lundi 14 octobre 2013

L'autre pays de la corne

Juan Luis Silis - Source Facebook

Dans 10 jours, je pars pour le Mexique.

Ce pays où les enfants courent pieds nus vers leurs 15 ans,
 

Ce pays où l'on défie joyeusement la mort et où l'on fait la fête avec sérieux,

Ce pays où beaucoup ont très peu et où très peu ont beaucoup,

Ce pays syncrétique où l'on mange son pan de muerte en buvant du coca-cola,

Ce pays de volcans, de terre qui tremble, de déserts, de lumières et de poussière,

Ce pays qui attire autant qu'il effraie,

Ce pays de Frida, de Diego, de Taibo el segundo,

Ce pays de toros,

Ce pays de toreros...



Zanzibar

samedi 12 octobre 2013

Silvia Perez Cruz

Elle a un faux air de Frida Khalo, en moins tourmenté.

Dans le Blancanieves de Pablo Berger, c'est sa voix qui cristallise la tragique scène de fête de communion de Carmencita. C'est elle aussi qu'on entend sur la scène finale.

Elle vient de Palafrugell, haut lieu de la habanera (c'est le chant des marins qui faisaient l'aller-retour entre l'Europe et les Caraïbes) que Castor, son père, chantait avant elle dans les tavernes. 

Elle, c'est Silvia Perez Cruz. Elle aime la chanson populaire, ses parents et ses musiciens. Elle respire le fado et le flamenco (vis à vis desquels son petit ensemble se permet quelques délicieuses "modernités").

Hier soir, Silvia Perez Cruz était au Mans et, depuis que je suis sortie de la salle, deux questions me taraudent :
- Comment peut-on se faire entendre aussi distinctement et puissamment rien qu'en murmurant, en susurrant ?
- Comment les quatre musiciens qui l'accompagnent sur scène font-ils pour avoir l'air de s'entendre aussi bien alors qu'ils sont manifestement tous plus amoureux d'elle les uns que les autres ?

Le 1er août 2013, elle était au festival Les Suds à Arles. 

Si vous allez la voir, réclamez-lui Gallo Rojo, Gallo Negro. Frissons garantis.

Zanzibar

mercredi 9 octobre 2013

De l’inconvénient d’aimer les toros


Aller aux toros, on le sait, c’est prendre le risque d’étouffer sous une chape d’ennui pendant quelques 120 minutes au moment où les autres, les bienheureux autres, profitent de l’entrée gratuite au Prado, s’offrent une glace chocolat-pistache en déambulant dans les rues encore chaudes de la ville, ou bien même patientent anxieusement chez le dentiste avec la consolation de savoir qu’ils se sentiront mieux après.

Assister à la course des 6 inutiles et vaguement nobles toros du Puerto de San Lorenzo & Co sortis samedi à Madrid relevait du sacerdoce. Il m’a même traversé l’esprit que la privation de sommeil et le jeûne devaient être des pratiques de pénitence moins pénibles (mais force est d’avouer que j’ai radicalement changé d’avis sur ce dernier point aux alentours de 22 ou 23 heures). 

Comme de juste, les 12 piques prises de salon évoquèrent peu (ou plus précisément pas du tout) la bravoure dont il est question dans les livres d’initiation à la corrida (même les plus récents).

Avec une telle opposition, les efforts très très très peu convaincants d’Alberto Aguilar n’ont sans contredit pas permis de libérer le moindre atome, que dis-je, le moindre proton d’émotion.  

Joselito Adame a montré moins de bagage technique que les novilleros de la veille. Il se jette à corps perdu dans une espèce de faena-ninja, passant plus de temps en l’air, derrière et sous le toro qu’en face. Il a été mauvais, mais ceux qui ont un cœur (et un péroné) ont applaudi l’épée portée dents serrées, tête sonnée et jambe chancelante. Le mexicain ne ressortira pas de l’infirmerie.

Après nous avoir fait l’honneur équivoque de nous brinder son second « adversaire », Jimenez Fortes a réussi l’exploit de nous faire tomber dans une torpeur encore plus profonde que celle qui nous a engloutis lors de sa première faena. 

L’inconvénient d’aimer les toros, c’est que ça nous oblige parfois à entretenir un rapport étrange avec le temps qui passe. Cette corrida,  je vous le jure, aura bien duré 6 heures...

Zanzibar

mardi 8 octobre 2013

Corrida vs. Novillada



Un vieil adage plein de sagesse préconise de s’abstenir en cas de doute.

Je devrais donc éviter de m’étendre sur la course des 6 brêles 6 d’Adolfo Martin présentées ce dimanche à Madrid, car je n’ai rien vu dans cette corrida qui soit mémorable (sauf la coleta très dignement coupée de Roberto Bermejo, de la cuadrilla de Ferrera). Or, après lecture de la presse taurine, il semble que je sois passée à côté d’un grand Ferrera, d’une grande cuadrilla et peut-être même d’un grand toro.

Fins (sauf le 3ème, franchement anorexique) et musculeux, bien armés, ramolos de la caste et ennuyeux à souhait, les toros ont avant tout été mauvais. Quand je dis "les toros", je veux dire "les 6".

