mardi 12 août 2014

Artistique prémonition

Il y aura huit grandioses corridas et une extraordinaire corrida de rejon dans la très torista  féria de Bilbao. L'affiche le dit.
Féria sans Dolores Aguirre, sans José Escolar, sans Cuadri... On préfère depuis longtemps les ganaderias-alibis que sont La Quinta ou Fuente Ymbro avec lesquelles on se donne des airs toristas à bon compte. On se raccroche à Victorino, Alcurrucen... mais la base reste Jandilla, Garcigrande et Nuñez del Cuvillo.
Il y aura du rejon, et, deux nouveautés, un novillero en matinée et une "mixte" : Mendoza et Ponce en mano a mano.
On aurait pu penser que la venue de Bonijol, il y a quelques années, inverserait la tendance. On espérait un sursaut, une réaction... Des nèfles ! Deux puyas, la grosse et la petite. Surtout pas de fantaisie, le public ne comprendrait pas.
Et si vous allez récupérer l'élégant magazine en papier glacé de la Fédération Taurine de Biscaye, soit vingt-quatre peñas, vous y découvrirez que ma foi, ils sont plutôt satisfaits et parfois franchement contents.
Ils sont contents chaque année depuis longtemps, somme toute. Ils vont "baffrer" de la morue, du jambon, du poulpe arrosé de txacoli... Ils vont faire trois sous, retaper le local, changer la plancha ou octroyer un énième prix à une vedette locale... N' est-ce pas l'essentiel ?

Un beau matin, ils feront le grand saut, comme Barcelonne et Saint Sébastien. 
Alors on montrera du doigt Bildu, les anti-taurins etc...
Cette année, l'affiche annonce que le Toro, c'est mort à Bilbao.

El Ubano

lundi 11 août 2014

Parentis : journée continue

Parentis -  © Marc Gérise


Tout avait pourtant mal commencé dès le matin avec quatre novillos du Marquis d’Albaserrada. Un rien chétifs, l’œil triste, le pied incertain, un moral chafouin et donc une prestation pénible.
Dix rencontres au cheval qui se décomposent en sept puyas et trois bricoles.
Huit chutes soit… mais huit chutes de novillos… des vraies.

Une matinée ennuyeuse et un peu triste quand on connaît la belle histoire de cet aficionado parti de France voici longtemps et qui devenu  mayoral, à force de persévérance, doit se demander quel usage il fera de ce qu’il a vu. 

Chez les novilleros :
Tulio Salguero, Daniel Crespo… des efforts certes.
Salguero : s’est beaucoup exposé à rien par extraction de passes isolées, pinchazo et estocades à ses deux bestiaux.
Crespo : quelques séquences valables à gauche à son premier et bajonazo de catégorie. Il se rattrape à son second bravito en le laissant mal piquer à trois reprises, pinchazos et pinchazos et vieux coup de lardoire.

L’embellie vint en soirée avec l’hommage vibrant au grand homme que fut Hubert Yonnet.
Pierre-Albert Blain, chroniqueur taurin radiophonique de France Bleue (si Bleue), avait mis toute sa verve et sa puissance évocatrice. Il s’en fut a mas puisque le propos se terminait en provençal ancien qu’il devrait utiliser systématiquement à l’antenne pour notre plus grande satisfaction.
Ceci dit, l’émotion et le recueillement convoqués étaient bien au rendez-vous. Les novillos arborèrent la devise noire. Mais... émotion n'est pas raison.

La course : ceux de Parentis, ceux de Camargue, de Beaucaire, les hollandais du Camping des Cigales, les cévenols et les clubs taurins du Sambuc ont aimé.
Les montois, un dacquois, les gradins populaires soleil et les fanfares ont trouvé le temps long. Soucieux d’éviter l’affect gras, le parti pris et la subjectivité jamais très éloignée de la roublardise quand il s’agit de témoigner de choses taurines, nous pouvons nous contenter d’un rapport sec :
  • Présentation modeste pour les trois premiers puis très sérieuse ensuite.
  • Dix-sept rencontres : sept puyas et une scandaleuse carioca. Le reste consiste en puyitas et refilones. Rarement mis en suerte ils ont plus souvent glissé vers la cavalerie que chargé.
  • Le premier novillo, brave, aurait voulu pousser trois fois mais manquait de pattes.
  • Le deuxième, bravito, dut être ménagé par Millan. Il termina réservé.
  • Le troisième, faible, s’arrêta vite et secoua vilainement Valencia.
  • Le quatrième, massacré aux piques, dut s’agenouiller et en conserva un ressentiment certain (sentido). Luis Gerpe coupa là une oreille après pétition minoritaire, la présidence eut sans doute pour souci de valider une interminable carioca.
  • Le cinquième a terminé soso et tardo après un tercio de varas "en bordel" en trois rencontres (sur l’épaule ou en pratiquant l’ouvre-boîte).
  • Mais le bon sixième, le plus complet, encaissa trois belles piques malgré un  "agenouillage" et sauva donc la tarde en laissant son oreille à Valencia  pour la plus grande satisfaction des "béluguophiles notoires" qui ont sentimentalement retenu le bon côté des choses.

