire d’autre que toréer. J’ai pleuré en regardant Juncal ».

Mais point n’est besoin d’être torero pour apprécier Juncal. Dernièrement, un ami joueur de pelote et d'hamonium à ses heures perdues m’écrivait : « Le soir nous sommes engloutis par les aventures de notre désormais voisin, parent et ami andalou ‘Juncal’ que nous considérions d'un œil goguenard au chapitre 1 mais qui nous a envoûté dès le chapitre 2 ».

Point n’est même besoin d’aimer beaucoup la corrida pour tomber sous le charme de la série (il suffit de ne pas y être hostile car elle y est bien présente et on n’y occulte pas particulièrement les tercios de varas). La puissance du sortilège tient incontestablement à la galerie de personnages savoureux au premier rang desquels on trouve José Álvarez ‘Juncal’, symbole intemporel de la picaresque espagnole littéralement et magistralement incarné par Don Francisco Rabal. 

Au sujet de cet osmose entre le personnage et son acteur, Fernando Fernán Gómez (merveilleux Padre Camprecios dans la série) aura cette réflexion : « On ne sait pas si le personnage imaginé par Jaime de Armiñán sort de la vie courante, quotidienne, ou s’il existe ou s’il a existé, si De Armiñán le connait ou l’a connu, ou s’il en a entendu parler, comment il put être différent de ce que nous avons vu dans la série du torero à la retraite ; comment l’authentique Juncal peut avoir l’expression du visage, les gestes, le regard, la voix qui ne soient ceux de Rabal. Il ne me vient pas à l’esprit de cas où l’adéquation est si forte entre comédien et personnage comme ce Francisco Juncal. »

Jaime de Armiñán raconte que Rabal est tellement devenu Juncal que lorsque l’acteur se rendait à Las Ventas, les banderilleros le saluaient d’un très professionnel « Buenos días, Maestro ». Pas parce qu'il était une figura du 7ème art, non. Parce qu'il avait été un grand torero, fauché en pleine gloire, et dont aujourd'hui encore les réparties résonnent dans les rues de Madrid et des pueblos andalous (pour se régaler, y'a qu'à cliquer !).

Juncal n’a jamais existé.
Mais Juncal, c’est Rabal.
Or Rabal a existé.
Donc Juncal a existé.
C'est l'évidence.

Zanzibar