Je reconnais à Ferrera d’avoir su abandonner le mainstream tauromachique au profit d’un toreo mutant, fait de figures vaillantes parfois, inutiles souvent. Mais quand il s’agit du primer d’une oreille (qui plus est madrilène) un torero qui s'est surtout attaché à rattraper opportunément ses multiples bourdes et qui vient de "péguer" fièrement quelques passes à un toro qui a une épée dans le corps au seul motif que ledit torero a été volontaire, alors là, non. Faut voir à quand même pas trop déconner !

Castaño, sa muleta insuffisante et les lauriers de sa cuadrilla étaient aussi au cartel. Pour le grand frisson, c’est pas assez. Pour le grand frisson, il faut au moins une grande paire de banderilles. 

Quant à Fandiño, je l'aime bien. Mais l'amour ça s'en va...

En toute franchise, pour moi, le vrai bon moment de ce dimanche fut la course matinale qui proposait 6 formidables erales de Monte la Ermita. Mobiles et d'une noblesse piquante, ils avaient tous une histoire à raconter.

Le premier : une teigne ! Malin des yeux et de la corne, retors et dangereux, il a été prompt à acquérir les vices que Angel Sanchez lui a généreusement et rapidement enseignés (aidé en celà par Manuel Gutierrez au quite).
Le quatrième a été sonné par une vuelta de campana et est allé a menos après que le même Sanchez se soit astreint à le toréer à l'envers de ce qu'il réclamait.

Les deuxième, cinquième et cinquième bis échurent à Manuel Gutierrez. Stakhanoviste de la porta gayola, le gamin met beaucoup de bonne volonté et soigne (à la mesure de son maigre bagage) chacune de ses réceptions bien qu'il se fasse littéralement labourer à chaque fois.
Une fois sortie la muleta, la violence de son désir de bien faire s'atténue  considérablement...
Il est le seul à avoir banderillé.

Adrian Henche a pécho le haut du panier au sorteo. Ca aide. Mais même sans ça, il parait plus mûr que les autres, plus posé, et plus dégourdi aussi.
Au troisième, il est intéressant. Il a du style, un capote qui pèse, une muleta agile, et de bonnes intentions. Mort brouillonne mais pas malhonnête.
Au sixième, excellent bien qu'un tantinet faiblichon, Henche succombe aux regrettables facilités réclamées avec ferveur par le public. Résultat, c'est l'eral qui gagne la bataille... et qui perd son oreille. Et c'est Henche qui gagne la finale du certamen "Camino hacia Las Ventas". Pour les mauvaises raisons.

Zanzibar

lundi 7 octobre 2013

Toreo d'Automne


Les fées sont parfois espiègles.

Les fées, elles étaient censées se pencher sur le berceau de Ritter ; ça aurait été la moindre des choses. Un coup de baguette pour l'encourager, même un tout petit, juste pour avoir eu la trempe de venir prendre l'alternative à Madrid. Mais non. Que dalle. Bien encombré par sa peur, cherchant vainement le sitio par-ci, se faisant chiffonner la muleta par-là, aussi élégant que Nassau remettant les clefs de Breda à Spinola, on n'a même pas peur de le revoir à l'affiche d'une prochaine course tant la chose semble improbable.

Les fées, elles étaient censées avoir Fandiño à la bonne et continuer à le choyer, à lui prodiguer les dons les plus précieux. Mais les fées sont femmes, donc inconstantes. Ou alors c'est que Fandiño commence déjà à renoncer. Bref. Ce qu'il aura fait de plus notable en ce jour n'est pas la lidia qui lui valut l'oreille de son premier adversaire mais d'avoir défié le Cid dans un concours de quites luxueux. Pour le reste, ce fut du palpitant à faible enjeu.

Les fées, elles étaient censées se moquer du Cid et de sa main gauche pour qui elles n'ont plus aucun égard depuis belle lurette. C'est d'ailleurs ce qu'elles nous ont parfaitement laissé croire à son premier toro. Mais voilà qu'à la sortie du quatrième, elles décident de taquiner le destin, de raviver le passé et, partant, d'illuminer le ruedo. Après l'inattendu duel des quites évoqué plus haut, l'entame à la muleta, de la main gauche, langoureuse, impérieuse, a paru presque fortuite tant il semblait rocambolesque de croire que le travail puisse se prolonger plus longtemps avec une telle douceur et une telle maîtrise. Trois séries de naturelles (sincères, pures, et données avec le sourire) plus tard, le Cid nous avait troqué un petit tas de rêves contre une faena qui colle aux yeux et s'accroche comme une ronce à la mémoire. Oser la droite relève alors de la négligence coupable. Epée. Une faena qui trouverait aussi bien sa place au Louvre que chez Léo Castelli. Intemporelle. Indémodable. Rare. Très rare.

Le public debout lèche avec amour la blessure du bajonazo final et remercie les fées et le Maestro rayonnant pour ces quelques minutes, de celles qui empêchent l'aficion de rouiller pendant hiver.

PS : Coté toros en revanche, elles se sont pas foulées les fées et n'ont fait preuve d'aucune excentricité : le 4ème (Victoriano del Rio) était certes très beau (le 6ème aussi - Toros de Cortes) mais il aurait été absurde de faire de ce toro "pratique" un grand toro en lui accordant la vuelta al ruedo pourtant bruyamment réclamée. 

Zanzibar