Ils ont toute notre considération aussi ; et la rubrique "commentaires" leur est largement ouverte.

El Ubano

Pas de Maguy pour Scarface

Parentis, 9 août 2014.
Novillada de Guardiola Fantoni pour Diego Fernandez, Curro de la Casa et César Valencia.
2/3 d’arènes, temps variable, quelques gouttes sur la fin. 

Sous réserve de fonds de tiroir inédits, nous avons consommé la dernière caisse du dernier millésime de l’élevage Guardiola Fantoni : plutôt bien roulé pour un fond de cave, surtout le lot de Valencia (le 3, supérieur et le 6 curieusement berrendo) mais avec des têtes commodes (2 et 4) ou au port inélégant (1 et 5). 

Mauvais début avec le premier, quasi invalide et le 2eme, timidement bravito qui se laissait faire. Le 3ème, numéro 137, a été un très bon novillo, puissant, remplissant l’arène, prenant sa troisième pique au galop, un vrai Fan_toni Montana… Les 4, 5 et 6 ont vu leur allegria et leur mobilité dispersées dans des tercios de 3 à 4 piques sans lidia et sortant seuls. Du caractère, quelques exigences mais plutôt enclins à pardonner les erreurs et à permettre le toreo. Des Villa_marta Villalonga ? 

Guardiola Fantoni - N° 137


Fernandez est en dessous de tout.
Pinchazo tombé et bajonazo pour l’invalide 1, silence.
Pegapasse insipide et débâcle de demi et tiers de bajonazos précédant un quarté de descabellos ratés, 3 avis et sifflets nourris.
 

De la Casa est volontaire mais vraiment court.
Quelques désarmés au milieu de beaucoup de passes, entière tendida de côté, silence.

Il essaie d’exploiter la longue charge du 5 mais ne baisse pas la main, se fait accrocher le leurre d’abord, puis le corps par deux fois dans un final tremendiste sans maîtrise. Pinchazos, tendida contraire en avant et une foule de descabellos, 2 avis et pitos. 

Curro de la Casa


César Valencia a été le seul novillero du week-end qui (m’)a donné envie d’être revu.
Posé devant le bravo 3ème, quelques enganchones et le toro vire bronco. Pinchazo, estoconazo contraire bien porté. Palmas noyées sous l’ovation au toro.

Pueblerino aux banderilles (il s’était justement abstenu au 3), il se fera déshabiller en citant de loin sans rompre. De l’enthousiasme, du travail en perspective mais pas mal de promesses. Entière rinconera rageuse. 2 oreilles et ambiance de kermesse.

César valencia

 
Marc

jeudi 7 août 2014

Adolfo a tout juste

Burano

Un lot de toros doit-il être homogène ?
Au physique ?
Au moral ?
L'homogénéité d'un lot évoque-t-elle une quelconque qualité ?
Six toros noirs valent-ils mieux que six toros aux pelages variés pour un même fer ?
Que vaut aujourd'hui la vieille idée qu'un lot homogène vaudrait mieux qu'un lot disparate ?

Adolfo Martin tient des propos audacieux que l'on retrouve dans l' « excellent » magazine Toromag qui a publié récemment une interview de cet éleveur. Propos récurrents chez les aficionados mais rares dans la bouche d'un ganadero car venant rompre avec le discours convenu et convenable des éleveurs de medios toros bravitos, désespérément semblables, majoritairement représentés sur le marché et valant comme la norme acceptable pour la plupart des toreros.
Que nous dit l'Adolphe ?

« Les jeunes ne vont plus au toro, nous ne créons plus de jeunes aficionados.[...] C'est la faute à tout le monde, mais je crois que c'est d'abord la faute aux figuras, qui ne veulent plus de compétition. On tombe dans la monotonie des faenas trop souvent identiques.
Ensuite c'est la faute du mono-encaste. Le toro d'aujourd'hui est trop uniforme. Il faut de la variété, de la diversité. Les gens s'ennuient à voir toujours la même chose. Alors ils s'éloignent.
Que le toro soit bon ou mauvais, peu importe. Il faut d'abord qu'il sorte... Il faut voir toutes sortes de toros, des toros qui ne se ressemblent pas.
Il faut que le public se divertisse, qu'il ne sache pas a priori quel spectacle il va voir. Il faut des choses différentes, des toros différents. Et c'est à ça que je m'emploie. »

Rien de nouveau dans ce constat évident pour l'aficion mais inconnu du public.

El Ubano

lundi 4 août 2014

Les Pedraza d'Azpeitia

On se doutait que ce serait difficile de faire aussi bien que l'année dernière mais, rien qu'en lisant le sorteo du jour, on savait que la course de Pedraza de Yeltes serait variée. Côté poids, le curseur oscillait de 520 à 630 kilos. Côté âge, certains toros venaient tout juste de fêter leurs 4 ans alors que d'autres étaient proches des 6 ans. Quant à la présentation, c'est le beau qui a dominé.

Resistidor est grand, fier, fougueux, vigoureux sous le fer, malpoli en fin de passe et pas du tout prêt à s'en laisser conter par un Alberto Aguilar pas très en forme qui essaie vaillamment de suivre le mouvement mais perd beaucoup de terrain et finit débordé. Ce toro réclamait a minima une deuxième pique et une muleta poderosa. C'est mon chouchou de la course. Mon voisin de droite l'a trouvé haut, trotteur et con la cara suelta.
Le quatrième sort en trombe. Alberto l'accueille bien et cherche à s'en rendre maître mais Burreneto est d'humeur maussade. Il s'arrête souvent et se défend beaucoup. Marcos (c'est mon voisin de droite) parle de genio.

Liebroto n'est pas très beau. Lui aussi est monopiqué et termine toutes les séries par des enganchones. Depuis le début, Marcos pense que la bonne corne, c'est celle de droite. Juan del Alamo préfèrera la gauche jusqu'à la chaotique mise à mort. 
Brigadier est un bon, un très bon toro qui a une fâcheuse tendance à sortir seul du cheval. N'empêche, c'est un toro-roi et les hommes s'organisent (ou pas) autour de lui. Del Alamo lui offre une faena sans tabou ou quelques beaux muletazos de facture classique cohabitent pacifiquement avec des détails post-modernes de qualité variable... jusqu'à la série de trop et la vilaine l'épée. Vuelta al ruedo pour Brigadier.

Il y a des chanteurs qui chantent comme des chanteurs morts. Jimenez Fortes, lui, torée comme un torero mort et ne se donne guère les moyens d'embarquer dans sa muleta triste son premier adversaire, il est vrai renifleur et pas franc du collier.
Le sixième est très noble (c'est Marcos qui le dit), mais très chiant (c'est moi qui le dit), vraiment très noble (c'est mon voisin de devant le dit), mais vraiment très chiant (c'est mon voisin de gauche qui le dit). En fait, il semble bien que nous ayons tous raison, c'est juste que certains s'ennuient plus que d'autres, à commencer par le curieusement dénommé Bello G. Faena languissante. Premier avis. Epée paresseuse. Deuxième avis. Bello G résiste. Troisième avis. Ovation pour Bello G qui rentre vivant au toril. Bronca pour celui qui ne l'aura pas tué. 

Marcos a été le vétérinaire de la plaza pendant des années. Forcément, voir une course à côté de lui, c'est comme voir une course à côté de l'Ubano, on apprend. Pourtant, malgré nos différences de connaissances (et de goûts), nous venions l'un et l'autre d'assister à une course pleine d'intérêt et on se quittait en parlant avec émotion d'un certain Cacareo, lidié un certain 23 août à quelques kilomètres de là par un certain de la Puebla. Comme quoi... 

Zanzibar

samedi 2 août 2014

Le rendez-vous d'Azpeitia

Azpeitia

En contrefaisant Tio Pepe on pourrait écrire : Cuadri = fijeza + genio. Ce qui produit une bravoure dure et sèche, et une tendance à coller aux banderilles et à passer court dans la muleta. Toros qui permettent trois ou quatre séries de muletazos dont il faut profiter vite et bien. Rien de bien moderne à attendre de ces bêtes là mais il est rare de retrouver dans un élevage autant de régularité dans les caractéristiques.
Tel est le Cuadri encasté. Les trois derniers avaient le bon profil, surtout le cinquième. Pour le reste... 
Il y a peu à dire des tercios de piques... modestes, hormis un batacazo au cinquième. 
Aux banderilles, souvent aux fesses le feu fut. Les cuadrillas de Paulita et Castaño animées par quelque competencia ont rivalisé d'aguante, d'audace et de créativité.

Acteurs essentiels ici, le public attentif et la musique enlevée et très présente, animent l'atmosphère sereine et joyeuse de ce coin de Guipuzcoa qui respire l'aficion que Saint Sébastien a perdu depuis longtemps. Enfants, papis et mamies, adolescents, papas, taties, tontons et mamans... une grande famille de bonne humeur se retrouve dans la jolie placita à 18h30.

Une fois n'est pas coutume, Castaño était motivé... du moins au début, avec le premier impotent, puis "patatras" à l'heure de tuer. A son second il alterna du bon et du pico, nous infligea quelques artifices populaires, une voltereta, une estocade, et une oreille.

Paulita, bien au  capote toute la soirée s'est retrouvé à la peine avec le poussif Comino, pinchazo et demi-estocade. Il va passer à côté du bon cinquième à trop tergiverser et à trop vouloir prendre la mesure de Jabalino. Il coupe une oreille affectueusement réclamée derrière une estocade valable.

Sergio Serrano à son premier s'adapta et parvint à extraire le peu d'extractible dans des séries discutables quant au sitio. Un pinchazo et trois-quarts de lame. Il était chargé de la clôture avec Mercancias de 595kg, armé et sérieux, voire intimidant et d'ailleurs il fut intimidé par ce tio sans atome crochu avec la Compagnie de Jésus et Saint Loyola Ignacio, le saint patron des revendeurs. Deux pinchazos et une bonne contraria .

Devant les arènes, les serveuses en chemisier blanc vous proposent le demi pression, dans un grand "verre en verre" et à pied, pour deux euros. C'est l'éco-cup qu'on assassine.

El Ubano

Les Valdellan d'Azpeitia

Autant que les Valdellan ne se fassent pas d'illusions : ce n'est pas pour leur physique qu'on les aime !
 
Les 6 exemplaires d'Azpeitia avaient d'autres qualités : une tonicité qui leur permettait de se remettre admirablement de puyazos offensants pour la plupart, une certaine impétuosité dans la charge qui a connu son apothéose avec le dernier,  et un tempérament qui permettait peu l'approximation aux toreros et ne laissait pas la place à l'ennui.
 
Étonnamment, les 5 premiers sont allés au cheval sans manifester la mansedumbre que leurs incessants grattages laissaient craindre. Cependant, malgré leur bon moral, c'est la puissance et l'ardeur au premier tiers qui auront manqué à ce lot ensuite très disposé à poursuivre aux banderilles.
 
Sanchez Mora torée peu (euphémisme) et ne pèse pas beaucoup plus sur son unique adversaire (brindé à l'alguacil) qui ne lui pardonnera pas le premier coup d'épée. Infirmerie et ovation recueillie par la cuadrilla.

Luis Miguel Encabo est très sérieux et fait de son mieux tout au long de la lidia même si le hasard compte pour une part conséquente dans ses placements lors de sa seconde faena face à un adversaire compliqué qui ne baissera jamais vraiment la tête. Salut au tiers et silence.

Victor Puerto travaille sans relâche à nous indisposer en commençant par refuser catégoriquement de voir son premier toro. Ecoeurées par tant d'irrespect, les nones du couvent d'en face s'en sont allées à leurs vêpres sans plus repointer le bout de leur nez pendant le reste de la course. Très très très mauvais à son second. Au dernier (qu'il nous brinde insolemment), c'est avec la prétention visible de faire de l'effet qu'il nous donne un fidèle aperçu de ce qui doit se faire du côté de Benidorm en matière de toreo. Sifflets, sifflets et une oreille comique.
Victor Puerto est un arrogant qui ne mérite pas son rôle de chef de lidia. Les Valdellan méritaient mieux.

Zanzibar